Quel gouvernement obtiendra le vote d’un budget de rigueur ?

Le gouffre de notre Himalaya budgétaire risque donc d’engloutir bien des cordées gouvernementales...
Capture d'écran
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Dans une récente déclaration, le Premier ministre brandit le martinet budgétaire : baisse des dépenses publiques et accroissement des prélèvements. La potion amère serait servie en deux louches : 50 milliards d’euros par an dès 2026 plus, à moyen terme, une ration du même ordre. Les évaluations sont plausibles. Et voilà François Bayrou paré des vertus d’un courage politique qui ne semblait pas être sa qualité première, mais il est vrai que la France vénère ses Pères Fouettard budgétaires à l’instar d’Antoine Pinay ou de Raymond Barre.

Subsiste encore un petit doute : quelle est la majorité parlementaire qui accepterait de gober un tel calice d’amertume ? Le Premier ministre risque, manifestement, d’être censuré à l’occasion du débat budgétaire… mais est-il vraiment un perdreau de l’année ? Ne chercherait il pas à « tomber à droite », tel un homme d’État trop vertueux, victime du parlementarisme politicien ? Quitte à monter ensuite sur l’Aventin et à revenir dans les fourgons du Fonds monétaire international ou lors d’un scrutin ultérieur ?

Un gouffre dans l’Himalaya

Après des années de dérapages incontrôlés, le déficit budgétaire et la dette publique atteignent des niveaux stratosphériques qui inquiètent la planète financière : la purge qui nous attend se chiffre en dizaines de milliards d’euros, dans un État où il est difficile d’économiser 300 millions d’euros sur les ambulances-taxis.

Le coup de rabot est pourtant simple à calculer : grosso modo, le déficit budgétaire de la France se chiffre à 150 milliards d'euros, dont 100 de déficit primaire (hors intérêts de la dette) et 50 d’intérêts de la dette. Le retour à la moyenne européenne (déficit soutenable à 3,4 % du PIB) exige donc 50 milliards d’économies annuelles à réaliser à court terme. En cas d’intervention du FMI, ce dernier préconise généralement la disparition, en trois ans, du déficit primaire, soit 100 milliards par an de purge budgétaire !

Où pouvons-nous tailler dans les dépenses publiques ? En investissement (consolidation des ponts, scanners) ou en fonctionnement (licenciements de fonctionnaires, chauffage des écoles à 15 degrés l’hiver) ?

Ou alors, devrions-nous redresser les comptes publics en augmentant, une fois encore, des prélèvements déjà confiscatoires ? Il faudrait alors piocher, au bas mot, 50 milliards d’euros de plus par an dans la poche des particuliers ou des entreprises, lesquels n’investiraient plus dans l’immobilier ou la compétitivité.

Sans parler de la consommation : considérons le cas où le hold-up fiscal prendrait la forme de 50 milliards de TVA dite sociale, impôt prétendument indolore et qui rapporte actuellement 100 milliards d'euros. Une augmentation de moitié ferait donc passer son taux normal de 20 % à 30 % ; ce qui aboutirait, dans les magasins, à un accroissement des prix TTC de 8,3 % pendant la nuit de la Saint-Sylvestre ! Un tel assainissement budgétaire ne serait d’ailleurs à même de ramener notre dette publique à un niveau acceptable que s’il n’est pas rongé par un rattrapage inflationniste des revenus…

Que le lecteur veuille bien excuser les arrondis et les hypothèses médianes : l’essentiel, ici, est de mesurer la profondeur du gouffre de nos déficits publics. Mais quel est le gouvernement qui pourrait faire accepter le fait que la France vit au-dessus de ses moyens et obtenir le vote d’un budget de rigueur, quitte même à doser la baisse des dépenses publiques avec la hausse des prélèvements ? Le gouffre de notre Himalaya budgétaire risque donc d’engloutir bien des cordées gouvernementales.

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Pr Jean-Richard Sulzer
Agrégé des Facultés de l'Université Paris Dauphine. Président du Cercle national des économistes

Vos commentaires

52 commentaires

  1. La rigueur ne passera jamais en démocratie. Les français sont trop drogués à l’assistanat. Seule la dictature a une chance de réussir…. avec suppression du fameux état de droit.

  2. Je suis tout a fait d’accord avec « RV » , Bayrou le neuneu va la mettre à l’envers aux Français juste avant les départ des vacances . Il serait peut-être temps que le R.N « rue dans les brancards  » , cette situation n’a que trop duré . Un grand coup de pied dans ce nid de guêpes serait de bon aloi !

  3. « Où pouvons-nous tailler dans les dépenses publiques ? En investissement ou en fonctionnement »? Quand on pose mal le problème, aucune chance de le résoudre. Avant de sabrer dans les dépenses courantes, attaquons-nous aux dépenses indues. Vous ne savez pas où les trouver? Donnez-moi carte blanche et je vous en trouve 100 milliards au pied levé. Mais ça risque de déloger quelques cafards.

  4. Bayrou est aussi mou et flasque qu’une méduse. Tellement courageux qu’il va tenter de faire passer son budget foireux juste après le 14 juillet, date des départs en vacances.

  5. On va encore gratter le fond des poches de ceux qui n’ont déjà plus grand chose pour engraisser ceux qui sont déjà repus et gavés. STOP! ON N’EN PEUT PLUS!

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