« Dialogue avec le patrimoine » : Yaël Braun-Pivet installe un arbre en métal à l’Assemblée

L'œuvre est « une métaphore de la liberté d’expression », mais a-t-on le droit de s'exprimer librement à son sujet ?
© Samuel Martin
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Journées du patrimoine obligent, les portes de l’Assemblée nationale sont ouvertes au public, ce week-end. Pour l'occasion, sa présidente Yaël Braun-Pivet a installé, dans la cour d'honneur, une œuvre de Daniel Hourdé qui vise « à célébrer le dialogue entre l’art contemporain et le patrimoine » : L’Arbre aux mille voix.

Douze mètres de haut, huit tonnes, voilà le bibelot. Le concept ? Au tronc sont suspendues des feuilles reprenant divers auteurs dans de multiples langues. « On a essayé qu’il y ait beaucoup de femmes écrivains, etc., quoi ! », expliquait le plasticien, en 2024, lorsque le machin avait été installé au bout du pont du Carrousel. On ignore si les livres érotiques de Marlène Schiappa et Bruno Le Maire figurent dans cette frondaison.

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L’auteur explique que le tout est « une métaphore de la liberté d’expression ». Les feuilles d’acier « miroitent et tremblent ». Façon épouvantail ? Non. « Leur frémissement évoque la fragilité des idées face aux dogmatismes. » Tout cela est consensuel à souhait, comme les précédentes installations promues par Yaël Braun-Pivet au palais Bourbon : les Vénus de Milo sportives en résine, les statues en papier mâché doré, rescapées de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.

Du parasitisme institutionnel

Combien de châteaux, d’abbayes, de monuments sont désormais des centres d’art contemporain ou accueillent régulièrement des « installations » ? Que de crimes esthétiques on commet au nom du « dialogue » entre l’art contemporain et le patrimoine ! Ce dialogue n’est qu’une arnaque. Il s’agit de parasitisme. Les installations n'ont d'autre but que de brouiller tout repère et de faire croire à une continuité artistique. Or, cette continuité est niée par l’art contemporain lui-même. Outre qu’il récuse toutes racines, il est conceptuel de nature et nie toute contemplation.

Daniel Hourdé est coutumier du fait. Par le passé, il a exposé une installation de 18 mètres de haut sous la coupole de la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière (2019) ou une autre sur le pont des Arts (2016). Il connaît la carrière typique d’un plasticien du système, avec des expositions internationales. Il expose au Mexique, au Brésil. L’arbre aux mille voix nous revient de la Biennale de La Havane : preuve que cette métaphore de la liberté d’expression est soluble dans le communisme.

Progressistes contre réactionnaires ? Pas si simple

Sur X, Anne Sicard (députée apparentée RN) a demandé à la présidente de l’Assemblée de faire retirer l’œuvre. « L’Assemblée nationale n’est pas le lieu pour les expérimentations de pseudo-artistes en mal de reconnaissance. » Cela a entraîné les habituelles réactions : le RN a un problème avec la culture, fascisme, etc. Lorsqu’en 2017, la ville de Bergerac a acheté une installation de Hourdé 65.000 euros, qui a protesté ? Un élu communiste…

Les progressistes qui ont pris la défense de Daniel Hourdé ignorent que, sur la question très décoloniale des restitutions d’œuvres d’art à l’Afrique, l’homme a une position moins banale que ne sont ses installations. Hourdé a longtemps été, parallèlement à sa carrière de plasticien, galeriste en art tribal. « Je ne vois pas pourquoi les Néerlandais ne réclameraient pas les van Gogh qui se trouvent dans les musées américains », ironisait-il à ce sujet. Et d’ajouter: « Si un nombre limité de restitutions est compréhensible, le problème est de savoir à quel moment on s’arrête. » Ce qui est peu ou prou la position du RN.

Anne Sicard, comme le député RN Thomas Bernhardt, a également demandé à Yaël Braun-Pivet « combien a coûté, au contribuable français, l’installation de cet amas de poutrelles métalliques ». De son côté, BV a interrogé Daniel Hourdé sur le financement de l’installation et sa rémunération éventuelle. Le plasticien nous a répondu de nous tourner vers le service presse de l’Assemblée nationale. Lequel service n'a pas donné signe de vie. Peut-être la facture est-elle cachée au milieu du feuillage littéraire. Elle miroite. Elle tremble… dans la crainte d'être découverte ?

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

52 commentaires

  1. Normalement nous mettons cela des feuilles d’alu dans quelques arbres fruitiers pour que les oiseaux ne viennent pas manger les fruits donc ils y auraient des droles d’oiseaux à l’assemblé Nationale.

  2. BRAUN-PIVET devient à la FRANCE ce qu’est Van Der Layen à l’UE ! …
    Si elle n’est pas « neutralisée » démocratiquement, elle va prendre ses aises de pire en pire contre la FRANCE ! …

  3. Une œuvre que l’on a besoin d’expliquer n’en est pas une.
    La volonté non dissimulée de salir notre patrimoine en en plantant ce genre d’horreur un peu partout, c’est le dada de la macronerie.

  4. J’oubliais que nous étions dans une période où les économies s’imposaient. On pourrait mettre à côté le bouquet de tulipes d’Hidalgo.
    Point commun de ces deux éminents personnages de la dépense inutile française, elle sont socialistes !
    Quel est le montant de la retro-commission sur cette oeuvre d’art ?

    • Pffffffff ! Quelle mesquinerie ! On vous parle d’art ! Que dis-je ? Vous avez sous les yeux la preuve du génie artistique de la France ! Vous avez également la preuve que Yael Braun Pivet est une femme qui a un goût extrêmement sur et que notre présidente adorée de l’assemblée sait détecter les talents !
      Et vous ! Vous qui êtes surement un vilain-pabo-affreux-fasciste vous osez ramenez tout ça à un vulgaire sujet de rétro-commission. Comme si des Braun Pivet ou des Hidalgo n’étaient pas des modèles de probité !!!

  5. Bon, madame Braun-Pivet aura retenu la leçon du plug anal de la place Vendôme, son arbre, les mécontents ne pourront pas le dégonfler, il va falloir y aller à la disqueuse et au chalumeau.

  6. La question d’Anne Sicard est justement celle que je voulais poser ! Ça nous coûte combien, cette petite joyeuseté feuillue, bruissante et frémissante ? On n’est pas déjà suffisamment dans la panade qu’il faut en rajouter une couche…

  7. ARBRE METALLIQUE

    Quel bilan carbone représentent la fonte de l’acier (Fer+Carbone), la fabrication des feuilles métalliques, la soudure et l’assemblage de toutes ces pièces et poutres, le transport de « l’œuvre d’art » (sic) ?

    Un arbre, un vrai, absorbe, selon les espèces, entre 10 kg et 40g de CO2 par an (estimation).

    • Cet arbre-là ÉMET au lieu d’absorber, mais pas grave, puisque ce n’est pas le commun des mortels qui en est la cause… Le commun des mortels, lui, on le harcèle pour qu’il trie bien ses ordures, qu’il roule à l’électrique, qu’il capitonne son logement pour économiser l’énergie, etc… etc… rtc…

  8. Hier ou avant-hier, BV nous signalait le risque de démolition pur et simple encouru par une magnifique petite chapelle du 12ème siècle, au motif, selon le maire de cette commune qu’il ne disposerait pas des fonds pour l’entretenir.
    Plus fondamentalement, depuis Mitterrand et Jack Lang de Blois (ville dont il était maire…) l’état a dépensé des dizaines de milliards en idioties toutes plus idiotes les unes que les autres. Le plus « bel » exemple de ce « mécénat » (sic) fut le célèbrissime Plug de la place Vendôme. Il est vrai qu’avec la classe politique Française, l’avoir profond a été élevé au rang des beaux-arts.
    Il est temps de censurer la macronie rien que pour faire tomber Braun Pivet de son perchoir. Cette dame, tout comme sa copine Hidalgo pensent que les palais de la République leur appartiennent. L’idée de Braun Pivet de dépenser 40 millions d’euros pour une nouvelle entrée du Palais Bourbon qui va saccager la symétrie de la Concorde est une honte autant qu’une faute de goût. Mais pourtant, les architectes des bâtiments de France qui viendront vous casser les pieds parce que vous avez repeint vos volets de la mauvaise couleur sont absolument silencieux lorsque la gauche commet des crimes contre l’architecture. Je pense par exemple à la destruction par les communistes de la SNCF du buffet de la gare d’Austerlitz datant de 1852. Pour la ville de Paris, ce bâtiment n’avait aucune valeur architecturale. Idem lorsque LVMH a démoli un bâtiment Haussmanien pour le remplacer par un « rideau de douche » ignoble rue de Rivoli. Là non plus les bâtiments de France furent non seulement silencieux, mais complices de la mairie.
    Et maintenant cette « sculpture ». Ce qui est fascinant avec l’art contemporain c’est la nécessité que les « artistes » et leurs « mécènes » (ici le copinage politique) éprouvent de faire un blabla « explicatif » inversement proportionnel à la beauté de l’oeuvre.
    Quand on observe la Venus de Milo, la Pieta, ou le David de Michel Ange on le fait en silence. Pas besoin d’une loghorrée pour nous dire ce que l’on doit admirer.

    • Je suis totalement d’accord avec vous , les « blablas explicatifs «  démontrent la médiocrité de leurs créations, cela en devient pénible . Je vous invite à visiter les sites des artistes Richard Trian, Yaze, Seize, Jean-Christophe Belaud…..rien à voir avec ces artistes « fumistes »

    • Tout à fait d’accord, et comme ils disent, tout le monde doit faire des efforts…. (de laideur !) et peu importe le prix… On a les moyens avec notre dette abissale !

    • Lang de Blois et l’avoir profond, par deux fois vous avez failli me faire renverser le café. Mais c’était bien bon !

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