[TRIBUNE] Il y a 70 ans : la vague poujadiste bousculait la France des taxes et du centre mou
Alors que le budget 2026 prévoit un nouveau déficit record dans une France championne des taxes de l'OCDE, le professeur Jean-Richard Sulzer jette un regard sur l'histoire et le ras-le-bol fiscal des commerçants et artisans des années 1950 qui accompagna la poussée d'un homme politique appelé à faire parler de lui : Pierre Poujade. Rien n'a vraiment changé...
Le 23 novembre 1955, les députés renversaient le second gouvernement en moins de dix-huit mois. Comme promis, le Premier ministre sortant Edgar Faure et le président de la République René Coty décidèrent, conjointement, de dissoudre l'Assemblée nationale. La date des élections fut fixée au 2 janvier 1956. La campagne, noyée au milieu des fêtes, fut assez calme.
Un fiscalisme envahissant
Seul objet de curiosité : l'UDCA (Union des commerçants et artisans) de Pierre Poujade présentait des candidats sous l'étiquette UFF (Union et fraternité française). Ce mouvement, créé en 1953, s'opposait physiquement à la venue des contrôleurs du fisc, à Saint-Céré puis dans le Lot, voire un peu partout sur le territoire. Les commerçants et artisans s’insurgeaient contre le fiscalisme croissant, et plus spécifiquement contre les contrôleurs « polyvalents », ainsi dénommés car ils pouvaient à la fois effectuer des redressements sur les bénéfices et le chiffre d’affaires. Mais ces brigades, créées en 1950, restaient à l’état d’épouvantail car elles ne comptaient que 316 fonctionnaires répartis dans 16 gros départements.
C’est l’émergence des grandes surfaces qui mit le feu aux poudres ou, plus précisément, celle d’un magasin d’alimentation à Landerneau : son propriétaire, Édouard Leclerc, achetait directement aux producteurs et pratiquait des prix bas grâce à ce circuit court. Les syndicats de petits commerçants invitèrent alors ces producteurs à ne plus fournir le magasin Leclerc. Mais un décret du 9 août 1953 vint interdire un tel refus de vente, ce qui ouvrait une voie royale à la grande distribution.
La vague poujadiste
Au soir du 2 janvier 1956, les résultats du scrutin attribuèrent 2,4 millions de suffrages, soit 11,6 % des voix, aux candidats de l’UDCA. Les résultats en sièges furent plus modestes, du fait d’un scrutin proportionnel biaisé qui avait d’ailleurs été conçu pour nuire aux gaullistes : 52 sièges sur 590. Il n’y avait pas là de quoi déstabiliser l’institution parlementaire ; d’autant plus que 11 élus poujadistes furent invalidés. Par ailleurs, d’autres députés, et non des moindres, s’éloignèrent du mouvement, tels Jean-Marie Le Pen, Jean-Maurice Demarquet et Jean Dides.
La grande scotomisation
Les caciques de la IVe République purent donc se livrer à leur cuisine parlementaire et investir Guy Mollet, le 5 février 1956. Ce gouvernement pléthorique connut un record de longévité, puisqu’il dura 16 mois. Ce ministère de centre gauche, dit de « Front républicain », fut investi par 420 députés, c’est-à-dire bien au-delà des mouvements qui le constituaient : une façon, pour les caciques de tout poil, de réaffirmer leur attachement à un parlementarisme mou. Ils scotomisèrent la poussée poujadiste, tout comme un névrosé refoule dans son inconscient une réalité trop pénible. Car, a posteriori, la vague de 1956 marquerait, pour la IVe République, le commencement de la fin. Le gouvernement de Guy Mollet tergiversa dans le dossier algérien et ne connut qu’une longue suite d’humiliations : journée des tomates, crise de Suez, rationnement de l’essence faute de devises.
Quelle leçon pour l’avenir ?
Le hasard m’a fait rencontrer Pierre Poujade au Conseil économique et social où nous siégions côte à côte. Celui que les communistes qualifiaient d’« hitlérien » me parla de sa guerre : fuite vers la France libre à Alger via l’Espagne, avant de terminer dans la Royal Air Force… On a vu pire nazi !
Puis il me communiqua, documents à l’appui, l’analyse de la vague de 1956 par commune : en plus des travailleurs indépendants, l’UDCA recueillit de forts pourcentages dans les zones rurales, les petites villes et plus généralement dans la ligne de faible densité qu’on appellera plus tard la « diagonale du vide ». En fait, la vague poujadiste a été portée par des classes moyennes attachées à nos traditions, pillées par un fiscalisme indécent, dépassées par des mutations trop rapides et tenues à l’écart des Trente Glorieuses : bref, un concentré de nos fractures françaises.
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12 commentaires
J’ai bien connu cette époque !
Vivement qu’un nouveau Pierre Poujade et Gérard Nicoud se lèvent !!
C’était un assez bon rappel aux réalités. La descente dura encore 2 ans mais les hiérarques combinards de l’époque n’y virent que du feu. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Ce qui ne l’est pas c’est le tic des gauches qui qualifient tous « les autres » d’hitlériens (ou de fachos).
Mes parents étaient UDCA et moi Gérard Nicoud ,la classe moyenne dans la société des gens responsables qui travaillaient nous voyons ou nous en sommes aujourd’hui. Les supermarchés ont coulé l agriculture ( bien fait je leur disais il y a 60 ans ) et les consommateurs » bouffent comme me disait Jean Pierre Coffe à la Ciboulette dans les halles, de la merde avec entre autres choses la conservation avec le sel nitrite pour momifier la nourriture et les plantes avec juste ce qu il faut pour pousser comme le minimum vitale pour les malades avec les perfusions et pour les porcs piqué au Improvac pour castrer et désodoriser la viande, allez braves gens continuez à accepter l infantilisation, l endoctrinement, j arrête
Situation actuelle semblable à celle de 1956 sauf que là ce sont tous les français qui sont asphyxiés par les taxes.
L’Histoire bafouille. Les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Où est l’oiseau rare qui viendra « mettre un coup de pied » dans cette fourmilière socialo-collectiviste taxophile.
A l’époque les hommes avaient des c………
aujourd’hui ils ont les réseaux sociaux et plus de cerveau
je vois la France comme le Titanic
Je ne suis pas sûr qu’il faille jeter le manche après la cognée. Autrefois « on » n’était pas beaucoup plus futé qu’aujourd’hui et aujourd’hui, des énergies de bonne volonté ne demandant qu’à suivre de bons leaders il y en a plus qu’on ne croit.
Qu’ils se montrent , VITE !
allons- nous encore supporter cette gabegie longtemps alors que le gouvernement ne réduit pas son train de vie et qu’ils laissent toujours rentrer plus de migrants est- ce toujours aux citoyens de payer pour tous ?
Souvent d’accord avec vos points de vues, c’est a se demander si cette dette est bien réel ou si c’est une arnaque gouvernemental vue que rien de sérieux n’est fait pour la réduire, bien au contraire.
il y a longtemps que je ne le supporte plus moi aussi
il est temps que les Français agissent!
Je le crains hélas, c’est pas demain la veille que nous aurons des gens responsables et qui prendront les problèmes à bras le corps. J’ai peur qu’ils aient tous envie de servir leurs propres intérêts mais si j’ai tort tant mieux !