7 août 1325 : Varey, le triomphe du Dauphiné avant sa vente au roi de France

Le destin du comté de Viennois éclaire sur la création d’un titre princier unique dans l’Histoire de France.
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Il y a 700 ans, au cœur de la plaine de l’Ain, le 7 août 1325, les troupes du jeune Guigues VIII, dauphin de Viennois, remportaient une victoire retentissante sur les forces du comté de Savoie. Longtemps oubliée du grand public, cette confrontation s’inscrit pourtant comme l’un des jalons majeurs d’un affrontement séculaire entre deux puissances régionales rivales. Elle préfigure aussi l’issue diplomatique qui, quelques décennies plus tard, marquera durablement l’organisation de la monarchie capétienne, jusqu’à sa chute en 1830.

Un conflit séculaire

Depuis le début du XIIIe siècle, la maison de Savoie, une ambitieuse dynastie transalpine, cherche à étendre son influence vers l’ouest, en direction du Rhône. Face à elle, les dauphins de Viennois, issus de la maison d’Albon, contrôlent un territoire stratégique reliant la vallée du Rhône aux Alpes. Chacun tente alors d’asseoir sa domination sur certaines possessions de son voisin. Ces tensions territoriales sont également exacerbées par les alliances fluctuantes entre l’Empire, le royaume de France et les grands seigneurs locaux. Elles alimentent ainsi une série de conflits militaires et d’intrigues successorales, surnommée « la guerre de Septante Ans », rendant la région instable pendant près d’un siècle.

En 1325, Guigues VIII de la Tour-du-Pin, à peine âgé de 16 ans, prend la tête de son armée contre Édouard de Savoie. Ce dernier assiège alors le château de Varey, tenu par Hugues de Genève, un vassal du Dauphiné. Après plusieurs jours de siège, Guigues arrive inopinément avec ses troupes, surprend l’armée savoyarde et la met en déroute. Édouard réussit à s’enfuir, mais plusieurs de ses alliés sont capturés. Cependant, malgré son éclat, cette victoire ne règle rien sur le fond. Les hostilités perdurent jusqu’à la mort d’Édouard en 1329 et de Guigues en 1333. Malheureusement, la gloire ne remplissant pas les caisses, Humbert II, son frère et successeur, hérite d’un Dauphiné complètement exsangue et appauvri.

La vente du Dauphiné au roi de France

Ainsi, Humbert II de Viennois se retrouve rapidement confronté à une réalité économique implacable dont il n’arrive pas à s’extirper. Veuf et sans héritier, il envisage l’impensable : vendre ses États pour éviter qu’ils ne tombent sous la domination de la Savoie.

Après de longues tractations, Humbert signe, le 30 mars 1349, le traité de Romans par lequel il cède le Dauphiné au roi de France, Philippe VI, le premier des Valois, en échange d’une rente annuelle et d’une compensation allant jusqu’à 120.000 florins d’or.

Le roi prévoit alors de remettre l’apanage à son fils aîné, Jean de Normandie, futur Jean II le Bon. Cependant, pressentant sa propre accession au trône, Jean choisit de transmettre le Dauphiné à son propre fils aîné, le jeune Charles, afin de lui offrir un domaine d’apprentissage du pouvoir. La mort de Philippe VI en août 1350 accélérant la transition dynastique, Jean devient roi, faisant officiellement de Charles, à peine âgé de 11 ans, le premier « dauphin de France ».

D’où vient ce titre de « dauphin » ?

Ce surnom de « dauphin » vient du blason familial des seigneurs d’Albon, qui portaient un dauphin stylisé sur leur héraldique dès le XIIe siècle. Ce symbole maritime, peu commun dans l’héraldique féodale, devient au fil du temps un surnom, puis un titre héréditaire, adopté par les souverains du Viennois. Ainsi, le territoire lui-même devient le « Dauphiné » et ses princes les « dauphins ».

Le traité de cession de 1349 inclut expressément la condition que le titre de dauphin soit conservé par l’héritier de la couronne de France. Charles reçoit ainsi officiellement ce territoire lors d’une cérémonie solennelle à Lyon, le 16 juillet 1349, lorsque Humbert, avant de se retirer dans un monastère, lui remet les insignes de son nouveau pouvoir : l’épée delphinale, un sceptre et la bannière de saint Georges.

Un titre désormais disparu

L’intégration du Dauphiné dans la couronne de France transforme alors un enjeu régional en un symbole de l’unité dynastique française. Pendant près de cinq siècles, le titre de dauphin de France devient ainsi celui de l’héritier présomptif du trône, à l’instar du prince de Galles en Angleterre.

Ce statut offre au futur roi un territoire et des responsabilités propres, lui permettant d’apprendre à gouverner tout en affirmant sa légitimité. Le dernier prince à porter cette titulature sera Louis-Antoine d’Artois, le fils aîné de Charles X, titré en 1824. Cependant, lorsque la monarchie capétienne s’effondra définitivement lors de la révolution de Juillet en 1830 et que Louis-Philippe d’Orléans refusa de perpétuer cette tradition, le titre tomba dans l’oubli et ne fut plus jamais utilisé.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

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