[Cinéma] La Venue de l’avenir : Klapisch poursuit son éloge de la filiation
Cédric Klapisch est un cinéaste paradoxal. Sa saga de L’Auberge espagnole (2002) a longtemps vanté la mondialisation heureuse et les échanges du programme Erasmus, avant d’émettre quelques réserves sur les bienfaits de la libre circulation des hommes dans le troisième volet, Casse-tête chinois (2013).
Dans la continuité logique de Ce qui nous lie (2017), qui faisait l’éloge salutaire – mais ambigu – du retour aux sources et des traditions familiales, La Venue de l’avenir, actuellement en salles, clame l’importance de connaître ses origines et sa filiation.
Pas d’avenir sans passé
Le récit suit quatre individus, parmi une trentaine d’héritiers, qui apprennent qu’ils sont tous descendants de la même femme, Adèle Meunier, née dans les années 1870. La maison qu’occupait celle-ci, inhabitée depuis 1944, se trouve sur un terrain que souhaite racheter un nouveau centre commercial afin d’y construire un parking ultramoderne… Nos quatre « délégués », désignés parmi l’ensemble des « cousins », ont alors pour mission de faire un état des lieux de la maison. L’occasion pour eux de se découvrir, de se lier, malgré leurs différences sociologiques, et d’en apprendre un peu plus sur leur ancêtre commune. Parallèlement à leur parcours, le récit suit l’arrivée de cette fameuse Adèle Meunier dans le Paris des années 1890.
Fraîchement débarquée de sa Normandie natale, la jeune femme souhaite retrouver la mère qu’elle n’a jamais connue et comprendre les raisons de son abandon…
Cette expérience dans la capitale va permettre à Adèle de connaître ses origines pour mieux faire ses propres choix dans l’existence. Un cheminement intellectuel similaire, en définitive, à celui que vivront ses héritiers en 2025…
On l’a compris, Cédric Klapisch n’est pas de ceux qui, aujourd’hui, affirment un peu trop facilement que le passé ne compte pas et que seul importe l’avenir. Le cinéaste sexagénaire ne semble pas croire à l’idéologie libérale de la page blanche et de l’individu autodéterminé. Avec Klapisch, le présent ne s’explique que par le passé, nos choix sont bien souvent conditionnés et l’hérédité peut parfois prendre des formes inattendues… Un discours inacceptable pour bon nombre de nos contemporains baignés dans la culture illusoire du « self-made-man » et dans l’obsession de la liberté individuelle…
Des ficelles un peu grosses
Certes, il n’était pas nécessaire de caser toutes ces célébrités du monde de l’art dans les séquences du XIXe siècle – c’est convenu et cela n’apporte rien au propos général.
Il n’était pas, non plus, indispensable d’inclure un personnage subsaharien parmi les héritiers de 2025. On aura beau marteler que Boubacar descend peut-être d’une paysanne normande des années 1890 pour mieux nous faire avaler la pilule de l’immigration de masse, personne n’y croit ; la méthode Coué ne s’applique pas en la matière… Le cas d’Abdel, l’un des quatre « délégués », est déjà plus crédible, d’après les explications généalogiques que donne le personnage. À travers ce dernier, Zinedine Soualem a enfin droit, au cinéma, à un rôle à la hauteur de son talent. Les autres comédiens s’en sortent également avec les honneurs. Rien de surprenant à cela, Cédric Klapisch a toujours été doué pour diriger des groupes d’acteurs, c’est même son point fort.
Un savoir-faire que l’on retrouve, plus généralement, dans sa mise en scène, dans ses choix de cadrage, de montage et d’étalonnage – l’hommage rendu aux autochromes pour les séquences du XIXe siècle est particulièrement réussi.
Un film à voir en famille (forcément), si l’on veut bien faire abstraction de l’incapacité de Klapisch à remettre pleinement en question les lubies de son époque et à suivre ainsi la logique de ses idées…
3 étoiles sur 5
https://youtu.be/CTHXknI3Hnc
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4 commentaires
C’est idiot ! 1870, ce n’est pas si vieux , c’est l’année de naissance de nos arrière grand’pères. Tout individu normalement constitué et concerné, doté d’un minimum de curiosité, sait très bien où habitaient ses 4 arrière grand’pères ( + 4 arrière grand’mères) et quels étaient leurs métiers….
Un agréable film, mais j’émettrai les mêmes réserves que les vôtres au sujet de l’inévitable nécessité de la diversité.
J’ai bien aimé ce film sans prétention et assez loin de la triste production nationale courante. Ce n’est en rien un film militant.
Les films militants m’ennuient, utiliser des acteurs à contre-courant de l’histoire m’insupporte. Marie-Antoinette était une blonde au teint clair et aux yeux bleus, eh oui c’est comme ça. Klapisch peut trouver des tas de sujets contemporains intéressants pour tourner avec des acteurs d’origines variées . Cette volonté de refaire l’histoire, de tordre la réalité est absurde.