[Vol du Louvre] Où est donc passé le sens de l’honneur ?

Il y a un siècle encore, en 1911, lors du vol de la Joconde, l’honneur guidait encore les représentants de l'État.
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Le mot « responsabilité » a longtemps porté une dimension morale. Être responsable signifiait, autrefois, incarner une fonction, accepter d’en porter la charge et, le cas échéant, assumer les conséquences des événements survenus sous son autorité. Ce lien intime entre pouvoir et devoir s’est pourtant effiloché, avec le temps. Les crises récentes autour du Louvre en sont l’illustration parfaite : là où le sens de l’honneur imposait autrefois le retrait, la communication s’emploie désormais à effacer toute trace de faute. Ce contraste est d’autant plus flagrant lorsque l’on compare la réaction d’aujourd’hui avec celle de 1911, année du vol de la Joconde.

Autrefois, l’honneur n’était pas vain

Le 21 août 1911, la Joconde disparaît des galeries du Louvre. L’émotion est immédiate et l’humiliation nationale. L’enquête va alors durer deux ans, mais l’essentiel se joue dès les premières heures. Théophile Homolle, alors directeur du musée, présente sa démission. Il n’a pas ouvert la porte aux voleurs, n’a commis aucune faute personnelle. Pourtant, il considère qu’il a failli à son devoir en n’étant pas présent au Louvre au moment des faits. Pour lui, la responsabilité ne se mesure pas à la culpabilité directe mais à la dignité attachée à la charge qu’il occupe.

À cette période, la responsabilité politique ou administrative ne dépendait pas ainsi uniquement des faits concrets mais aussi d’un principe : celui d’incarner une fonction avec dignité. Être responsable, c’est assumer les conséquences, même indirectes, de ce qui survient sous son autorité. Cette conception de l’honneur transcendait alors les clivages politiques, elle relevait d’une éthique partagée, d’un devoir de servir avant tout. Homolle ne cherchait pas à sauver son image : il voulait sauver l’honneur de son institution.

La dilution de la faute dans la communication

Plus d’un siècle plus tard, le Louvre est à nouveau frappé, mais le paysage politique a changé. Le ministre de la Culture, Rachida Dati, choisit de défendre la gestion de la crise en insistant sur la maîtrise apparente de la situation. Ses déclarations publiques, saluant l'absence de victime, la « réactivité » et le « professionnalisme » des équipes, traduisent une stratégie bien rodée : rassurer l’opinion et contenir l’indignation, plutôt que reconnaître une responsabilité politique. Dans ce type de discours, la faute n’est jamais vraiment nommée et la responsabilité jamais pleinement assumée.

 

 

À l’Assemblée nationale, le ton s’est durci. Maxime Michelet, le député (UDR) de la Marne, ironise : « Ce vol est une honte pour la France et, pour l’instant, c’est la faute à pas de chance. » Rachida Dati encaisse, défend son ministère, conteste les accusations de défaillance sécuritaire et assure que les systèmes de protection « ont fonctionné ». Le débat s’éloigne alors de la question morale pour se réduire à un échange technocratique sur des chiffres, des caméras et des dispositifs d’alerte. L’honneur s’efface derrière la technicité.

Cette scène illustre une évolution profonde : la responsabilité publique n’est plus une exigence morale mais une variable de communication politique. Admettre une faute serait offrir une victoire symbolique à l’adversaire. Alors, plutôt que d’assumer, on tente d’expliquer.

On refuse à la directrice l’honneur de la démission

Dans ce contexte, la présidente du Louvre, Laurence des Cars, tente un geste à contre-courant. Dimanche soir, elle apparaît presque livide aux côtés du ministre de la Culture. Peu après, elle présente sa démission, peut-être cherchant ainsi à renouer avec une forme de responsabilité morale que l’histoire de l’institution porte encore. Ce geste, pourtant, est immédiatement refusé par Emmanuel Macron. En effet, le président de la République a préféré maintenir Laurence des Cars à son poste, non pour son rôle de gardienne efficace des trésors patrimoniaux, mais plutôt pour ses compétences de pilote des grands chantiers du Louvre. Selon Le Figaro, il l’aurait ainsi appelée à plusieurs reprises pour lui signifier qu’« il n’est pas question de casser la dynamique de rénovation du musée ».

De son côté, Rachida Dati, adoptant la même ligne, lâche « Je ne vous donnerai pas la tête de Laurence des Cars » aux syndicats du Louvre qui dénoncent un sous-financement chronique de la sécurité et une dégradation continue des moyens techniques. L’insuffisance du nombre de caméras de surveillance en est un exemple frappant : 432 actuellement, alors qu’il en faudrait 1.300. À cette critique, le ministre rétorque : « Il faudrait des caméras de surveillance extérieures, mais Anne Hidalgo n’en a jamais voulu à Paris. »

L’affaire prend ainsi une dimension plus large : elle montre le cancer qui ronge un système où les dirigeants, plutôt que d’assumer la responsabilité des défaillances, la minimisent, la diluent ou la renvoient à d’autres.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

32 commentaires

  1. Le sens de l’honneur est une vertu aristocratique. Aujourd’hui nous sommes ´gouvernés’ par des parvenus qui exerce la charge sans vouloir accepter la responsabilité. Cette petite noblesse inculte me fait vomir.

  2. Des employés exemplaires, professionnels et réactifs le vol aurait été empêché. Je ne leur jette pas la pierre mais il y a des failles humaines surtout si le dispositif d’alarmes a fonctionné.

  3. Il y a des mots que les politiques ne devaient jamais prononcer, surtout lorsqu’ils en ignorent le sens.
    « en responsabilité » en est l’exemple

  4. « En toute responsabilité » qu’elle nous dit ! Mais cette expression gadget inventée par la macronie ne cache pas l’incapacité à dépenser un budget en ayant priorisé les actions à mener… la sécurité insuffisante était l’une de ces urgence, mais Laurence Des Cars a préféré rénover une salle à manger pour 500 000€ et engager des millions dans la rénovation du département des arts islamiques !!!
    La place de cette dame, au moins, n’est plus au Louvre !
    Quant à Dati, elle en profite pour attaquer hidalgo qui ne veut pas mettre de caméras…
    Devant ce désastre, comme en bien des cas, c’est la cour de récréation de la maternelle…

  5. Ce qui est grotesque, c’est quand une armée d’agent de sécurité préfère filmer plutôt que d’intervenir. Le niveau professionnel des parisiens est très médiocre et peu importe le travail.

  6. « On refuse à la directrice l’honneur de la démission » Qui l’ a nommée à ce poste ?
    Sempiternelle explication des fonctionnaires : « le manque de moyens ». Quant à l’honneur, suffit de l’entendre (de la regarder?) pour comprendre que la question est hors sujet. 500.000€ pour refaire sa cuisine …. Tout est dit .

  7. toute la chaine est responsable tous doivent soit démissionner si ils ont un brin d’honneur soit être viré sans indemnités du ministre au simple gardien. hélas l’honneur est de nos jours aux abonnés absents.

  8. Vous connaissez une entreprise où 88 millions d’euros partent en fumée sans qu’il y est de responsable(s) moi pas. A une époque où l’on peut mettre des caméras partout et bien ce balcon du 1er étage n’est pas sous surveillance, c’est ballot !

    • Le balcon est sous surveillance d’une caméra, si j’ai bien compris, mais elle est braquée vers l’ouest, et les voleurs sont arrivés par l’est. Pas fous les gars, ils avaient tout bien repéré, ou étaient bien informés. Ce n’est pas une question de moyens financiers, plutôt de moyens « humains ». Le personnel n’est pas apte à intervenir dans ce genre de situation, sans formation adéquate ni moyens de defense…

  9. L’honneur de la France est inscrit aux abonnés absents depuis un certain temps déjà – après avoir vu, entre autres, la Garde Républicaine ‘rendre hommage’ en grande pompe à l’ignoble terroriste (et j’en passe) Yasser Arafat, j’ai fait une croix dessus.

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