1798-1997 : le service militaire, histoire d’une invention révolutionnaire
Depuis plus de deux siècles, le service militaire occupe une place particulière, en France. Né au cœur de la Révolution sous la forme de la conscription, il devient l’un des symboles les plus forts du lien entre la citoyenneté et la défense de la patrie. Sa suspension en 1997, puis la disparition définitive des appelés en 2001, semblaient clore un chapitre de notre Histoire. Pourtant, la volonté exprimée par Emmanuel Macron de créer un nouveau service militaire volontaire pourrait rouvrir une nouvelle page de cette institution.
De la conscription au service militaire
La conscription française naît le 19 fructidor de l’an VI, soit le 5 septembre 1798, avec la loi Jourdan-Delbrel, selon laquelle « tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie ». Cette législation vise alors à renflouer les armées de la République, dont les effectifs issus des volontaires de 1792 s’étaient réduits au fil des campagnes révolutionnaires. Sous la Restauration, l’obligation de servir est temporairement suspendue par la loi Gouvion-Saint-Cyr. La France n’est plus en guerre et servir le royaume repose désormais sur le volontariat, puis sur le tirage au sort. Ce dernier procédé favorise malheureusement les plus aisés, qui peuvent payer un remplaçant - une pratique acceptée jusqu’en 1872.
La défaite de 1870 change de nouveau la donne : la France doit se préparer à prendre sa revanche sur l’Allemagne. La loi Cissey de 1872 rend ainsi le service militaire obligatoire pour tout Français âgé de 20 à 40 ans, pour une durée de cinq ans. En 1889, puis en 1905, les lois Freycinet et Berteaux suppriment de nombreuses exemptions. Dès lors, le service devient réellement universel, et même les membres du clergé ou les enseignants doivent répondre à l’appel sous les drapeaux. Des centaines de milliers de jeunes hommes issus de toutes les classes sociales serviront ainsi pendant la Première Guerre mondiale, sacrifiant leur vie pour la patrie.
Le service militaire face aux défis du XXe siècle
Pendant l’entre-deux-guerres, après la défaite de l’Allemagne et le traumatisme de la guerre faisant penser que le dernier conflit était « la Der des Ders », la durée du service militaire est réduite à un an, en 1928. Cependant, la montée du nazisme réactive la crainte d’une guerre européenne et pousse les politiques à rallonger la durée du service pour accroître les effectifs, une décision qui n’empêchera pas la débâcle de 1940.
À ce sujet — 1er septembre 1870 : Sedan, la fin du Second Empire
En 1946, à nouveau dans l’idée de l’absence de nouveau conflit, la durée du service est ramenée à un an. Cependant, la guerre d’Indochine puis, surtout, la guerre d’Algérie obligent à faire marche arrière. En réaction, dans l'esprit des années 60, des voix se lèvent pour s’opposer à la guerre et, donc, à l’utilité du service militaire, faisant monter le nombre d’objecteurs de conscience et de déserteurs. Face à ces changements, le service militaire évolue et inclut désormais des fonctions non strictement militaires afin de s’adapter aux besoins du moment et aux capacités de tous.
À partir des années 1990, la disparition de la menace soviétique après la chute du bloc de l’Est et l’évolution des besoins opérationnels conduisent l’exécutif à repenser entièrement le modèle du service militaire. Ainsi, le 22 mai 1996, le Président Jacques Chirac annonce la professionnalisation des armées et la suspension du service national obligatoire. La loi du 28 octobre 1997 officialise cette transformation et les derniers appelés effectuent leur service en 2001, année qui marque la fin de ce long chapitre de notre Histoire.
La paix n’existe pas
Ces décisions laissent penser que le risque de guerre sur notre territoire a disparu, que les démocraties et les hommes pourraient s’unir et prospérer sous la protection d’une armée professionnelle réduite. Pourtant, les attentats terroristes du début du XXIe siècle et l’érosion progressive du sentiment de cohésion nationale, autrefois entretenu par le service militaire, viennent contredire cette utopie. Face à ces nouvelles problématiques, des dispositifs alternatifs émergent, comme le service militaire volontaire (SMV) en 2015 ou le service national universel (SNU) en 2019.
Aujourd’hui, dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe et par les tensions croissantes avec la Russie, Emmanuel Macron propose la création d’un nouveau service national volontaire explicitement militaire. Le service militaire, sous une forme renouvelée, réapparaît ainsi aujourd’hui comme une réponse aux exigences du temps et aux besoins nouveaux de la nation.
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33 commentaires
Créer un service militaire volontaire alors que l’armée peine à recruter et, encore plus, à garder ses engagés relèverait de l’utopie si ce n’était pas un simple effet d’annonce.
Le service militaire obligatoire. Des jeunes issus des quartiers islamisés avec nos jeunes des campagnes! Très peu pour moi!
Il n’aurait jamais fallu que le SERVICE MILITAIRE OBLIGATOIRE soit aboli en 1997 comme l’a fait J. Chirac car aucun pays dans le monde n’est à l’abri d’une guerre. Et ce n’est pas un service militaire « volontaire » qu’il faut mais un Service Militaire « OBLIGATOIRE » ou rien et tant qu’à faire, il faut que cette préparation serve en priorité à faire la guerre à l’ennemi que nous avons en nos murs depuis des décennies et, pour ne prendre aucun risque, il ne faudra recruter que des Français de souche et de coeur.
La conscription n’est pas une « invention » ce fut pour la République naissante, attaquée par toutes les royautés européenne, le seul moyen de survivre. Au point que les chouanneries, mayennaise d’abord, puis bretonne et vendéenne, ont eu pour objectif principal le refus de la conscription. Les hobereaux bretons, appuyés par les anglois et les évêques, récupèreront cette insurrection pour leur propre usage.
« Sans le courage immense des Poilus, la guerre de 14-18 aurait été perdue. » a dit Pierre Miquel.
Oui, mais il s’agissait alors de défendre la France, du Patriotisme.
Les macron de 2035 expliqueront aux « volontaires » ( des mercenaires?) qu’ils doivent se faire tuer par « patriotisme » européen. Concernant l’initiative de ses conseillers, macron a en effet déjà annoncé que les 50.000 inscrits volontaires espérés en 2030-35 serviront de « chair à drones » sur le » front de l’est ». CQFD!
Mandon avait vendu la mèche un peu trop tôt.
Un service national basé sur le volontariat n’est pas national ! Personnellement je ne crois à ce gadget fumigène et partant du principe démontré que toutes les idées dites « macronistes » sont des erreurs cela conforte ma réflexion.
Des volontaires pour nous protéger de Macron et de ses idées folles ? Il serait plus intelligent de s’allier avec la Russie qui ne demande que ça plutôt que de vouloir la combattre avec des pistolets à eau !
Contrairement à la légende la Révolution Française n’a jamais été l’œuvre du peuple français, mais celle, clanique, d’une petite bourgeoisie « éclairée », d’idéologie maçonnique, contre le Roi et l’Aristocratie, mais aussi contre les peuples. Peuples qu’elle a envoyé se faire tuer sur des champs de bataille européens totalement absurdes et destructeurs, pour qu’ils ne se révoltent pas à l’intérieur. Telle est l’origine du service militaire !
Parfaitement analysé. Je souscris à fond.
Contrairement à la légende la Révolution Française n’a jamais été l’œuvre du peuple français, mais celle, clanique, d’une petite bourgeoisie « éclairée », d’idéologie maçonnique, contre le Roi et l’Aristocratie, mais aussi contre les peuples. Peuples qu’elle a envoyé se faire tuer sur des champs de bataille européens totalement absurdes et destructeurs, pour qu’ils ne se révoltent pas à l’intérieur.
Macron veut jouer à Napoléon, mais avec quoi et avec qui pour encadrer ces volontaires. Je me pose une autre question ou les loger puisque la plupart des casernes on été vendues à t-il réfléchi le Mozart de la finance au coût de remettre le service militaire même si ça concerne que des volontaires.
Fermer les facs dans toutes les régions, les remplacer par des dortoirs comme nous avions en pension d’enfants de troupes,et pour l’encadrement y installer des permanences ,pourquoi pas avec des officiers de réserve, ou retraités de l’armée,……pour le financement, Sarah Knafo a donné la feuille de route !
Une question : notre insécurité la plus criante est-elle extérieure ou intérieure ?