[REPORTAGE] Au cœur du colombier qui forme les derniers pigeons soldats d’Europe
Gustav est un héros méconnu mais décisif de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les liaisons radio sont coupées, impossible de prévenir Londres que le Débarquement a commencé sur les plages normandes. La Royal Air Force fait alors appel à lui. Un aviateur pas comme les autres. Il s’agit d’un pigeon voyageur. Mission lui est confiée de traverser la Manche et de transmettre un message. « La première vague d’assaut a débarqué à 7h50. Toutes les unités soutiennent avec fermeté la pression adverse. » Gustav parcourt 240 kilomètres et, malgré la DCA allemande, parvient à informer l’état-major allié, qui pourra ainsi s’organiser en conséquence. Un fait d’armes qui lui vaudra de recevoir la médaille Dickin, une décoration remise par la Couronne aux animaux valeureux.
Pour accéder au dernier colombier militaire d’Europe, il a fallu montrer plume blanche. Livrer nos cartes d’identité à des soldats en armes, passer les imposants remparts du Mont-Valérien, puis gravir un escalier qui nous emmène ici, au sommet du 8e régiment de transmissions. Une arme technologique jalousement gardée ? À l’inverse, et c’est ce qui fait le charme du lieu.
Vue sur la tour Eiffel et la canopée du bois de Boulogne, l’affectation semble agréable. En treillis de combat, Sylvain les passe en revue. « Pijohn », un affectueux volatile brun, est perché sur son épaule. De quoi donner des airs de corsaire à notre hôte. Un intrus s’est glissé parmi les voyageurs : « Un biset de la ville qui peut emmener des maladies avec lui », nous explique Sylvain, avant de le sommer de quitter les lieux.
C’est l’heure de l’exercice matinal, ou plutôt de la volée, comme on dit ici. Les voyageurs s’élancent dans le ciel et effectuent des cercles avec une étonnante rapidité. Un rituel quotidien qui permet de déterminer qui pourra prendre les couchettes supérieures dans le baraquement. « Ceux qui vont le plus vite prennent automatiquement la place du haut dans la volière, c’est la plus agréable pour eux parce qu’ils dominent », nous explique Sylvain.
Sylvain, un des derniers colombophiles militaires au monde
Ce petit-fils de coron s’est d’abord engagé dans l’armée comme droniste pour devenir, ensuite, un des seuls colombophiles militaires au monde. « Lorsque mon grand-père remontait à la surface après la journée à la mine, il s’occupait de ses pigeons avec moi », se remémore le sous-officier, qui peine à cacher son émotion, avant de poursuivre : « Quand je viens travailler ici, je pense à lui qui a souffert et est décédé de la silicose. »
Différentes lignées de pigeons se côtoient. Ici, taillés en V, des athlètes sprinter représentent l’armée de terre lors d’événements colombophiles, prisés par des compétiteurs stratégiques comme la Chine. Là, d’élégants pigeons blancs font figure de colombes de la paix lors de cérémonies. « On les utilise beaucoup, depuis 2014, avec les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale puis les quatre-vingts ans de la Seconde Guerre mondiale », détaille le sous-officier, pas peu fier de sa section d’apparat.
Jusqu’à récemment, le voyageur du Mont-Valérien était formé pour livrer des messages comme lors des guerres mondiales et postcoloniales. En cas d’attaque par impulsion électromagnétique qui aurait détruit les moyens de communications électroniques, leur usage pouvait devenir nécessaire.
Le mâle ayant le désir de retrouver sa femelle, la femelle celui de retrouver sa progéniture, le pigeon peut faire office de drone biologique indétectable, avec une autonomie de plusieurs centaines de kilomètres. Dans le très sérieux War on the Rocks, un site spécialisé des questions de défense, le docteur Frank Blazich recommande à l’armée américaine d’enrôler des pigeons tout en jalousant la France, la dernière puissance occidentale à en recruter.
Le pigeon de combat à l'ère des drones
Compte tenu de la capacité de stockage des cartes mémoire Micro SD, l’historien militaire souligne que « les caractéristiques organiques d'un pigeon fournissent aux forces de première ligne un moyen clandestin pour transporter des giga-octets de vidéo, d’audio ou d'images ».
N’y voyez rien de farfelu ! La Chine a formé 10.000 pigeons voyageurs intégrés au sein de l’Armée populaire de libération. De quoi inquiéter ses voisins. Un volatile pékinois, accusé par l’Inde d’espionnage, a passé huit mois en détention. Dans ce contexte, qui sait si nos compatriotes ailés du Mont-Valérien ne reprendraient pas du service actif ?
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8 commentaires
C’est une très bonne idée de garder des pigeons, le jour ou plus rien ne fonctionnera ils seront très utile.
Le pigeon est toujours très utile et pas que pour les transmissions , certains hôpitaux les utilisent pour amener des échantillons vers les laboratoires
C’est avec les vieilles méthodes qu’on fait les meilleures soupes.
Pigeon contre drone kamikase, ça promet pour la prochaine défaite!
Dans ce projet de retour à l’âge de pierre que nous concoctent les zécolos, il ne faut pas oublier de transmettre le « savoir tailler le silex » .
Pus de coca, plus de mac do, plus de TF1 ni de netflix, plus de RTT ni de vacances en camping-cars!
La der-des-ders avant la disparition de l’humanité se déroulera à mains nues.
« Je ne sais pas comment la Troisième Guerre Mondiale sera menée, mais je sais comment le sera la Quatrième : avec des bâtons et des pierres. » [Albert Einstein ]
Mais que vous êtes défaitiste ! Le pigeon, cet oiseau doté d’une boussole indéréglable nous étonnera toujours. J’ai bien connu les coulonneux et leurs pigeons de course dans les corons des houillères ndu Nord/ Pas de Calais ; ce n’ est en pas une légende…
A l’aire du tout connecté et de l informatique il faut conserver des savoirs faire anciens. Ce que je me suis appliqué à faire avec mes sections sous les drapeaux. Je pense que ce serait également important pour toute la société pour survivre en cas de conflit.
Très intéressant/