[AU TRIBUNAL] Trois ans requis contre la nourrice accusée d’intoxication antisémite

L'Algérienne de 42 ans comparaissait, ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Nanterre sans reconnaître les faits.
© Jordan Florentin
© Jordan Florentin

Elle se faisait appeler « Nadine » par ceux qu’elle considérait « comme les siens », mais son véritable nom est Leila Y. Devant la 18e chambre du tribunal correctionnel de Nanterre, cette nourrice algérienne de 42 ans répond d’usage de faux auprès de ses employeurs et, surtout, de leur avoir administré des substances nuisibles ayant entraîné des ITT supérieures à huit jours. Mais la question principale qu’a soulevée la cour, ce mardi 9 décembre, demeure à ce jour sans réponse : Leila Y. a-t-elle intoxiqué la famille T. en raison de sa judaïté ?

Une famille intoxiquée au détergent

Les faits remontent à janvier 2024. Une mère de famille alerte la police après avoir découvert, à deux reprises, que des produits ménagers à base de Javel ont été versés dans différentes bouteilles consommées – principalement d’alcool – par elle et sa famille, ainsi que dans un flacon de démaquillant. Pas de doute, à ses yeux : la seule personne ayant accès à ces liquides est la nounou de leurs trois enfants de 2, 5 et 7 ans, « Nadine ». Trois fois par semaine, la nourrice, recrutée trois mois et demi plus tôt grâce à une annonce Facebook, récupère la fratrie à la sortie de l’école et de la crèche, supervise les devoirs, donne le bain, le dîner, puis couche les enfants en attendant le retour des parents, aux alentours de 20h30.

Lors de l’enquête, il apparaît clairement que plusieurs bouteilles habituellement consommées par les parents ont été altérées. Le laboratoire ToxLab identifie, dans deux bouteilles de vin rouge, dans une bouteille de whisky utilisée pour cuisiner un plat de pâtes goûté par les enfants, ainsi que dans un jus de raisin dont la bouteille ressemble à celle d’un vin rouge, la présence d’un produit « all purpose cleaner ». Un second agent, proche d’un nettoyant WC, ne peut être totalement exclu, selon les expertises.

Le mobile antisémite soulevé

Des actes sans grandes conséquences physiques mais aux répercussions psychologiques importantes, pour cette famille « traumatisée » qui n’y aurait pas trouvé plus d’explication, si la mise en cause n’avait pas prononcé, au moment de sa perquisition : « Ils ont le pouvoir et l'argent, je n’aurais jamais dû travailler pour une Juive, ça ne m’a attiré que des ennuis. » C’est cette dernière phrase qui orientera les débats de l’audience, où la question de l’antisémitisme a dominé les échanges.

Les avocats des victimes, Me Patrick Klugman et Me Sacha Ghozlan, ainsi que ceux des associations antiracistes qui se sont portées parties civiles – LICRA, CRIF, SOS Racisme –, ont longuement développé cette thèse en s’appuyant sur des éléments qu’ils ont jugés accablants : quatre vidéos partagées par Leila Y. sur les réseaux sociaux montrant des enfants palestiniens sous les décombres, l’inscription « Jérusalem » sur la bouteille de jus de raisin contaminée ou encore une plainte de la prévenue auprès du gardien de l’école, où elle dénonçait le « radinisme » de ses employeurs, « riches » et refusant de l’augmenter « même d’un euro », sans toutefois mentionner leur religion.

Le président du CRIF, cité comme témoin, replace l’affaire dans une flambée d’actes hostiles depuis octobre 2023. Le ministère public suit la même ligne et requiert trois ans d’emprisonnement avec maintien en détention et interdiction du territoire pendant dix ans contre celle qui se trouve en détention provisoire depuis près de deux ans.

Une accusée « avec ses limites »

Dans le box des accusés, Leila Y. ne reconnaît rien. Pas les bouteilles, pas les produits, pas même l’ombre d’un geste malveillant. « Je n’ai jamais touché à ces bouteilles, je n’ai jamais vu ces produits. » Pourtant, en garde à vue, elle avait fini par admettre avoir versé un liquide nettoyant, « pas une quantité énorme », susceptible de leur « causer des douleurs, mais pas au point de les tuer ». Il s'agissait d'une « punition », disait-elle alors, contre des employeurs « désagréables » qui la « prenaient pour une conne » et ne la respectaient pas. Et, surtout, elle assurait n'avoir visé que les produits consommés par les adultes. Mais aujourd’hui, devant les juges, elle parle de « manipulation ». « L’enquêteur m’a mise sous pression, j’ai inventé une histoire », assure-t-elle.

Face à ces dénégations répétées, son avocat s’emploie à ancrer l’affaire dans une réalité plus prosaïque : celle d’une femme sans ressources, se disant « exploitée » et qui, vexée par un refus d’augmentation, aurait « craqué ». Une femme en colère avec ses « limites » intellectuelles, oui, mais pas une antisémite. La défense s’accroche à un détail : cette phrase, la seule explicitement dirigée contre la judaïté de ses employeurs, elle l’a prononcée lors de la perquisition, « sous le coup de la colère », dans un moment de stress intense. Rien de plus. Aucun autre élément du dossier, selon elle, ne permet d’attester d’une idéologie, encore moins d’un projet mûri.

« Que des Juifs soient victimes en raison de leur religion, c’est indéniable, concède-t-il. Mais ce n’est pas à ma cliente d’en devenir l’exemple », plaide sa défense, qui refuse de voir cette affaire devenir un « procès politique ».

La situation irrégulière absente des débats

Étonnamment absente des débats, la situation administrative de la prévenue n’a été qu’effleurée. Pourtant, alors que Leila Y. vivait en France depuis 2022 en situation irrégulière et sous OQTF, l’audience ne s’est pas attardée longtemps sur cette réalité. La mère de famille, visiblement éprouvée, finira pourtant par l’évoquer : « Sachant qu’elle est sous OQTF, j’aimerais qu’elle quitte le territoire. » Elle dit redouter des représailles, une inquiétude renforcée par l’accès intime qu’avait la nourrice au foyer : les trajets, les horaires, les habitudes des enfants, jusqu’au nom du doudou du plus petit.

Le verdict est attendu le 18 décembre prochain.

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Si Landru ressuscitait, les juges lui feraient un pont d’honneur, et le gouvernement lui remettrait une médaille, la légion d’honneur, ses crimes pouvant être requalifiés en recherches scientifiques sur l’euthanasie.

  2. Le problème est que toute mesure judiciaire reporte et suspend l’OQTF! Et comme elle ne sera la relaxée, cette personne pourra nuire à souhait…

  3. 3 ans seulement ? Aurait-il fallu qu’elle réussisse son entreprise pour être sanctionnée comme elle le méritait ? En plus comme dit Widget son problème est réglé, elle peut rester en France.

    • Attendez 3 ans requis. Les jurés vont ils suivrent la réquisition ? Et ensuite avec le jeu des remises de peines, chères à notre justice laxiste, elle ne fera probablement que 12 mois de prison.

  4. Le problème de l’OQTF est réglé : grâce aux juges, c’est la prison… en France ! Pas mal, hein !!!! De qui se moque-t-on, si ce n’est de nous, du peuple Français ?

  5. Ce qui est honteux c’est l’interdiction de territoire pendant 10 ans. Cela devrait être à vie et cela aussi pour tout migrant illégal.

  6. « une bouteille de whisky utilisée pour cuisiner un plat de pâtes goûté par les enfants », « trois enfants de 2, 5 et 7 ans ».
    Waouh, j’avoue être surprise par cette diététique.

  7. C’est drôle, si j’ose dire, dans l’article on ne craint pas de donner, d’exposer, les prénoms et patronymes des avocats de la famille…
    En revanche rien sur le prénom et le patronyme de l’avocat de l’accusée algérienne, étrange non ?

  8. Pourquoi avoir embauché cette nourrice ? Parce qu’elle était étrangère et pouvait être payé au rabais (voire au noir) ?

    • Oui, c est une tentative de meurtre pour moi également. Ce n est pas cher payé ! Il faut punir sévèrement pour l exemple. Cette femme n a aucune circonstance atténuante. Il y a de la jalousie et de l antiseminisme. C est horrible pour cette famille.

    • Il s’agit plutôt de l’administration de substances nuisibles dans le cas présent, l’intention de donner la mort (tentative d’empoisonnement), n’a pas été retenue et n’est pas avérée. C’est tout de même 10 ans d’emprisonnement et 150.000 € d’amende). Pour la prison, on sait très bien que le maximum prévu par la loi n’est jamais prononcé (ou très rarement), que la peine est souvent assortie de sursis ou d’aménagement, à tout cela il faut rajouter les remises de peine automatiques … il ne restera pas grand-chose. Quant à l’amende, je vous deviner le degré de solvabilité de Miss Javel Plus !

  9.  » la nourrice, recrutée trois mois et demi plus tôt grâce à une annonce Facebook », Ces gens (les victimes) sont de gros naïfs en prenant une annonce sur Face Book sans référence pour lui confier leurs 3 enfants.

    • je suis de votre avis. Il me semble qu’il faut avoir de meilleures infos sur une personne à qui on confit ses petits de « trois enfants de 2, 5 et 7 ans »

      • Oui, on parle de cuisine; on confit des marrons, des cuisses de canard et quantité d’autres produits, mais « on confit aussi des petits » ? Il vaudrait mieux les confier, de là, à qui on confie ses petits, c’est moins piquant ….pour les yeux

  10. Une affaire très révélatrice du climat qui s’est installé dans notre pays. Le vivre ensemble nous promet un avenir radieux, c’est une évidence.

  11. Quand on embauche du personnel non déclaré…
    Y a pas que des avantages.
    Pour lutter contre .
    Utilisation des cartes d’identité ou de séjour biométrique.
    Peut-être obliger les employeurs de maison a passer par une agence d’interim . Qui pourra mieux faire des vérifications casier judiciaire , CV vérifié

    • Moi, je me suis occupé de mes enfants, j’ai démissionné de mon travail plutôt que de confier mes enfants à je ne sais qui….Bien sûr, j’avais moins d’argent, mais la satisfaction de les voir s’épanouir avec moi.

    • Peu importe si la personne était déclarée ou non c est un autre problème. Les faits sont qu il y a eu empoisonnement d une famille qui n est pas responsable.

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