[Cinéma] Another End, la difficulté du deuil au cœur d’un film d’anticipation
Nous recensions dernièrement le nouvel opus de Destination finale, célèbre franchise horrifique sur l’acceptation de la mort et, plus largement, sur l’impossible (et illusoire) maîtrise de notre destin. Aujourd’hui, Another End, film de science-fiction italo-franco-britannique à petit budget, nous propose un récit intimiste sur la difficulté – et la nécessité – de faire son deuil des disparus.
Comment se dire adieu…
Après l’accident de voiture qui a coûté la vie de sa compagne Zoe, Sal (Gael García Bernal) ne parvient pas à rebondir et s’enfonce dans une mélancolie incapacitante. Sa sœur Ebe (Bérénice Bejo) lui propose alors de recourir au programme « Another End », auquel elle participe en tant que scientifique, un dispositif visant à ramener brièvement à la vie la conscience et la mémoire d’un défunt, transplantés pour quelques heures dans le corps d’un hôte qui s’est porté volontaire. Une manière de permettre au client (Sal, en l’occurrence) de se préparer en douceur à la séparation définitive et de dire au revoir comme il se doit à l’être aimé.
D’abord réticent, en raison du physique étranger de l’hôte, Sal finit par faire abstraction de celui-ci et réussit à se concentrer sur la psyché de Zoe – le cinéaste ne saurait mieux signifier, certes naïvement, le primat de l’intériorité sur l’apparence extérieure…
Cependant, au fil de ses échanges avec la défunte, qui ignore tout de son état réel, Sal désire en savoir davantage sur Ava, son hôte, une gogo danseuse avec un pied dans la prostitution, habituée à mettre sous clé ses sentiments pour louer son physique à ses clients…
Un concept riche traité avec épure
Réalisé par le cinéaste italien Piero Messina, Another End est un film à concept, un récit d’anticipation futuriste qui n’est pas sans rappeler la série d’anthologie Black Mirror, de Channel 4 et Netflix. Moins satirique et, partant, moins polémique que cette dernière, nettement plus solennel, le film de Messina baigne dans une atmosphère résolument éthérée, troublante, façon Vertigo d’Alfred Hitchcock. Son histoire envoûtante, et pudique à la fois, de trois solitudes qui se cherchent, souffrent en silence et ne parviennent nullement à faire leur deuil, tourne autour d’un concept techno qui se prêterait aisément à de nombreux développements, tant il soulève de questions quant à sa mise en œuvre. Néanmoins épuré, le scénario choisit d’aller à l’essentiel, prend soin de ne jamais perdre le spectateur et se révèle peut-être plus fascinant encore dans sa seconde partie, lorsqu’il s’attache enfin à interroger les motivations et la personnalité de l’hôte (incarné magnifiquement par la Norvégienne Renate Reinsve, vue récemment dans La Convocation), pièce maîtresse du dispositif, réduite jusque-là à une simple nécessité physique.
Dans la lignée d’un M. Night Shyamalan, le film de Messina nous offre, de surcroît, un joli twist final qui relance l’intérêt de son récit et justifierait amplement un second visionnage de l’ensemble.
3,5 étoiles sur 5
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts



































5 commentaires
Tout deuil est une épreuve terrible , seul le niveau de la capacité de résilience de chacun fait la différence après celui-ci.
Le concept de faire son deuil est souvent issu d’une jeunesse angoissée par la mort . Dans la réalité on ne fait pas son deuil , ou celui ci se limite aux obsèques, mais on vit au contraire parfois plus intensément avec l’être cher , disparu ,que lorsqu’il était vivant et il faut accepter que cela soit jusqu’à la fin de propre vie .
on ne fait pas son deuil on vit avec, même 20 ans après on n’oublie pas ceux qui sont partis.
Je n aime pas l expression « faire son deuil ». Elle ne veut rien dire… La perte d un être cher, en ce qui me concerne, c’est l acceptation de leur départ, les garder dans mon cœur, et continuer à avancer.
Genre d’expression incompréhensible entre autres, ( « tombée enceinte », » devoir de mémoire », …)qui se traduit, je suppose, par « acceptation du deuil ».