« Culture du moche » et mépris de classe : Billie Eilish en rajoute une couche !

On ne lui demande certes pas de ressembler à Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé (1961).
Capture d'écran Billie Eilish
Capture d'écran Billie Eilish

Après le « privilège blanc », celui des « beaux ». C’est Libération qui lance le débat. Relevée par Boulevard Voltaire, cette citation du philosophe Frédéric Spinhirny : « Cela part d’observations personnelles, d’un étonnement qui remonte à mes études. Dans les grandes écoles, à Sciences Po Paris, je me souviens d’un certain élitisme physique, une façon de se distinguer par l’apparence, de soigner l’esthétique, l’attitude. » S'il en était besoin, on sait désormais qu’on n’apprend pas tout dans les grandes écoles. Que les garçons soignent souvent leur apparence et que les filles soient généralement coquettes. D’ailleurs, si ce monsieur était une fois sorti de son trou doré, il saurait que chez les plus modestes de nos compatriotes, on aime aussi se faire beau ; il y a une vie, hors Sciences Po. Hier, on mettait son costume du dimanche pour aller à la messe, ou même au troquet du coin, en attendant que madame rentre de l’office, sachant que Dieu, aimant bien faire les choses, a songé à faire installer une église à côté de chaque bistrot. « À moins que ce ne soit le contraire », me souffle un pieux ami.

La dignité des Français modestes…

Aujourd’hui, il suffit de fréquenter ces mêmes caboulots de la France périphérique pour constater que si, en semaine, les ouvriers sont en bleu de travail, souvent maculés de peinture ou de boue (ce genre de fringues peut se vendre des milliers d’euros, chez certains couturiers snobs et achetés par des gogos fortunés), eux aussi se mettent sur leur trente et un le week-end. Et même si le jogging est trop souvent de sortie, au moins est-il aussi immaculé que leurs chaussures de sport. Ils sont rasés et bien peignés. Bref, ils font un effort. Question d’élémentaire dignité : même faute de moyens, on ne sort pas en ville habillé comme un peigne-cul. D’ailleurs, cette « culture du moche » ne vient pas de la France d’en bas mais, manifestement, de celle du haut, qui singe les pauvres ou, plus précisément, l’idée qu’elle s’en fait, comme leurs prédécesseurs allaient jadis s’encanailler dans les bouges de Pigalle, histoire de se procurer de coupables frissons à peu de frais.

Billie Eilish, un concentré de « moche »

À chaque mode son égérie. Celle du « moche », c’est évidemment la chanteuse américaine Billie Eilish. Inutile de s’attarder sur ses talents artistiques, ils en valent bien d’autres. Sa voix n’est pas vilaine et elle chante juste ; c’est du papier peint musical, comme on dit. Elle a interprété la chanson de générique du dernier James Bond, Mourir peut attendre, en 2021. Avant, il y eut Shirley Bassey, Nancy Sinatra, Carly Simon et Paul McCartney ; inutile de préciser que le niveau a sensiblement baissé depuis. Mais c’est audible, quoiqu’on ne se lèvera pas la nuit pour l’écouter. Billie Eilish est indubitablement jolie fille, ce qui, d’un point de vue commercial, est toujours plus rentable quand on promeut la culture « moche ». En revanche, point de vue garde-robe, nous ne sommes pas loin de l’Armageddon vestimentaire. On ne lui demande certes pas de ressembler à Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé (1961), de Blake Edwards : sa robe était signée Hubert de Givenchy. Même si peu porté sur les dames, ce couturier savait au moins les mettre en beauté. Pas comme aujourd’hui, où ses actuels confrères semblent avoir tous fait un pari à échelle planétaire pour savoir lequel d’entre eux les enlaidirait le mieux.

Le genre Eilish, ce serait plutôt le style sac-poubelle avec liens coulissants. Enfant de comédiens, un peu née dans la soie donc, elle ne doit pas avoir la télévision. Autrement, elle aurait tôt compris que ces fils du Bronx, quasiment nés dans la rue et se reconvertissant dans le rap, s’empressent d’arborer des costumes de bonne coupe, dès leur fortune faite. Eux, au moins, ont le respect de la clientèle. En fille de la haute, Billie Eilish se ferait tuer plutôt que de descendre aussi bas.

Mais le mieux, avec elle, c’est qu’elle fait figure de véritable paquet cadeau, quoique l’emballage, tel que plus haut précisé, ne soit guère soigné. Ainsi, et ce, dans le désordre, est-elle vegan, militante pour la sauvegarde de la planète et de ses proches environs, l’égalité des genres et le bien-être animal. Rivalisant d’audace, elle s’affirme encore bisexuelle, féministe, pro-avortement tout en se revendiquant antiraciste et anti-Trump. La prise de risque maximale dans le microcosme hollywoodien, en quelque sorte. Récemment, des carrières ont été ruinées pour moins que ça.

Partie en guerre contre Trump…

Ces temps derniers, on l’a beaucoup entendue à propos de l’ICE, la police chargée d’alpaguer les immigrés clandestins. Certes, Donald Trump serait plus Néron que Créon, mais Billie Eilish est tout, hormis Antigone. Surtout quand elle affirme : « Nous voyons nos voisins se faire kidnapper, des manifestants pacifiques se faire agresser et assassiner, nos droits dépouillés. […] L’ICE est un groupe terroriste financé et soutenu par le gouvernement fédéral. […] Elle n’a rien fait pour rendre nos rues plus sûres. » Dans les quartiers huppés où cette demoiselle habite, les seuls immigrés clandestins qu’elle croise doivent être les jardiniers mexicains et les femmes de ménage philippines. Quant à l’ICE « groupe terroriste », on se demande bien qui elle préférerait croiser sur les trottoirs du South Central de Los Angeles. Des membres de gangs tels que les Crisp ou les Blood ? Ou des agents fédéraux. Vu son look, et ce ghetto n’étant pas spécialement connu pour sa bienveillance inclusive, il est à craindre qu’elle puisse malgré tout opter pour croiser le chemin des seconds afin de se réfugier sous leurs jupes.

Mais revenons-en à ce fameux « privilège des beaux »

Au risque de contredire le philosophe Frédéric Spinhirny, rappelons que dans le monde des médias et du spectacle, ceux qu’il évoque, ce serait plutôt le contraire. Les beaux, hommes ou femmes, vivent dans la hantise de l’âge. Alors que les moches… Il y a toujours eu du travail pour les Paul Préboist et les Michel Galabru, tandis que les cimetières du septième art débordent de jeunes premiers ayant dépassé la date de péremption. Idem pour ces dames. Pour une Catherine Deneuve ou une Isabelle Adjani, combien de reines de beauté ont dû mettre fin à leur carrière, alors que des Jacqueline Maillan ou des Pauline Carton, au physique modérément affolant, ont tourné jusqu’à leur dernier souffle ?

On notera encore que ces « moches », garçons ou filles, étaient toujours impeccablement vêtus. Bourvil et Raimu s’habillaient avec une classe hors du commun ; Jean Gabin aussi et Françoise Rosay*, la vendeuse de violettes du Cave se rebiffe (1961), de Gilles Grangier, tout pareil. Des réflexes d’anciens pauvres, sûrement. Soit autant de choses qu’une Billie Eilish et ces gosses de riches dépenaillés, philosophes ou pas, semblent être incapables de comprendre. À force de se teindre les cheveux de toutes les couleurs possibles et imaginables, ça a dû traverser la boîte crânienne et leur atteindre les neurones. On ne voit guère que ça, comme explication scientifique.

 

* À propos de « résistance » - pas celle de Billie Eilish, on précise -, Françoise Rosay fut, elle, une authentique résistante engagée dans la France libre dès 1942. Encore une qui n’était pas une pin-up ; mais qui, trois ans avant sa mort, en 1974, se produisait encore sur les planches. Comme quoi…

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

40 commentaires

  1. Je confirme, les grands acteurs du passé n’ont pas été  »grands » par leur physique mais par
    leur talent et ils ont fait de très longues carrières. Aujourd’hui où le physique compte plus
    que le talent, nos artistes sont des météorites. Raimu ou Fernandel n’étaient pas « beaux »
    au sens où on l’entend mainenant, mais quels talents !

  2. « Françoise Rosay, la vendeuse de violettes du Cave se rebiffe » !?! Ou le gag m’échappe, ou Nicolas ne se souvient plus qu’elle vendait surtout du papier pour faux-monnayeur…

    • Vous avez » raison, elle fournissait à Gabin du vrai papier pour faire de faux billets
      F Rosay a fait 60 ans de carrière, cette insignifiante » zt moche ,retombera dans le néant de sa médiocrité
      Dialogues excellentissimes de Michel Audiard à revoir sans modération pour oublier la sinistrose

  3. Sans oublier les écrivaillons de la Grande Librairie qui se présentent en débraillé, en jeans avec les jambes largement écartées pour bien faire populo. Croivent-ils.

  4. Pourtant jolie, et donc quel besoin de s’enlaidir ! Pour cette gauche de la déconstruction, la beauté doit disparaître !

  5. Si elle voulait vraiment devenir moche et pas seulement avec du maquillage, il lui suffirait de manger des fast food pendant 3 mois et de ne plus se laver.
    Mais c’est comme d’habitude avec ces gauchistes, tout est dans le discours.

  6. Comme toujours, article très agréable (et drôle). Juste un petit bémol : Etre fils ou fille de comédien n’a pour moi jamais voulu dire être né dans la soie. C’est plutôt, dès le départ, être formaté(e) par un esprit hippie, romanichel, et bien souvent, osons le dire, la conséquence d’un niveau cérébral pas très élevé ; il est bien rare que tous ces « artistes » soient intellectuellement capables de suivre de hautes études ; toute règle ayant ses exceptions, je me dois de mentionner par exemple Jean-Jacques Goldman qui a fait HEC (à une époque où ça voulait encore dire quelque chose). Bref, tout ce monde « artistique » n’a pour moi aucun intérêt.

    • Il n’a pas fait HEC mais HEC Lille, comme il le dit lui-même. Ce sont certes des études supérieures mais une école à son époque bien inférieure aux Parisiennes (HEC ESSEC ESCP)!

  7. Je n’ose imaginer le Puits du fou souhaité par Monsieur Ruffin pour concurrencer le Pui du Fou , avoir pour marraine cette chanteuse américaine Billie Eilish . Ils sont capables du pire voire plus !

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