[UNE PROF EN FRANCE] Petite mise au point sur l’école « d’avant »…

Guizot a été le premier ministre à ordonner un état des lieux précis des conditions matérielles d'accueil des élèves.
François Guizot (1787-1874)
François Guizot (1787-1874)

Comme le sujet semble vous avoir intéressés, et a fait remonter des souvenirs chez certains, je développe quelque peu le petit point historique que j’avais ébauché dans ma dernière chronique. Le développement de l’hygiénisme, à la fin du XIXe siècle, a été une révolution absolue dont il faut prendre conscience lorsque l’on se perd dans la nostalgie d’un temps passé hautement fantasmé. Faisons un petit arrêt sur image sur l’école d’avant cette révolution hygiéniste.

François Guizot a été le premier ministre à mandater un enquêteur pour parcourir le territoire et dresser un état des lieux précis des conditions matérielles d’accueil des élèves. Il demanda à Paul Lorain, un de ses proches collaborateurs, professeur au collège royal Louis-le-Grand, d’envoyer des enquêteurs pour voir sur le terrain quelle était la situation après le vote de la loi de 1833 qui donnait une forme nouvelle à l’enseignement primaire et encadrait le statut et la formation des instituteurs. Ce tour de France nous donne un panorama instructif de l’état préoccupant des bâtiments scolaires. « Les inspecteurs n’ont poussé partout qu’un cri de détresse », nous dit son rapport, « et si les récits de quelques-uns d’entre eux n’étaient capables d’émouvoir jusqu’aux larmes, en songeant à ces pauvres enfants qu’on entasse dans des foyers d’infection et d’épidémie, qui pourrait garder son sérieux à la lecture de ces combinaisons comiques, de ces réunions contre-nature, inventées par la plus extrême misère ou par le plus sordide intérêt pour reléguer l’instituteur primaire dans un repaire qui ne coûte rien à personne ? »

Lorsque la salle de classe servait aussi de poulailler

« Dans la France de l’Ancien Régime, le plus fréquent, ce n’est pas l’école qui loge le maître mais le maître qui accueille chez lui l’école »[1]. Cette situation est celle que retrouva Lorain lorsqu’il dépouilla tous les comptes rendus de sa grande enquête. Lorain rapporte que, dans un village de la Meuse, « l’habitation se compose d’une seule salle d’école où le maître, sa femme et deux enfants habitent ». Lors du passage de l’inspecteur, « sa femme était accouchée de la veille dans le local de la classe »… En Saône-et-Loire, « la salle sert en même temps de grange, de chambre à coucher et de poulailler ». Comme le salaire versé à l’instituteur reste souvent misérable et qu’il est forcé, par ce fait, d’exercer plusieurs métiers de complément, cette situation présente pour lui quelques avantages : « Il lui est plus commode, dit Lorain, en faisant réciter le catéchisme, de verser une chopine aux buveurs, ou de battre sur la forme la semelle de chaussure qu’il débite pour le voisinage, ou de surveiller son pot-au-feu »[2]. Lorain signale nombre d’écoles où « les enfants sont entassés, serrés, de manière à ne pouvoir faire aucun mouvement ; un grand nombre est obligé de rester debout ou de s’asseoir par terre ». À Simiane, dans les Basses-Alpes, l’école est « une cave humide et basse, à peine éclairée par une étroite fenêtre ». Une classe visitée par Lorain, dans l’Yonne, est « un affreux cloaque, petit, sombre, enfumé, où les enfants sont entassés ; les poutres et les solives vermoulues, qui menacent ruine, sont étayées de tous côtés. Il y a pour éclairer ce lieu infect une fenêtre, ou mieux, un trou de deux pieds ou un peu plus. » L’hygiène pâtit grandement de ces aménagement sommaires. Lorain cite nombre d’écoles dans lesquelles « les enfants sont obligés de faire leurs nécessités dans une rue adjacente ».

Un rapport de 1860, donc très tardif, décrit une école dans laquelle « une vieille écurie sans toiture, reste d’une loge à cochons, servait de water-closet. Le fond, couvert de détritus innommables, était heureusement traversé par une énorme poutre, jadis tombée du toit, et sur laquelle, à tour de rôle, venaient s’installer les gamins. Mais quand, sous les pluies d’orage, les cataractes du ciel faisaient du sol un étang boueux, et de la poutre un pont dangereux et glissant… Je n’insiste pas sur les désastreux plongeons qui en résultaient pour les écoliers. » Ces scènes cocasses nous laissent pantois, tant elles nous sembleraient absolument inconcevables, aujourd’hui. Et l’on peut quand même se demander quelle pouvait être la qualité d’un enseignement dispensé dans de telles conditions.

[1] R. Chartier, D. Julia, M. Compère, L’Éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle, Sedes, 1976
[2] P. Lorain, Tableau de l’instruction primaire en France, Hachette, 1837

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Quand j’ ai commencé dans l’ enseignement au milieu du siècle dernier ,je fus nommée sans aucune préparation du jour au lendemain ,dans une classe de CP ,la plus importante du primaire car c ‘ est celle qui apprend aux enfants la lecture ,l’ écriture et le calcul!C’ était ainsi à l’ époque!
    A la fin de l’ année ,tous mes élèves savaient lire ,écrire et calculer ;j’ aimais mon métier ,je travaillais le samedi toute la journée pour un salaire me permettant tout juste de survivre ,mon fils et moi ,seulement j’ avais la vocation ,ce mot qui fait frémir certains aujourd’hui!
    Et pourtant c’ est le travail qui m’ a permis de surmonter des obstacles familiaux très éprouvants !
    Aimer son travail est une des grandes joies de la vie et je plains ceux qui ne s’ épanouissent pas dans une activivité qu’ ils ont choisie!

  2. Bonjour Virginie. Eloquent. Mais faut-il s’en étonner ? « ’un temps passé hautement fantasmé » ? Je vais peut-être vous surprendre ou vous heurter ? Comme à l’ordinaire, en décalage par l’extrapolation.

    Mais venons-en tout d’abord à ce qu’il était toujours possible de découvrir dans les fermes de nos provinces les plus profondes, il y a encore un bon demi siècle.

    Le lait se distribuait encore en puisant dans la cruche. Imaginez. Une immense porte cochère vous donne accès à un sombre couloir en rapport. Au bout de ce couloir, une cour en longueur au milieu de laquelle trône un magnifique tas de fumier entre deux hauts murs. Lugubre, c’est l’hiver, temps couvert, nuit noire. Sur votre gauche, une porte. Vous la poussez sans manières, par habitude tolérée. Pas de fenêtre dans cette pièce allongée, la cuisine. Une faible ampoule suspendue à l’extrémité de son fil fournit l’éclairage en rapport. La cruche trône au milieu de la pièce au sol en terre battue. Une table, un évier, une armoire sans forme, le vaisselier sans doute. Au fond de cette pièce, dans la plus profonde pénombre, une forme quelque peu mouvante apparemment « scellée »sur son assise car toujours en cet emplacement. La mamie de la maison. « Bonjour grand-mère ». « Bonjour petit » avec cet accent picard si caractéristique. Seules paroles échangées. Je sais que je dois me servir, remplir mon pot au lait. « Au revoir mamie » « Au revoir petit ». Ainsi était vécue cette opération quotidienne par tous les jeunes villageois du quartier. Cette ferme quittée, le cheminement nous conduisait le long d’une mare bordée de vieux peupliers sans formes, tant les tailles maladroites successives les avaient martyrisés. Ils grinçaient sous le vent. J’en frémissais.

    Revenons à notre siècle, à notre époque contemporaine. Croyez-vous que la période Covid vécue soit si différente de ce temps passé que vous évoquez ? Elle a été précédée de l’évènement « sang contaminé ». Nous disposions pourtant de tous les atouts nécessaires pour contrôler ces échanges en toute sécurité. Mais non. La nature humaine a permis les dérives constatées qui se sont concluent pas « coupables mais pas responsables ». Passez votre chemin, rien à redire.
    Période Covid. D’un seul homme, nous nous sommes pliés aux injonctions les plus absurdes après avoir constaté que nous étions totalement démunis en de telles circonstances. Effets négatifs sur les plus fragiles. Les autorités ont enfoncé le clou. Vaccinations obligatoires à répétitions. Vaccins qui n’avaient pas été préalablement éprouvés dans toutes leurs configurations. Au bilan, des effets secondaires désastreux obligatoirement tenus au secret. Officiellement tenus au secret par directive européenne.

    Virginie , ne pensez-vous pas que ces évènements, certes d’une autre nature que des salles de classes innommables, soient comparables à évolution, progrès effacés. Dans deux à trois siècles que diront de nous les historiens à l’analyse de notre époque ?

    Bien bien. Virginie, à nouveau vous laisser à vos occupations. Bonne semaine, bon courage et surtout, plus que jamais, veillez sur vous.

  3. Sans remonter 150 ans en arrière, il y a cinquante ans je me souviens faire 8 kms à pieds (parfois soulagés par un peu d’auto-stop) dans chaque sens pour rejoindre l’école. Pas de grand luxe, mais tant que le temps n’était pas trop froid, c’était tout à fait correct.
    Nos jeunes ont été tellement couvés depuis 40 ans qu’ils ne savent plus faire le moindre effort !

    • Mais si vous aviez aujourd’hui un enfant de 8 ans ou même de 14 ans, lui laisseriez vous faire sereinement ces Kilomètres à pied, en vélo ou en stop ? Une de mes amies a vécu 28 ans aux Pays-Bas. Elle me dit que là-bas les élèves vont encore presque tous en vélo à l’école tous les jours. Même en zone rurale. J’avoue que vu l’état de la France aujourd’hui, en tant que mère de famille, je n’ose pas le faire et je sers de taxi, faisant de mes enfants les poupées fragiles et sur-protegées dont vous parlez. J’ai peut-être tort. Mais les frais divers relayés par les médias nous incitent à ne pas trop laisser les enfants dehors…

  4. L’école d’avant Guizot est décrite avec beaucoup d’humour par un génie (lui aussi méridional) Jean-Henri FABRE : »Enfance en Rouergue  » MDR !

  5. Si Guizot fut cet homme cœur et de devoir qui doubla le nombre des écoles et créa les écoles normales il fut aussi un immense historien (Histoire de France en 5 tomes)

  6. Ma maman née en 1915 sortie brillamment de l’Ecole Normale a fait une brillante carrière de Directrice d’Ecole Primaire où elle enseignait dans la classe CM2 et la section du Certificat d’Etudes. Aujourd’hui quand je relis ses cahiers de préparation de ses cours tant sur le contenu que sur le graphisme de l’écriture je me dis que les conditions évoquées dans l’article n’ont certainement pas été une entrave à la passation des connaissances. Certes ce n’était pas l’idéal mais il faut remettre cet état des lieux environnemental dans son époque.
    Environnement — mais amour du métier et soif d’apprendre.
    Aujourd’hui environnement ++ mais amour du métier — et soif d’apprendre —–.
    J’ai une idée remettons l’Ecole à la ferme et tout ira peut être mieux.

    • La mienne née en 1918, école normale d’Albi, a fini directrice d’école primaire. A décidé de renoncer en 1970 suite aux nouvelles directives imposées par mai 68. Tu me manques, Maman!

  7. Pourquoi pas remonter sous Louis XlV ? et je dirai mieux au Moyen Age ?? Dans les années 60 et 70 qu’en pensez vous ? Mais c’est la qualité de l’enseignement prodigué, la qualité des élèves et le manque de niveau et des élèves et des diplômes, sans parler que l’on demande aux profs de surnotter !! depuis 13 ans là c’est le pompon, Fanfan La Tulipe fanée est passé suivi de près par un jeune loup inadapté à la France !! L’ordinateur et les réseaux sociaux ont fini de faire trop de cerveaux d’assistés et vides !!

    • Pourquoi pas Platon et son « Académie » et Aristote et son « Lycée »? Peut-on se comparer à eux sans en rougir de honte?

  8. « Et l’on peut quand même se demander quelle pouvait être la qualité d’un enseignement dispensé dans de telles conditions ».Cette enquête est bidon. Il est clair qu’il y a eu des situations, un peu bizarres mais loin d’être une généralité. Seul le résultat final compte. La qualité de l’enseignement n’a pas à être mise en doute. Ces anciens élèves ont fait ce qu’a été la France de quelques décennies en arrière qui était à la pointe de la technologie, un nombre important de réalisations d’un haut niveau technologique, sont là pour le prouver.On ne pourra pas en dire autant des élèves actuels. Quand je lisais des rapports de stage de bacheliers truffés de fautes d’orthographe et le pire de syntaxe, on se pose des questions. Qualité de l’enseignement ou élèves au QI au ras des paquerettes. Oui l’enseignement a bien changé. On y apprend ce qu’est une fellation, ou un cunilingus, et le pire on politise un sanctuaire où on transmet le savoir. Alors oui l’enseignement D’AVANT a largement fait ses preuves. On ne pourra pas en dire autant actuellement, tout se détruit graduellement.

    • Faut consulter là. Certaines vérités vous déstabilisent trop fort. Votre comportement relève de la croyance religieuse…

    • L’enquête est bien évidemment parfaitement véridique mais pour votre information il s’agit de l’école provinciale (non confessionnelle) bien avant les réformes de Guizot puis Ferry

  9. Nous faisions 4 fois 2 kms par jour pour aller à l’école par tous les temps et l’hiver la neige au- dessus des genoux et le poêle à allumer le matin il fallait apporter des bûches de bois et aux vacances on apportait de la cire pour nettoyer notre bureau, mais nous connaissions l’histoire , la géographie, le calcul , le calcul mental, le Français et tous les matins au tableau était écrit la phrase de morale , les coups de règle sur les doigts quand nous ne répondions pas à la question posée par la maitresse mais nous sortions de l’école primaire avec de bonnes bases, nous n’apprenions pas la sexologie car l’école n’ était pas mixte les garçons d’un côté de la cour et de l’autre les filles avec interdiction de converser par- dessus le mur de séparation , mais personne ne se plaignait et si nous étions punis les parents étaient d’accord avec les instituteurs ils étaient respectés mais bien sur c’était un autre temps que les jeunes ne connaitrons jamais malheureusement.

      • Je suis née en 1947 et l’école, c’était ça! Pas de coup de règles pour moi, mais des pages d’écriture.

    • Apprendre la sexologie à l’école…mort de rire. Faut relire la définition
      SEXOLOGIE, subst. fém. Science qui a pour objet l’étude de la sexualité dans ses processus psychophysiologiques ainsi que le traitement de ses troubles
      Vous parliez de sexualité je pense.
      SEXUALITÉ.
      nom féminin
      1. Ensemble des phénomènes sexuels ou liés au sexe, que l’on peut observer dans le monde vivant.
      2. Ensemble des diverses modalités de la satisfaction sexuelle.

      En effet, ça pose question pour les plus jeunes.

  10. Pendant la grande guerre,ma grand mère avait 12 ans, elle parcourait 10 km à pied matin et soir pour quelques sous et un repas chaud. Le monde a bien changé.

  11. Il n’est cependant pas certain que les écoliers savaient moins bien lire, écrire et compter que nombre de nos élèves actuels.

    • comme tout la barre été plus haute mais a force de tirer vers le bas des terminales ne savent plus lire encore moins écrire

    • L’immense majorité savait lire, écrire et compter à la fin du primaire. Certains préparaient le Certificat d’Etudes pour rentrer dans la vie active ou en apprentissage ; d’autres continuaient jusqu’au BEPC qui leur donnait accès à certains concours d’état ou à des emplois administratifs ; ceux qui le pouvaient obtenaient leur baccalauréat qui leur donnait accès à l’université. Qu’en est-il aujourd’hui ?

      • Aujourd’hui, je ne le sais pas. Mais il y a une 20 aine d’année, l’un de mes enfants, en Math Sup, regarde les livres de son grand père dont celui de mathématiques, classe de 3eme, donc brevet des collèges, datant de la guerre (la dernière, donc environ 1940).
        Et il me dit : « maman, c’est incroyable, là tu vois ce chapitre? C’est ce que nous sommes en train d’apprendre ».

  12. Dans certains pays, de nos jours, les enfants font des kilomètres à pied pour aller à l’école.
    Dans d’autres, pour faire 100 mètres, maman sort la voiture.
    Nous n’avons pas les mêmes valeurs, comme le disait une publicité!

    • Mes grands parents faisaient plusieurs km à pied pour aller à l’école, en hiver partant et revenant même de nuit. Mais il n’y avait aucune insécurité.
      La réalité est qu’on peut difficilement laisser un enfant marcher à pied dans la rue aujourd’hui. De multiples dangers le guette : voleurs, voyous qui tabassent gratuitement, prédateurs sexuels.
      Les voyous et criminels sont dehors et nous devons tenir nos enfants enfermés pour les protéger.

      • Un constat pénible. Aujourd’hui les écoles sont plus propres mais pas nos villes et campagnes. L’insécurité a remplacé la salubrité dans notre société.

      • Cela fait bien longtemps que les parents conduisent leurs enfants à l’école en voiture, regrettant de ne pouvoir les emmener jusqu’à leur classe, et cela n’avait jusqu’à aujourd’hui aucun rapport avec l’insécurité.

      • c’est clair.
        lorsque j’étais petite, nous habitions sur un grand boulevard parisien (certes dans un immeuble haussmannien) , mais je vendais à 6 ans, les timbres pour financer les soins de tuberculose, sur le boulevard, toute seule comme une grande, et j’allais raccompagner mes copines chez elles.
        Il faut voir maintenant, comment est le quartier = méconnaissable! Ma mère aurait refusé que je fasse cela si le quartier avait été comme cela à l’époque!

    • avec la gauche et l’enfant roi tout a foutus le camp les wokes ont de beaux jours avenir n’est pas trump qui veut

    • Je pense que ne pas aller travailler dur une journée ou quelques jours dans les champs ou garder les bêtes au risque permanent du loup qui faisait des ravages chez les enfants, cela devait suffire à les motiver.

    • ils se sont attaquer a la religion a l’enseignement et a notre culture et avec la complicité de notre (((élite ))) et venu le fédéralisme de l ue gouverné par des personnes auto-proclamés sans oublier la couardise et bêtise des zombis

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