[Vol du Louvre] Où est donc passé le sens de l’honneur ?

Il y a un siècle encore, en 1911, lors du vol de la Joconde, l’honneur guidait encore les représentants de l'État.
@Unsplash
@Unsplash

Le mot « responsabilité » a longtemps porté une dimension morale. Être responsable signifiait, autrefois, incarner une fonction, accepter d’en porter la charge et, le cas échéant, assumer les conséquences des événements survenus sous son autorité. Ce lien intime entre pouvoir et devoir s’est pourtant effiloché, avec le temps. Les crises récentes autour du Louvre en sont l’illustration parfaite : là où le sens de l’honneur imposait autrefois le retrait, la communication s’emploie désormais à effacer toute trace de faute. Ce contraste est d’autant plus flagrant lorsque l’on compare la réaction d’aujourd’hui avec celle de 1911, année du vol de la Joconde.

Autrefois, l’honneur n’était pas vain

Le 21 août 1911, la Joconde disparaît des galeries du Louvre. L’émotion est immédiate et l’humiliation nationale. L’enquête va alors durer deux ans, mais l’essentiel se joue dès les premières heures. Théophile Homolle, alors directeur du musée, présente sa démission. Il n’a pas ouvert la porte aux voleurs, n’a commis aucune faute personnelle. Pourtant, il considère qu’il a failli à son devoir en n’étant pas présent au Louvre au moment des faits. Pour lui, la responsabilité ne se mesure pas à la culpabilité directe mais à la dignité attachée à la charge qu’il occupe.

À cette période, la responsabilité politique ou administrative ne dépendait pas ainsi uniquement des faits concrets mais aussi d’un principe : celui d’incarner une fonction avec dignité. Être responsable, c’est assumer les conséquences, même indirectes, de ce qui survient sous son autorité. Cette conception de l’honneur transcendait alors les clivages politiques, elle relevait d’une éthique partagée, d’un devoir de servir avant tout. Homolle ne cherchait pas à sauver son image : il voulait sauver l’honneur de son institution.

La dilution de la faute dans la communication

Plus d’un siècle plus tard, le Louvre est à nouveau frappé, mais le paysage politique a changé. Le ministre de la Culture, Rachida Dati, choisit de défendre la gestion de la crise en insistant sur la maîtrise apparente de la situation. Ses déclarations publiques, saluant l'absence de victime, la « réactivité » et le « professionnalisme » des équipes, traduisent une stratégie bien rodée : rassurer l’opinion et contenir l’indignation, plutôt que reconnaître une responsabilité politique. Dans ce type de discours, la faute n’est jamais vraiment nommée et la responsabilité jamais pleinement assumée.

 

 

À l’Assemblée nationale, le ton s’est durci. Maxime Michelet, le député (UDR) de la Marne, ironise : « Ce vol est une honte pour la France et, pour l’instant, c’est la faute à pas de chance. » Rachida Dati encaisse, défend son ministère, conteste les accusations de défaillance sécuritaire et assure que les systèmes de protection « ont fonctionné ». Le débat s’éloigne alors de la question morale pour se réduire à un échange technocratique sur des chiffres, des caméras et des dispositifs d’alerte. L’honneur s’efface derrière la technicité.

Cette scène illustre une évolution profonde : la responsabilité publique n’est plus une exigence morale mais une variable de communication politique. Admettre une faute serait offrir une victoire symbolique à l’adversaire. Alors, plutôt que d’assumer, on tente d’expliquer.

On refuse à la directrice l’honneur de la démission

Dans ce contexte, la présidente du Louvre, Laurence des Cars, tente un geste à contre-courant. Dimanche soir, elle apparaît presque livide aux côtés du ministre de la Culture. Peu après, elle présente sa démission, peut-être cherchant ainsi à renouer avec une forme de responsabilité morale que l’histoire de l’institution porte encore. Ce geste, pourtant, est immédiatement refusé par Emmanuel Macron. En effet, le président de la République a préféré maintenir Laurence des Cars à son poste, non pour son rôle de gardienne efficace des trésors patrimoniaux, mais plutôt pour ses compétences de pilote des grands chantiers du Louvre. Selon Le Figaro, il l’aurait ainsi appelée à plusieurs reprises pour lui signifier qu’« il n’est pas question de casser la dynamique de rénovation du musée ».

De son côté, Rachida Dati, adoptant la même ligne, lâche « Je ne vous donnerai pas la tête de Laurence des Cars » aux syndicats du Louvre qui dénoncent un sous-financement chronique de la sécurité et une dégradation continue des moyens techniques. L’insuffisance du nombre de caméras de surveillance en est un exemple frappant : 432 actuellement, alors qu’il en faudrait 1.300. À cette critique, le ministre rétorque : « Il faudrait des caméras de surveillance extérieures, mais Anne Hidalgo n’en a jamais voulu à Paris. »

L’affaire prend ainsi une dimension plus large : elle montre le cancer qui ronge un système où les dirigeants, plutôt que d’assumer la responsabilité des défaillances, la minimisent, la diluent ou la renvoient à d’autres.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Attendons que les voleurs soient arrêtés et identifiés, nous pourrons alors en parler plus précisément. Mais on peut déjà dire que cette valeur morale autrefois traditionnelle n’existe pratiquement plus dans la société actuelle. Il n’y a pas si longtemps, elle était encore présente chez de nombreuses personnes à travers leurs agissements appréciés par la communauté. Est-ce encore le cas aujourd’hui ?

  2. Cette accumulation de hontes et d’humiliations est malheureusement le triste reflet de la France d’aujourd’hui.
    Le mot  » honneur » appartient à la France d’autrefois. Il rimait avec respect de soi même, et sens des responsabilités. Autant de valeurs qui n’ont plus droit de cité dans notre société et au sein de la classe politique actuelle d’une médiocrité crasse.

  3. Bonjour,
    Voir mon commentaire sur l’article précédent, oublié le fait que dans les tiroirs , au lieu de sécuriser l’établissement, il y avait un projet de plusieurs million d’€ pour modifier …l’entrée !!!
    Cordialement

  4. Mais pourquoi parlez-vous d’honneur puisque personne n’est responsable, personne n’est coupable….donc tout peut continuer comme avant, et tout peut recommencer en toute impunité……enfin pas trop souvent quand même. Se limiter à un cambriolage de musée ou d’église par mois serait une cadence raisonnable.

  5. Ben tient ! C’est formidable, tout à fonctionné parfaitementncomme prévu et surtout les alarmes : l’alarme de la fenêtre, l’alarme des vitrines, la réaction des gardiens formés à mettre les visiteurs àl’abris… Tout le monde etait informe qu’un casse était en cours et les malfrats ont pu repartir sans etre inquiétés, Un bon point pour le responsable de la sécurité… leur intégrité physique n’a pas été menacée…

  6. BIEN SE SOUVENIR : Honneur, de qui ? pas de la république qui en 1887 n’avait pas hésité à vendre une partie des Joyaux de La Couronne, pour remplir ses caisses bien vides, à l’instigation du député Benjamin raspail (prédécesseur des députés LFI mélenchonistes) et le soutien de Jules Ferry.
    La vente aux enchères avait eu lieu dans la galerie Apollon ( tiens donc!) et avait rapporté la somme minable d’un peu moins de 7 millions de Francs (+ ou – 3 millions d’€), une goutte d’eau dans le budget de la IIIème république, une catastrophe pour le patrimoine français bien que moindre que « le Casse du millénaire » en septembre 1792.

  7. « En toute responsabilité » qu’elle nous dit ! Mais cette expression gadget inventée par la macronie ne cache pas l’incapacité à dépenser un budget en ayant priorisé les actions à mener… la sécurité insuffisante était l’une de ces urgence, mais Laurence Des Cars a préféré rénover une salle à manger pour 500 000€ et engager des millions dans la rénovation du département des arts islamiques !!!
    La place de cette dame, au moins, n’est plus au Louvre !
    Quant à Dati, elle en profite pour attaquer hidalgo qui ne veut pas mettre de caméras…
    Devant ce désastre, comme en bien des cas, c’est la cour de récréation de la maternelle…

  8. En France selon que les responsables soient d’en haut où d’en bas plus ils font d’erreurs plus les hauts personnages du pays les protègent.
    A croire qu’ils le font exprès.

  9. C’est pas moi, c’est ma sœur, qui a cassé la machine à vapeur.
    La dame présidente directrice l’a bien expliqué devant la commission sénatoriale où, entre nous, il n’y avait pas foule. Quand elle est arrivée, il y a de cela 4 ans au Louvre, elle a été effarée par l’état de décomposition du système. Qu’à t elle fait en quatre années ? Alerté, alerté, alerté et encore alerté. C’est bien mais les 497 000 euros dépensés et non 500 000 comme prétendu de façon éhontée par une  » certaine presse » à 3000 euros très il faut quand même être précis quand on frôle le demi million, pour transformer un ancien restaurant en salle de réunion- salle à manger- cuisine n’auraient ils pas pu être utilisés pour réorienter la caméra du balcon qui filme du mauvais côté.
    Il me semble que – en responsabilité- cette dame avait un devoir de mise en protection d’urgence – elle conservatrice de musée tout de même- au moins des bijoux racheté à droite et à gauche avec l’argent des contribuables et des contributions, mécènes et autres souscripteurs.
    Ce n’est pas lorsque les murs s’écroulent et que les canalisations lâchent que l’on refait les plafonds et les murs.
    Et ils se targuent tous :  » le système à parfaitement fonctionné « . C’est magnifique la caméra qui filmait le mauvais côté a parfaitement filmé … le mauvais côté.
    Heureusement, il semblerait que cette dame ait plein d’idées pour améliorer tout cela : un commissariat en interne des barrières anti stationnement. C’est vrai qu’un dimanche matin de vacances de Toussaint. un monte charge garé à contre sens sous un des balcons du plus grand musée du monde c’est normal.
    Mais on vous l’a dit et redit, en responsabilité c’est pas moi ,c’est ma sœur qui a cassé la machine à vapeur.
    C’est la faute à pas de chance, circulez, y a rien à voir.

  10. Honneur. Mais vous êtes des extra-terrestres. Avez-vous une seule valeur traditionnelle connue, défendue par le macronisme ? Travail, courage, honnêteté, moralité, esprit de famille, antiracisme, antisémitisme, anti ségrégationnisme, spiritualité, etc. Des particuliers, certains intellectuels défendent encore ces valeurs. Mais au niveau de l’Etat, personne, surtout pas le premier de cordée et sa gauche sur laquelle il s’appuie.

    Ils nous font de beaux discours sur la liberté d’expression mais surtout à respecter dans le cadre qu’ils définissent. C’est-à-dire une liberté embrigadée, à la mode soviétique. Et tout est à l’avenant dont l’application de la Justice, indépendante soulignent-ils. Mais ils s’accordent le droit de l’interpréter et ils assument.

  11. Honneur, mot ringard et obsolète ! Ils sont légion ceux à qui on donne cette breloque qui ne sert que des appétits coupables de reconnaissance publique immérités !

  12. La fable des caméras de surveillance n’a jamais arêté un cambrioleur, un voleur ou un assassin. Elle a simplement permis à un nombre d’entreprises de s’enrichir. Je ne supporte plus de vivre dans un pays en permanence sous l’œil de la caméra et incapable de mettre les nocifs en prison.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois