Alésia, la fin d’une Gaule libre et indépendante

Sa position fortifiée semblait offrir un abri sûr contre César mais elle devint une nasse mortelle pour les Gaulois.
Par Lionel Royer — Musée CROZATIER du Puy-en-Velay.
Par Lionel Royer — Musée CROZATIER du Puy-en-Velay.

À l’été de l’an 52 av. J.-C., la Gaule est au bord de l’effondrement. Depuis plusieurs années déjà, Jules César mène une campagne implacable pour soumettre les peuples gaulois dans ce que l’on appellera plus tard la « guerre des Gaules ». Chaque tribu contrainte à la capitulation, chaque alliance rompue, fragilise un peu plus le front gaulois. Pourtant, sous l’impulsion d’un chef arverne, Vercingétorix, une coalition sans précédent se lève, décidée à résister à l’envahisseur romain. Cependant, cette courageuse résistance a une fin : Alésia. L’oppidum, probablement situé sur le Mont-Auxois, domine la plaine environnante. Sa position fortifiée semble alors offrir un abri sûr, mais elle devint une nasse mortelle pour les Gaulois. César, en stratège méthodique et patient, en fera ainsi précisément la démonstration et brisera le destin d’une Gaule libre en septembre -52.

Un siège fatal

Après plusieurs revers, face au romain, Vercingétorix se voit contraint de replier ses forces dans l’oppidum d’Alésia. César, fin poliorcète, choisit alors de ne pas attaquer frontalement son ennemi et fait reposer sa stratégie sur l’usure et la famine.

Il ordonne ainsi la construction d’une double ligne de fortifications : une première, tournée vers l’oppidum pour contenir les assiégés, et une seconde, orientée vers l’extérieur afin de repousser toute tentative de délivrance. Ces lignes, renforcées de fossés, de talus, de palissades, de pièges et de tours de guet, s’étendent sur plusieurs dizaines de kilomètres et enferme Alésia dans un étau.

À l’intérieur, le piège se referme inexorablement. Les vivres s’épuisent, et bientôt la faim frappe. Vercingétorix, contraint à des choix inhumains, expulse alors de l’oppidum les bouches inutiles : les vieillards, les femmes et les enfants sont ainsi poussés vers les lignes romaines. Cependant, César ne fait preuve d’aucune pitié envers ces malheureux qui, rejetés des deux côtés, sont condamnés à mourir de faim entre les murs de leurs compatriotes et les fossés ennemis.

Les derniers guerriers encore vivants tentent alors quelques escarmouches, espérant percer les lignes romaines pendant que l’armée de secours, forte selon César de plusieurs centaines de milliers d’hommes, tente elle aussi un assaut pour rompre l’encerclement. Malheureusement l’armée romaine, grâce à l’aide d’une cavalerie germanique, reste invaincue. Vercingétorix se retrouve ainsi dans une situation de plus en plus inextricable et va devoir se résoudre à l’impensable.

Une reddition rentrée dans l’Histoire

Vers le 27 septembre 52 av. J.-C., Vercingétorix réunit ses derniers fidèles. César « ordonne qu'on lui apporte les armes, qu'on lui amène les chefs ». Vercingétorix s’exécute. La scène, rapportée par la tradition, est restée gravée dans l’imaginaire collectif : le chef arverne sort de l’oppidum, revêtu de ses armes, les jette aux pieds du conquérant, puis s’assoit en silence. Par ce geste solennel, le siège d’Alésia prend fin, et avec lui s’achève la dernière grande tentative de résistance unifiée contre Rome.

Fait prisonnier, Vercingétorix n’obtient aucune clémence de la part de son adversaire. Enfermé plusieurs années dans la prison Mamertine à Rome, il est alors exhibé lors du triomphe de César en 46 av. J.-C., puis étranglé peu après, victime de l’implacable et humiliante mise en scène du pouvoir romain.

Pour les combattants gaulois, la reddition du chef est un coup terrible. Certains peuples acceptent la domination romaine ; d’autres tentent encore de lutter. Cependant, ces dernières braises d’indépendance finissent elles aussi par s’éteindre en 51 av. J.-C., avec la chute d’Uxellodunum, près de Brive, écrasée par les légions. Dès lors, la Gaule est définitivement soumise et entre dans le giron de Rome.

L’héritage d’Alésia et de Vercingétorix

Le siège d’Alésia demeure l’un des épisodes militaires les plus célèbres de l’Antiquité. Grâce à la convergence entre les sources antiques, en particulier les écrits de César, et les découvertes archéologiques, le site d’Alise-Sainte-Reine est considéré par la majorité des historiens comme l’emplacement plausible d’Alésia. Toutefois, la localisation reste un objet de débats et de controverses au cours des siècles. En effet, certains, comme Franck Ferrand, défendent une thèse différente faisant du site de Chaux-des-Crotenay, dans le Jura, le véritable site d’Alésia. Aujourd’hui, à Alise-Sainte-Reine, le Muséoparc d’Alésia reconstitue les fortifications romaines et propose au public une immersion dans ce passé parfois méconnue.

Quant à Vercingétorix, il a dépassé sa condition de chef vaincu pour devenir une figure nationale. Sous Napoléon III, au XIXᵉ siècle, une statue monumentale fut érigée en son honneur au sommet du Mont-Auxois, portant l’inscription : « La Gaule unie, formant une seule nation animée d'un même esprit, peut défier l'Univers ».

Ainsi, bien que la défaite d’Alésia ait marqué la fin de l’indépendance gauloise, elle a fait naître une légende qui traverse les siècles : celle d’un chef qui osa défier Rome, le défenseur d’un peuple contre l’envahisseur et dont le nom résonne comme un cri de liberté.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

39 commentaires

  1. Alise Ste Reine est trop petite pour les gaulois de Vercingétorix.
    A part cela, la défaite d’Alésia est le début d’une longue tradition de collaboration avec l’ennemi.
    Tradition qui perdure jusqu’à aujourd’hui avec grand succès que je déplore.

  2. Libre et indépendante, mais toujours divisée par des querelles internes causées par l’envie. César a su en profiter, seuls les rois ont réussi à surmonter cette faiblesse – pour un temps.

  3. Je réponds à Bigot et Guilhon : La « Pax romana » a mis fin aux « chicayas » entre tribus? Des sièges au Sénat romain leur ont rapidement été réservés? Une juxtaposition d’innombrables tribus celtes, en constantes guérillas intestines ? La Gaule n’a été unifiée que grâce à Rome ?
    A part les Eduens toutes les cités ont suivi Vercingétorix. Quant aux ‘’chicayas’’ entre cités (et pas tribus) il en avait partout même à Rome. La Pax Romana (invention de Tite Live) ? Le grand historien Fernand Braudel décrit les perpétuels soulèvements des Gaulois (bagaudes) atrocement réprimés. On ne peut parler de la fin d’une indépendance et d’une civilisation avec désinvolture. Le grand historien Camile Jullian pense que si les Gaulois avaient pu coopérer avec les Grecs présents pacifiquement sur la côte du Midi, il en serait résulté une garde civilisation authentique . Les Grecs ? Autre chose que les Romains quand même ! Le Sénat ? Les riches Gaulois de Cisalpine y étaient déjà ; puis après César le Sénat perdra peu à peu son pouvoir. Que signifie être unifié dans la servitude ? Et la Gaule avait de Grandes assemblées religieuses politiques et culturelles. Et le Sanctuaire fédéral des trois Gaules, chez les Carnutes puis à Lyon.

  4. Les commentaires m’ont bien amusé, je me suis souvenu d’un passage du film the life of Brian des Monthy Python. Pour ceux qui causent britiche, rechercher sur youtube « what have the romans ever done for us ». On ne peut pas parler d’une gaule libre alors que ce n’était qu’un conglomérat de tribus qui souvent s’etripaient. Or là où il y a des tribus, il n’y a aucun progrès possible.

  5. Franck Ferrand soutient des thèses parfois fantaisiste (Corneille serait l’auteur des pièces de Molière) mais pour ce qui est de la situation d’Alésia, ses arguments sont sensés. Partant des textes de César, stratèges dont censé décrire de façon précise le terrain, il constate qu’Alise-Sainte-Reine ne correspond pas. Après recherches sur les cartes, il a conclu que seul le site de Chaux-des-Crotenay, dans le Jura correspondait au descriptif de César. Chacun peut faire la vérification s’il le souhaite !

    • Je ne retiens pas votre thèse même officielle en ce qui concerne Corneille/Molière. Ce dernier montre dans ses premières pièces une langue qu’il n’a plus dès qu’il entre en contact avec Corneille et se produit à Versailles. Pour Alésia je n’ai pas plus de preuves que vous et ce n’est pas le sujet qui est notre admiration pour les deux stratèges opposés et notre reconnaissance pour l’un qui a illustré la vaillance des Celtes et pour l’autre qui nous a apporté par la colonisation réussie les structures qui manquaient tant aux Gaulois pour »faire nation », même si cette réussite reste imparfaite .

    • Fantaisiste ? Il y a pourtant désormais un consensus chez les spécialistes sur le fait que Corneille (qui a commencé sa carrière comme auteur de farces et comédies) a coopéré avec Molière (sans formation littéraire) qui n »était que le gagman et l’acteur.

    • Absolument ! Et les franc-comtois ( et non les gaulois arvernes) ont battu le chétif César, lequel n’était pas un guerrier mais un politicien, mais ont accepté de jouer un cinoche pour lui permettre de faire semblant de rentrer vainqueur.

  6. Alésia a été le début d’une colonisation brutale, esclavagiste. La Gaule a perdu à jamais la langue, sa culture, sa musique, sa religion, son système politique, ses élites, son goût de la liberté. Et comme il ne restait rien de tout cela quand les Germains on déferlé, elle na pas su se défendre. Rome avait tout nivelé. Les Empires sont forts pour oppresser mais faibles pour défendre. Libérons nos de l' »Empire UE ». Trump nous y invite. PS : notre pays s’est appelé Gaule jusqu’au XIV siècle et les Grecs disent encore Ghâllos pour nous désigner…

    • Oui mais… Certes les Romains ont systématiquement éliminés les Druides pour casser « l’âme » gauloise. Mais = Leur colonisation a duré plusieurs siècles au grand bénéfice des Gaulois. La « Pax romana » a mis fin aux « chicayas » entre tribus (sans lesquelles César n’aurait jamais gagné). Des sièges au Sénat romain leur ont rapidement été réservés… Cela ne vous rappelle rien ? La différence c’est qu’il n’y avait pas d’ONU etc. pour demander repentance et réparations…

    •  » La Gaule a perdu à jamais la langues, sa culture, sa musique, sa religion, son système politique, ses élites, son goût de la liberté. » Plus exactement, la Gaule a perdu à jamais les langues, ses cultures, ses musiques, ses religions, ses système politiques, ses élites, ses goûts de la liberté. La Gaule pré-romaine n’était qu’une juxtaposition d’innombrables tribus celtes, en constantes guerrillas intestines. La Gaule n’a été unifiée que grâce à Rome.

    • Les Francs ont occupé des territoires assez vastes et libres d’accès. Il y a eu sans doute des combats mais les forêts étaient si étendues que l’arrangement se fît et les langues comme les peuples se sont mélangés. Entre deux la religion de Rome supprimant les tueries de jeunes gens avait été acceptée par la Gaule. Les Germains s’y plièrent et dominèrent par leur organisation des Gaulois héroïques mais déjà individualistes.

  7. L’histoire est plus vraie que les histoires qu’on nous raconte, si belles, si héroïques fussent-elles. Le récit d’Alesia est exact. Mais tous les Gaulois ne se sont pas rangés derrière Vercingetorix, bien au contraire. Lui-même d’ailleurs pactisa un temps avec Cesar. La Troisième République fut trop heureuse de sortir Vercingetorix de sa boîte et de l’affubler de moustaches. Les Gaulois furent des peuples, souvent divisés. César eut une intelligence d’avance sur eux. On évoque  » la Guerre des Gaules » sans le lire, c’est dommage. La plume est celle d’un préfet hors pair sachant écrire. Gloire à Rome qui nous a appris à être français !

    • Oui. Les Gaulois avaient de bonnes raisons de ne pas se ranger derrière Vercingétorix.
      De même bien des amérindiens avaient de bonnes raisons de ne pas s’opposer à la conquête espagnole…

    • « On évoque » la Guerre des Gaules » sans le lire, c’est dommage » = oh si. Au lycée, nous devions la lire « dans le texte » et en faire un résumé, chapitre par chapitre, dans la langue de César.
      je suis loin d’être la seule à avoir du le faire.
      Je n’en ai pas un excellent souvenir, même si j’étais parmi les bonne élèves.

  8. Et dire que Vercingetorix était absent des livres d’histoire.
    C’est Napoleon III qu’il a remis en scène pour aider les français à être nationaliste, à l’époque c’était une vertu ( l’UE n’avait pas encore frappée!!)

  9. « L’armée romaine aidée par une cavalerie germanique » ! Les germains, ennemis héréditaires des français.
    Rien de bien nouveau

    • Les Francs qui ont donné leur nom au pays, sont germaniques. La France a donc un peu commencé déjà à Alésia et donc avant la royauté française, d où certainement la célébration de cette victoire surtout romaine mais un peu germaine et peut-être franque et française

      • Les « gaulois sont français depuis Clovis, donc depuis qu’ils sont chrétiens.
        c’est ce que vous vouliez dire?

        Pourquoi confondre peuple avec religion et/ou gouvernement?

  10. Reconnaissons quand même que la conquête romaine a amené la modernité, la civilisation et une certaine idée de l’administration même si au fond de moi je reste très « gaulois ». Rappelons qu’il y a eu après cette bataille, ce qu’on a appelé « les gallos-romains et ça a amené une certaine postérité à cette époque.

    • Les romains n’ont fait que plaquer leur système sur celui des gaulois, tout existait déjà, remplacement des fonctionnaires gaulois par des romains, romanisation des voies gauloises, l’unification des peuples gaulois était déjà bien avancée, les romains l’ont brisée. Réduction en esclavage de la population, pillage systématique des richesses de la Gaule, ce n’est pas cher payé, pour devenir les « membres » d’une civilisation qui vous oblige à vivre comme eux.

    • Une grande bataille qui a pratiquement mis fin à la guerre entre nationalistes Gaulois et permis une plus grande unification, à l’origine de la France après de petits nouveaux enrichissements.

    • Selon WIKIpédia = « la communauté scientifique, internationale et française, dans son immense majorité, s’accorde pour dire que les éléments mobiliers et stratigraphiques issus du site archéologique d’Alésia à Alise-Sainte-Reine, dans le département de la Côte-d’Or en Bourgogne »

  11. Mais un petit village d’irréductibles Gaulois résistent. Et leur descendants lisent BV et regardent CNEWS. Et certains sont même adhérents de RECONQUETE !

    • Si être Gaulois s’est résister et perdre, alors ils existent toujours en effet. Ils se sont soumis aux Francs après les Romains, et sont près de se soumettre aux islamiques, mais on trouvera toujours, au moins avec imagination, une gauloiserie dans la République ?

    • Malheureusement, ce noyau ne produira jamais de fruit susceptible de disputer la rue à la gauche. Or, nous vivons en ochlocratie, c’est à dire dominés par régiments de manifestants de gauche. Ces nuisibles n’ont pas de prédateurs, ils se multiplient comme les sangliers dans nos campagnes. La police est émasculée, la justice complice. L’avenir est sombre.

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