Venezuela : vers le conflit armé ou un pacte économique sous l’égide américaine ?

Le chávisme a fait de l’armée une des forces essentielles du pays.
Capture d'écran Canal Oficial del Ejército Bolivariano
Capture d'écran Canal Oficial del Ejército Bolivariano

Dès l’annonce, samedi, par Donald Trump de la capture et de l’exfiltration de Nicolás Maduro et son épouse, après un moment de sidération, les partisans du régime tentaient d’organiser une riposte à ce coup de force. Le maire de Caracas, Carmen Meléndez, vêtu d'un uniforme militaire, accompagné de nombreux manifestants, se rendait symboliquement devant le palais présidentiel de Miraflores pour exiger la libération du président vénézuélien alors que le chef du gouvernement du district de la capitale, Nahúm Fernández, appelait à des manifestations de protestation et de résistance dans tout le pays…

Militarisation politique

Alors que Trump annonçait, dans l’après-midi de samedi, vouloir « diriger le pays jusqu'à ce que nous puissions procéder à une transition sûre », la vice-présidente Delcy Rodríguez convoquait un Conseil de défense de la nation avec, autour d’elle, son frère, Jorge Rodríguez, le président de l'Assemblée nationale, ainsi que deux autres personnages clefs du chávisme, Diosdado Cabello, le ministre de l'Intérieur, et Vladimir Padrino López, le ministre de la Défense. Selon une interprétation possible de l’article 233 de la Constitution vénézuélienne sur la vacance du pouvoir, celui-ci serait dévolu au vice-président (à la vice-présidente, en l’occurrence) jusqu'à la tenue de nouvelles élections… La question centrale est maintenant de savoir si l’équilibre politique savamment organisé par Maduro va se maintenir dans ces conditions, car le ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello comme celui de la Défense Vladimir Padrino ont une réelle influence sur les forces de sécurité et sur les forces armées. Or, depuis son arrivée au pouvoir, le chávisme a fait de l’armée une des forces essentielles du pays. Les membres des différentes forces militaires représentent aujourd’hui près de 20 % des effectifs des fonctionnaires et civils employés par l’appareil d’État, sans oublier les milices paramilitaires pour le maintien de l’ordre et le renforcement des effectifs de la SEBIN (Servicio Bolivariano de Inteligencia Nacional), le service de contre-espionnage vénézuélien.

Le poids de l’armée a entraîné une militarisation politique, avec un nombre croissant de militaires au sein du gouvernement, mais aussi sur le modèle cubain, une militarisation économique avec contrôle de nombreux secteurs économiques, dont le fret avec la société EMILTRA (Empresa Militar de Transporte) ou dans le domaine des ressources naturelles, avec la création, en 2016, de la CAMIMPEG (Compañía Anónima Militar de Industrias Mineras, Petrolíferas y de Gas), avec des accords échappant à tous contrôles, qui font des forces armées un des acteurs majeurs du pays. Avec, en toile de fond, prévarications, détournements de fonds publics (l’opposition évoque le chiffre de sept milliards de dollars), trafics en tous genres, armes, changes et stupéfiants...

Complicités intérieures ?

Mais comment, par ailleurs, croire que les forces spéciales américaines n’ont pas bénéficié de complicités à l’intérieur même de l’appareil d’État militaire ou policier pour mener une opération d’une telle envergure ? D’autant que Trump, dans une interview accordée, samedi, au New York Post, a précisé que les États-Unis ne lanceraient pas de nouvelles attaques « si la vice-présidente Delcy Rodríguez fait ce que nous lui demandons ». Prudente, dans un discours diffusé samedi sur l’ensemble des radios et télévisions vénézuéliennes, Delcy Rodríguez a affirmé que Maduro était le seul président légitime du pays. Mais dans une interview au New York Times, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, a été parfaitement clair : les États-Unis allaient collaborer avec les responsables du gouvernement intérimaire après la capture de Nicolás Maduro. En avertissant cependant qu’ils « prendrons des décisions en fonction de leurs actions et de leurs actes dans les jours et les semaines à venir ».

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Jean-Marie Beuzelin
Écrivain et journaliste

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Les forces de sécurité et les forces armées vénézuéliennes , qui contrôlent l’économie du pays oseront-elles s’opposer par la force à la population et à ses exigences légitimes ? L’ombre du président américain suffira t-elle a les en dissuader ?

  2. L’or noir est devenu l’incontournable matière première de l’humanité, son énergie vitale alors inutile de nier que dans cette affaire elle n’y est pour rien.
    Quant on considère que l’exportation du pétrole Venezuela partait a hauteur de 80% vers la Chine au par avant reconditionné en Malaise on comprend les décisions de Trump qui ne fait pas de ronds de jambes avec ce pays.
    Par contre en ce qui concerne nos intérêts c’est qu’une partie non négligeable de la route de la drogue transitait par ce pays via les Antilles bien sure moins que les conteneurs vers Saint-Nazaire.

    • Selon un entrepreneur franco americain intervenant ce matin sur cnews mes installations d’extraction sont dans un etat tel qu’augmenter la production ne pourrait se faire qu’à long terme et avec des investissements colossaux d’entreprises privées américaines dont l’intérêt n’est pas celui là..Le pétrole venezuelien est très compact et coûteux a raffiner..Ce monsieur semblait bien connaitre son sujet..l’arrestation de maduro paraît etre causée pour d’autres raisons que le petrole..de plus le gouvernement du Venezuela n’a pas été renverse et c’est la vice présidente MMe Rodriguez chaviste de toujours qui reste au pouvoir…

  3. Il faudra inevitablement multiplier les actions de destruction systematiques de l’appareil militaire fonde par Chavez . Comment le faire autrement qu’en reduisant en cendres toutes les bases aeronavales venezueliennes ?
    Ces communistes n’abandonneront pas le pouvoir qu »ils ont acquis en truquant les elections et en faisant regner la terreur .

  4. Citation du journal El Nacional :
    “La responsabilité incombe à Maduro
    La deuxième condition est d’ordre moral et politique : c’est une conséquence directe de l’action de Nicolás Maduro. Pendant des années, il a eu l’occasion d’éviter une issue traumatisante : en acceptant la volonté populaire, en engageant un processus de transition, en mettant fin à la répression, en démantelant l’État criminel. Il a choisi le contraire : s’accrocher au pouvoir par la violence, normaliser la corruption, faire de la persécution une méthode de gouvernement et conclure des alliances toxiques — internes et externes — pour se maintenir au pouvoir. Trump et son administration présentent cette opération comme un acte de sécurité et de justice ; le régime, comme une agression. La vérité est que Maduro a préparé le terrain pour cette issue.

    Aujourd’hui, ceux qui restent parmi les décombres du madurisme doivent comprendre une chose élémentaire : si la voie choisie est celle de la résistance criminelle, ils finiront par suivre le même chemin que Maduro et Cilia.”

  5. Le parallèle est saisissant entre l’Ukraine et le Vénézuela. En 2022, la Russie envahit l’Ukraine car son régime était corrompu et menaçait les intérêts russes. Depuis, les USA soutiennent financièrement le pouvoir ukrainien en place. En 2026, les Etats-unis envahissent le Vénézuela pour les mêmes raisons (menace pour les intérêts américains). La suite dépendra du soutien financier de la Russie et de la Chine au pouvoir vénézuelien. Poutine doit regretter aussi de ne pas avoir utilisé la méthode Trump en février 2022 en kidnappant Zielinski et en le faisant juger en Russie. Cette guerre serait finie depuis longtemps car l’Occident n’aurait pas osé aller plus loin.

  6. Cuba confirme que 32 militaires cubains sont décédés au cours de l’opération américaine qui a conduit à la capture de Nicolas Maduro. Cela semble confirmer les rumeurs qui disaient que la garde rapprochée du président vénézuélien était cubaine (sources : caraota digital, El Nacional).

  7. Jean Noel va sans doute mettre l’économie de l’Etat agresseur à genoux et tout va rentrer dans l’ordre. La coalition des volontaires va interdire le même Etat de toutes compétitions sportive tant que le Vénézuéla n’aura pas récupéré Maduro.

  8. Comme l’a dit ce très bon Léon XIV ce qui compte c’est le bonheur du peuple vénézuélien. L’opposition, les 7 millions de réfugiés à l’étranger, les milliers de prisonniers politiques, Juan Guaido, réfugié et la prix Nobel en fuite doivent restaurer la démocratie, et la prospérité

  9. Le régime vénézuélien a tout intérêt au conflit armé car cela fera tomber tout le discours de Trump : Trump qui vante la paix et qui crée une nouvelle guerre. Trump sera discrédité par sa base et par le reste du monde. S’il y a un conflit armé au Vénézuéla c’est fini pour Trump.

    • Avec un conflit arme de 48 heures pour une « opération spéciale  » ? C’est le maximum que cela durerait…ne confondez pas avec la guerre civile Russo Ukrainienne qui n’a perdure que grâce a l’aide internationale ,sinon ca aurait été bouclé en 3 ou 4cjours…
      Qui va aider le Venezuela ? La Colombie, cuba et l’iran sont prévenus…attention a la rouste !

      • Entre mettre une rouste à un plus faible et occuper le pays pour le mettre à ses ordres n’est pas la même chose. Faut-il rappeler les précédents? C’est très bien alors, Trump peut mettre à la raison tout les désobéissants , la Colombie, Cuba, l’Iran, le Mexique même, le Danemark pour le Groenland…Le « Bien » a tous les droits… Heureusement l’UE est soumise aux USA…

    • Trump en Nobel de la Paix passe mal chez vous et je puis comprendre avec mon empathie habituelle, mais par contre votre trump discrédité par sa base et par le reste du monde, je ne situe pas.

      • La base de Trump n’attendais pas de ce derniers qu’il bombarde le monde tous azimut. Et le reste du monde non plus. Ce sont les plus forts face aux faibles…mais ils vont se retrouver seuls avec les inénarrables européens face au reste du monde par la haine qu’il font grossir contre eux (sauf en Europe ses vassaux)

  10. Après la saisie de l’Irak, l’administration US n’avait pas vraiment de plan; aussi tout a plus ou moins raté, et le pétrole irakien a été trop cher. Quel va être le plan américain ? En Amérique du Sud, laisser faire l’administration vénézuélienne – tant qu’elle restera dans « les clous » – et pomper ou en tout cas contrôler le pétrole. Ce contrôle fait suite logique aux menaces de Trump de reprendre tout le Panama si celui-ci s’avisait de persévérer dans son projet d’accepter de vendre les entrées du canal aux Chinois. « Nous l’avons creusé, il est à nous », avait-il assené. Contrôle du canal, contrôle du pétrole, pour avoir barre sur les Chinois.

  11. Et quelle discrétion dans la presse sur l’opération conjointe franco-britannique cette nuit, où nous avons bombardé un dépôt de munitions en Syrie. En fait, nous protégeons les islamistes au pouvoir en bombardant les islamistes pas au pouvoir. Macron est heureux:  » Avec mes petits poings serrés, enfin, je suis chef de guerre ! Trump n’est rien à côté de moi !  » Allo ? Et les dépôts d’armes à Marseille ? Aucune importance.

  12. C’est une bonne chose qu’un criminel comme Maduro soit tenu responsable devant la justice. Sur ce point, nous n’avons aucun doute. C’est moins évident pour le reste. Par exemple, le mépris affiché envers Corinna Machado soulève des soupçons quant à la fiabilité de Trump et pourrait étayer l’hypothèse que cette opération vise en réalité à s’emparer du pétrole vénézuélien. ce que l’Américain lui même semble d’ailleurs avoir laissé entendre.

    • Avant chavez les sociétés pétrolières américaines et espagnoles .
      Était propriétaire , les filiales Venezueliens ont été nationalisées

      • Les mines de fer et l’exploitation du pétrole avaient été nationalisés bien avant Chávez par Carlos Andrés Pérez en 1975 et 1976. La compagnie pétrolière vénézuélienne, PDVSA, a été créée le 30 août 1975.

  13. C’est la grande incertitude. N’ayant jamais accepté la nationalisation, les Américains veulent reprendre le contrôle du pétrole pour leur compte (et peut-être « un peu » celui du Venezuela). Mais si l’opposition se fait sous forme de guérilla et de sabotages, il est possible que ce pétrole revienne alors trop cher, comme celui d’Irak. L’Amérique du Sud ne voit pas d’un bon œil le retour des « Gringos ». Le temps des républiques bananières est révolu.

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