Bac, brevet, que dire… « On ses fait draguée toute la soirer par des gent bourrait »

Le taux de mentions TB a connu une inflation de 1.466 %, au cours des 20 dernières années, bien mieux encore que le pain
bac

Voici la chronique attendue sur les perles que j’ai trouvées dans mes copies de brevet. Mais je voudrais auparavant réagir à une vidéo que je viens de voir sur les réseaux. La Dépêche du Midi organisait une petite cérémonie pour féliciter les bacheliers ayant obtenu une mention « très bien ». Pourquoi pas. Le niveau ne cessant d’augmenter, comme tout le monde le constate au quotidien, le taux de mentions TB a connu une inflation de 1.466 %, au cours des vingt dernières années, bien mieux encore que le pain, l’essence ou les cigarettes.

@ladepechedumidi "J'étais très contente parce que le travail a payé." 270 bacheliers de Haute-Garonne avec mention "très bien" ont été reçus à La Dépêche du Midi lundi 7 juillet. Entre leurs très bonnes notes et leurs futures études, ils nous racontent leurs émotions au moment des résultats. #sudouest #toulouse #bac #actu #sinformersurtiktok ♬ son original - La Dépêche du Midi

Lors du petit raout festif organisé par La Dépêche, le maître de cérémonie a félicité les jeunes : « Bravo à toutes et à tous, vous avez bien bossé ! », et une candidate s’est réjouie de sa mention « très bien » : « Je pensais même pas avoir la mention "bien", déjà, de base, donc avoir la mention "très bien", j’étais vraiment choquée ; du coup, j’étais fière de moi aussi et mes parents aussi, du coup. » Pour la transcription de cette saillie élégante, j’ai hésité sur la place des virgules : je les ai mises un peu au hasard, ne sachant pas bien si le « déjà » allait avec « mention » ou « de base » ni si le « du coup » allait avec ce qui le précède ou ce qui le suit. Mais vous serez sensibles à l’usage subtil que fait cette jeune fille de l’épanadiplose (« du coup… du coup ») et du parallélisme (« j’étais fière de moi… mes parents aussi [étaient fiers ] »), prouvant ainsi la fine transmission des principes de la rhétorique classique aux nouvelles générations.

« Simone à la plage »

Maintenant, les copies du brevet. Rien de bien nouveau, sous le soleil des années 2020. Nous avons reçu des consignes de correction très bienveillantes, comme de coutume, avec une transmission orale des consignes les plus contestables (comme le fait de ne pas tenir compte des contresens de lecture les plus massifs, ceux qui faisaient de Simone de Beauvoir une lycéenne ou une travailleuse indépendante). Puis nous avons découvert les copies. En rédaction, nous avons eu la collection complète des Martine-Simone : « Simone à la plage », « Simone décore son appartement » mais aussi « Simone va au concert de Jul », « Simone assiste à un match de l’OM », « Simone dans la FanZone » et surtout, très essentiellement, « Simone fait du shopping ». On ne se rend pas assez compte de l’importance, dans une vie équilibrée, de cette action déterminante qui consiste à faire les boutiques et à dénicher la petite robe qui va bien…

Toutes ces aventures passionnantes, absolument jamais assorties de la moindre réflexion sur la vie, la beauté ou quelque notion abstraite que ce soit, étaient racontées dans une langue élégante et fleurie, ornée de mille petites trouvailles grâcieuses : « Et j’en parle du nombre de gens à la plage ? C’est vraiment compliquer pour y aller mais même juste regarder la plage ça me donne les frissons », « Le soir nous somme parti en soiret ensemble dans une grausse boite vu qu’elle connait le patront, on sait amusait jusca 2h du matin, on ses fait draguée toute la soirer par des gent bourrait », « L’Olympique de Marseille a bien respecté sa devise qui est "Droit au But" avec sa victoire bonifié qui est de 4-2 contre le Benfica. De fabuleuse personnes mont invités à boire l’apéro au Vieux Ports », « Je lui répondu que oui j’étais issu de la région parisienne, j’ai cru qu’il allait me viré du bar […] mais il pointa une écharppe : "Tié la famille, même si tié un parisien" », « Coucou Maman et Papa, j’espère que vous allez bien moi super. Je vous écris cette petite lettre pour vous racontez mon arrivée à Marseille. Dès mon arrivée, je me suis immobilisé en haut du grand escalier. Le ciel était bleu, la mer était bleu et franchement c’était tellement satisfesant à regarder. J’ai visité la villes par exemples les lieux, la façon de parler, rencontré de nouveaux amies, les plages, les stades et la nouritture. »

Même à l’imparfait ils sont créatifs : je revené, je m’ennuié, je parter…

C’est pareil quand ils répondent aux questions de compréhension : « On peut dire que c’est une vie nouvelle car elle vie dans une nouvelle ville puis va aller à l’école, une maison, ses occupation car sa sera à elle de les inventer. » Pour terminer, la petite copie surréaliste d’un élève qui, ne vous inquiétez pas (ou inquiétaient ? ou inquiété ?…), passera sûrement en seconde générale, faute de place ailleurs : « Dormira mes occupations d’autre habitudes mes avec plaisires cest amais les invite l’escalié je maretais a chaque marche come sur l’avenue de la gare à drois a guache il y’a avait restaurant verrières pas un chambe selon mon coeur Vobessieu des trovailles et là je grimpai son toi racailles je rodais. » André Breton aurait adoré…

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

153 commentaires

  1. vous êtes étonnés, tristes ou révoltés ? Ne fallait-il pas intervenir plus tôt, aux racines du désastre, à l’époque où les enseignants se sont mis à tutoyer les élèves et à se laisser taper amicalement sur le ventre. L’instruction nationale est en faillite depuis bien longtemps et quant à l’éducation dont elle est partie prenante on voit où on en est. Le pays est fichu, il faut en être convaincu.

  2. Choquant de donner le brevet à des élèves capables de produire de telles copies. Il est donc accepté que les élèves ne maîtrisent pas leur langue, ni à l’écrit, ni à l’oral. Indépendamment de la forme, le contenu n’est pas mieux. Quel intérêt de pousser aux études des jeunes qui ne réussiront pas ?

  3. Je plains les DRH qui vont devoir embaucher tous ces prodiges pour essayer de faire fonctionner nos entreprises. Si les diplômes nationaux ne sont même plus un critère valable, la seule solution que je vois est de systématiquement leur faire passer un nouvel examen dans leurs locaux pour vérifier leurs vrais niveaux. Cela existe déja dans de grandes entreprises, et à mon avis, l’argent dépensé dans ces tests est de l’argent judicieusement investi.

    • Les DRH ne les embaucheront pas. Ils ne peuvent même pas être mis au moindre guichet en contact avec le public, ne parlant pas le français. Ensuite ils crient à la discrimination…

  4. Et vous, Virginie, qui m’avez repris quand j’ai évoqué dans un article précédent « un panier de crabes », au lieu de mettre l’accent sur les manquements de l’enseignement, qui n’en est plus un, mais ressemble davantage à une vaste cour de récréation, vous devriez être satisfaite du résultat obtenu.
    Je vous avais conseillée de quitter l’école publique sous contrat et de vous diriger vers un établissement privé hors contrat.
    Mais vous préférez, sans doute, par vocation, essayer de sauver deux ou trois élèves, ce qui par ailleurs est fort louable.
    J’ai souvent interrogé des professeurs et la plupart d’entre eux me répondent : « ils savent faire autre chose ».
    Les élèves ignorent toutes les règles basiques et élémentaires concernant l’orthographe, la grammaire et la conjugaison.
    La médiocrité est omniprésente tant dans l’enseignement que dans la politique en général.

  5. Simone de Beauvoir ? On fait croire que cette militante communiste aigrie (ils le sont tous – mais passons) était un écrivain. En terminale, puisqu’ils y arriveront tous, on leur fera lire l’étranger de Camus et on leur laissera croire que Sartre et Merlea-Ponty étaient des philosophes. En réalité tout ce petit monde qui ne connaissait du vaste monde que le Café de Flore (intestinale – leur littérature étant à c..) ou le café des Démagos ! Les idées de ces gens ont d’abord pourri le système universitaire. Puis le système scolaire avec le Plan catastrophique Langevin Wallon qui étaient deux scientifiques communistes chargés des programmes scolaires à la Libération. L’Histoire ? Finie la chronologie. Vive l’Histoire « thématique » avec des sujets aussi passionnants que la culture du navet en Basse Normandie au Bas Moyen-Age : j’exagère à peine. Le Roman National je ne vous en parle même pas ! Comment faire France quand les programmes enseignent la détestation de notre pays ?
    J’ai eu à subir les maths modernes – théorie des ensembles et autres délires masturbatoires intellectuels de matheux fous (pléonasme). Résultat, dès la 6ème je ne comprenais rien de rien à ce que les différents profs de maths qui se sont succédés tout au long de ma « carrière » scolaire pouvaient raconter. Je suis sorti de ce système délirant, Khafkaïen et Ubuesque sans savoir faire une règle de trois .
    Les profs votent à gauche et même à l’extrême gauche. Ces copies ne sont pas autre chose le produit « intellectuel » de leurs idées.

    • La rééducation nationale a créé l’histoire « évènementielle », se permettant de choisir les « évènements » à inculquer aux futurs Mozart en tous genres ! Et a légitimé l’appellation « roman national » pour détruire la notion d’Histoire de France et sa chronologie qui permettait de comprendre comment notre pays s’est construit !

  6. Je suis âgé de 67 ans. Quand j’avais 20 ans j’étais très ami avec un condisiciple dont le père avait du écrire ce que son futur beau-père lui dictait et ceci avant même de parler d’autres choses. Ensuite sont arrivés les calculs écrits puis mentaux. Apprenant cela la famille du prétendant a fait exactement la même chose. Dans ma propre famille l’apprentissage des langues et de leur orthographe était suivi de près. Un de mes fils est ouvrier, lit beaucoup en flamand et en français et tant son orthographe que sa connaissance étendue des vocabulaires respectifs sont réjouissants. En un sms, il m’arrive fréquemment de cataloguer sommairement quelqu’un, dans un sens ou dans l’autre.

  7. J’avoue que là, il est permis de se poser des questions. Ces jeunes sont-ils déjà allés à l’école? Peut-être ne sont-ils pas français? A la lecture des passages cités par Virginie Fontcalel, je reconnais ne rien comprendre du dernier. Il faudrait un traducteur!… J’ai pourtant l’expérience puisque ayant obtenu un Bac philo 3 langues en 1969, j’ai passé un concours d’entrée dans une grande école d’interprètes-traducteurs. A l’épreuve de français notée sur 20, une faute d’orthographe faisait perdre 10 points et une faute de grammaire générait tout simplement un 0, celle-ci étant sensée être parfaitement maîtrisée au niveau Bac. Il est vrai qu’à l’époque le téléphone portable faisait encore partie de la science fiction dont je lisais des articles dans la revue ‘Science & Vie’ que m’achetait mon père. Mais à l’école nous apprenions beaucoup et je me souviens que je lisais énormément: Flaubert, Balzac, Victor Hugo, Dostoïevski, bref presque tout ce qui me tombait sous la main et qui m’occupait des après-midi entiers. Evidemment, lorsqu’on voit où le niveau scolaire est aujourd’hui, on a quelques raisons d’être inquiets notamment sur l’avenir de ces jeunes parce que dans une entreprise, ils n’auront aucune chance. Par ailleurs, je me suis toujours demandé pour quelle raison nous avons un ‘Ministère de l’éducation nationale’ (alors que l’éducation est du ressort des parents) plutôt qu’un ‘Ministère de l’enseignement’. Peut-être est-ce pour cela que la France est un pays en voie de sous-développement.

  8. C’est de pire en pire chaque année et tant qu’on aura pas changé de régime gouvernemental le niveau des élèves dégringolera.Toute cette génération est perdue, il faut absoument se battre pour que la prochaine ne soit pire. Ce sont les votants qui ont l’avenir de leurs enfants, petits-enfants entre leurs mains, alors pour une fois réfléchissez bien avant de mettre votre bulletin dans l’urne sinon la France ne s’en relèvera pas.

  9. mes deux petits enfants, j’ai pu le constater, n’ont aucune notion des règles de grammaire, que nous, enfants, connaissions par coeur. C’est la base qui leur manque, mais les professeurs d’aujourd’hui ont reçu la même éducation, ça continuera donc d’évoluer vers le bas.

  10. Ouf ! J’ai eu du mal à lire jusqu’au bout…car j’avais mal aux yeux. Je ne m’en suis pas encore remise. Dans le cimetière de nos illustres écrivains, les tombes en étaient toutes retournées. Un désastre !!!

  11. Pour le macron, l’épicentre du français se trouve sur le fleuve Congo, et ceci explique sans doute la dérive de notre langue. Je me demande combien de mots sont encore nécessaires pour s’exprimer et se faire comprendre. Pour certains deux phrases suffisent soit « n… ta mehr » et « fils de p… ». Et en ce qui concerne les sujets d’études de ces écoliers, on trouve bien évidemment peu de choses sinon les vacances, le foot et les « fringues ». Le sujet omniprésent, et c’est le cas dans les séries de fin de journée, ce sont les histoires de fesses, les protagonistes des feuilletons ont cette orientation de vie à longueur de soirée, sans oublier le mensonge, omniprésent.

  12. Les auteurs de ces chefs d’oeuvre vont à l’école depuis neuf ans, cinq de primaire et quatre de collège. En lisant ces extraits j’ai honte pour l’Education Nationale. Comment peut-on arriver à ce summum de nullité crasse?

  13. Une photo prise dans une petite école de village vers 1900 montrait l’instituteur à côté de ses petits élèves d’environ 10 ans en blouse et sagement alignés en rang. Sur le tableau noir était écrit la merveilleuse phrase suivante :
     » Le pays qui a la meilleure école est le plus grand des pays. S’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera un jour. »
    Je ne sais pas pourquoi mais en écrivant ce commentaire j’ai à la fois envie de vomir et envie de pleurer.

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