Transmettre l’identité pied-noir : la mission de la Librairie Pied-Noir

Trop de désinformation nuit à la transmission, une librairie pour mieux connaître l'Histoire pied-noir.
img_4141

Vendredi dernier, les étudiants en Master 1 MEEF (Métier de l’enseignement, de l’éducation et de la formation) de l’université de Montpellier ont planché, pour leur partiel de français, sur un extrait de La Grande Maison, un roman de Mohammed Dib, paru aux Éditions Seuil en 1952. L’extrait met en scène un jeune garçon, Omar, pendant une leçon de morale donnée par son maître d’école au temps de l’Algérie française : « Patrie ou pas patrie, la France n’était pas sa mère. Il apprenait des mensonges pour éviter la fameuse baguette d’olivier. C’était ça, les études. » Une fois encore, les étudiants français - ici, ceux qui se destinent à en former d’autres - sont priés de se plier au discours dominant distillé par un écrivain qui s’est battu contre la France et pour l’indépendance. Pourtant, une autre mémoire existe, d’autres écrivains, d’autres maillons de transmission se battent pour que l’identité et l’héritage pieds-noirs ne finissent pas ensevelis sous la doxa dominante. Un de ces maillons : la Librairie Pied-Noir.

Une autre mémoire de l'Algérie française

Fondée en 2011 par François Calmein, la Librairie Pied-Noir, une librairie en ligne, se bat pour faire rayonner l’identité pied-noir et transmettre la vérité sur la colonisation, sur la vie des Français en Algérie et sur la guerre qui a terminé cette histoire dans un bain de sang. Pierre Belmontet, qui a repris la librairie en février 2023, est fils de pieds-noirs : dans sa famille, cinq générations se sont succédé sur la terre algérienne. Curieux de son histoire et de ses racines, il reconnaît avoir eu « la chance d’avoir un grand-père loquace », même s’il ne parlait pas de la guerre mais seulement des souvenirs et de la façon de vivre, de l’autre côté de la Méditerranée. La Librairie Pied-Noir n’apporte rien d’autre à Pierre Belmontet que la satisfaction de transmettre un peu de cette Histoire que le discours politique et historique voudrait faire taire. Il veut « apporter sa petite pierre à la transmission de notre Histoire et de notre culture mal présentée et toujours à charge ». Pourquoi les Français ont-ils colonisé l’Algérie ? Qui connaît encore l’histoire des hordes de pirates qui enlevaient des chrétiens pour en faire des esclaves dans la régence d’Alger ? Qui se souvient de ceux qui ont construit l’Algérie, quand elle est devenue française ?

Pour transmettre cette identité désavouée, la Librairie Pied-Noir ne propose pas seulement des ouvrages historiques ou académiques. Pierre Belmontet explique que les jeunes générations s’intéressent plus au mode de vie, aux coutumes ou même à la cuisine. Il vend donc des livres de recettes pieds-noirs et c’est par la gastronomie que les jeunes générations renouent avec leurs racines. Par le plaisir, en général, d’ailleurs, puisque les sagas familiales, elles aussi, rencontrent un certain succès : les BD racontant l’histoire de la famille Dieudonné, par exemple, le roman Le Cri du chacal, de Sylvanie d’Ailhet, ou bien encore Les Conquérants du monde ancien, écrit par Pierre-B. Décaillet, d’où sera tirée une BD avant Noël. Pierre Belmontet vend peu de livres sur la guerre en elle-même : « Cela fait du mal aux anciens et les jeunes ne s’y intéressent pas : peut-être parce qu’on leur a raconté [la guerre d’Algérie] à l’école d’une manière qui n’était pas la bonne, soit ne veulent pas en entendre parler. » Trop de désinformation a nui à la transmission et beaucoup de pieds-noirs, en s’intégrant en métropole, ont tourné la page et n’ont pas ou peu transmis cet héritage.

Maillon de transmission

Alors, la Librairie Pied-Noir existe pour « transmettre la culture pied-noir aux jeunes générations, qu'ils soient descendants, amis ou tout simplement curieux de mieux connaître ce pan de l'Histoire de France souvent critiqué, toujours décrié et présenté de manière biaisée. » Maillon de transmission ou chaîne de mémoire, la librairie s'ouvre à ceux qui veulent connaître les différentes facettes de l’Algérie française. Les nombreux titres proposés permettent de connaitre l’Histoire française en Algérie, de comprendre les relations franco-algériennes et d’entendre un autre discours que celui qui s’est imposé. Pierre Belmontet vend 500 à 700 livres par an (800 livres, environ, pour cette année, qui est peut-être la meilleure que la librairie ait jamais connue), permettant à tous ceux qui voudraient se faire une opinion de lire tous ces non-dits désormais fixés par écrit.

À l’heure où les relations entre la France et l’Algérie sont plus que tendues, à l’heure où l’Éducation nationale peine à construire une unité nationale, à l’heure où la fracture française n’a jamais été aussi visible, où la « mère patrie » n’est plus qu’une vague notion, transmettre un autre discours que celui de ceux qui ont lutté contre la France semble plutôt opportun… La Librairie Pied-Noir permet à tous d’entendre une autre voix, une autre mémoire : celles de ceux qui ont aimé et aiment la France.

Vos commentaires

14 commentaires

  1. j’ai été rappelé en Tunisie ,j’y ai connu des gens qui etaient loin d’être des gros colons ,nous allions dans un restaurant tenu par une femme loin d’être riche ,que sont ils devenus ???virés comme ceux d Algérie ????c’est à cette époque que j’ai commencé à être moins fier d’être Français

  2. J’ai porté l’uniforme, comme mes anciens. Mère pied noir, père alsacien et moi né en Algérie française dans ses dernières années. Fidélité sans partage à la France, excluant partis politiques et traîtres.

  3. Une partie de ma famille est rapatriée d’Algérie , et force est de constater que la lobotomisation gauchiste des esprits à fait son œuvre à l’école ;
    les enfants et petits enfants sont tous devenus gauchistes si bien que leurs aïeuls doivent se retourner dans leurs tombes .
    Leur identité il l’a mette à la trappe pendant qu’ils écoutent religieusement l’histoire de ceux qui ont forcé leurs parents à quitter leur terre avec le choix de la valise ou du cercueil ;
    Moi ,par contre, j’ai appris à aimer cette culture pieds noirs qui avait son particularisme et son identité propre que l’on ne peut retrouver ailleurs .
    Un peu comme les Corses .
    A travers sa cuisine et son parlé si particulier mais si reconnaissable ; le pataouète mis en exergue par Robert castel et Lucette Sahuquet ;
    La cuisine empruntée à plusieurs cultures, berbères , juives ,espagnoles , italiennes et française provençales et recyclée à la sauce pied noire .
    Le couscous pied noir qui a la particularité de se décliner aussi au bœuf et parfois même au poisson et cœurs d’artichauts et pas seulement au mouton .
    Avec des variances que ce soit en Tunisie ou en Algérie .
    Les charcuteries soubressade , mahonaises , boudins froids à la viande , la kemia accompagnée de l’anisette blanche Berger , Cristal ou Gras , dont le siège se trouvait à Arcueil où j’habitais quand j’étais jeune, kémia souvent agrémentée du koumoun ou cumin , les brochettes , les cocas que sont des feuilletés fourrés , la chakchouka ,La calentita aux poix chiches les biscuits montecao. la mouna de Pâque, etc etc .
    Depuis leur départ les algériens se sont attribués nombre de mets qui n’appartenait pas à leur culture initiale mais qu’ils ont emprunté aux pieds noirs .

  4. heureusement qu’elle existe et merci à BV d’en parler…elle honore nos ancetres pieds noirs et permet au monde de ne pas nous oublier. pied-noir et algerois depusi de nombreuses generations, je n’ai rien oublie et je ne pardonne rien:trop de sang trop de morts( j’ai perdu la moitie de ma famille la bas) nous n’oublierons jamais….mais nous sommes une race en voie de disparition…..nous sommes les bebe phoques de la France:apres nous, il y aura sans fdoute nos enfants qui on ete eleves (en tout cas les miens ) dans la nostalgie d’un paradis perdu….mais apres????????je suis triste mais désabusé

  5. L’histoire rendra justice aux français. Manipulée elle sert les intérêts de la nomenklatura algérienne. Mais la vie des Français en Algérie, était « simple », pas riche, besogneuse et familiale. Mes aïeux en furent et moi aussi. Vivaient heurex, chichement, comme la majorité…

  6. Une belle initiative pour les descendants de ceux qui, comme ma famille, ont été chassés après avoir transformé un pays marécageux, hostile et ravagé par les razzia en un pays luxuriant et un grenier à blé

  7. J’aime bien cette observation de Jean Daniel, un pied noir, fondateur du Nouvel Observateur. En substance :il ne faut pas confondre présence et colonisation… La France fût présente en Algérie, souvent pour le pire, mais aussi parfois pour le meilleur.

  8. Merci de faire connaître cette librairie; je vais me renseigner. Je suis intrigué par le chiffre cité concernant les ventes: « 500 à 800 livres par an; c’est peu pour vivre; en effet, chaque vente d’un livre rapporte environ 4 euros; cela ferait une recette d’environ 3.000 euros par an; pas de quoi couvrir les frais d’une librairie en ligne et encore moins pour rémunérer une personne…

  9. Un mouvement salutaire, à l’heure où les anarchistes représentent 30% des magistrats, ou la gauche sectaire a infiltré tous les lieux de pouvoir. Le travail va être long pour sortir nos enfants de l’endoctrinement. Une pensée pour les harkis.

  10. Trop de désinformation nuit à la transmission,
    Voilà ce qui arrive à la France depuis que son histoire n’est plus … ou mal enseignée.

  11. Merci à Pierre Belmontet pour le travail qu’il fournit jour après jour dans l’ombre pour sauver ce qui reste de la mémoire des Pieds Noirs, et surtout pour préserver la vérité Historique, celle que beaucoup s’acharnent à transformer en.post-vérité, c’est à dire quand les faits objectifs ont moins d’importance que les opinions politiques. Nous devons tous lui en être reconnaissants.

  12. Le rôle des Pieds-noirs vis-à-vis de la France, se résume entre fidélité, sacrifice et dignité silencieuse. Votre témoignage incarne avec force ce que fut l’engagement des Pieds-noirs envers la France : une loyauté sans faille, souvent silencieuse, mais profondément enracinée. Ils ont traversé la Méditerranée pour défendre un pays qui ne les accueillait pas toujours avec justice, c’est l’histoire de milliers de familles comme la mienne. Ces hommes, ont porté l’uniforme, ont espéré, ont souffert trop souvent, mais n’ont jamais renié leur attachement à la Terre de France.
    Les Pieds-noirs ont joué un rôle complexe et souvent méconnu dans l’histoire française. Issus d’un passé colonial, ils ont été les témoins et les acteurs d’une époque marquée par la guerre, l’exil et la reconstruction. Après 1962, leur arrivée en métropole fut souvent synonyme de rejet ou d’indifférence. Pourtant, ils ne se plaignaient pas. Leur honneur résidait dans leur identité française, dans le simple fait de pouvoir vivre sur cette terre qu’ils considéraient comme leur patrie.
    Albert Camus, lui-même pied-noir, a su exprimer cette tension entre l’amour de la France et le sentiment d’exclusion. Il écrivait :
    « J’aime trop mon pays pour être nationaliste. » Cette phrase résume bien le paradoxe : une fidélité profonde, mais lucide, jamais aveugle.
    Les Pieds-noirs ont enrichi la France de leur culture, de leur langue, de leur mémoire. Ils ont transmis des valeurs de courage, de discrétion, de dignité, de bonheur de vivre, de respect de l’autre. Leur rôle ne se mesure pas seulement en actes politiques ou militaires, mais dans cette capacité à rester debout et libre, à aimer sans condition, à reconstruire sans rancune.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois