[POINT DE VUE] Braqueurs du Louvre : le casse du siècle serait donc une mauvaise série B

Deux suspects ont été arrêtés, ce samedi 25 octobre.
Capture écran Le Parisien
Capture écran Le Parisien

Les braqueurs du Louvre auraient donc été quatre, comme les malandrins dans Babar et les quatre voleurs. On vient en effet d’arrêter deux suspects. Le premier, épinglé à Roissy, était en partance pour l’Algérie. Le second, pincé en Seine-Saint-Denis, en partance pour le Mali. Ne nous emballons pas : il s'agit de suspects, supposés innocents, etc. Dans un communiqué, la procureur de Paris, Laure Beccuau, confirme seulement « que les enquêteurs de la BRB (brigade de répression du banditisme) » ont « procédé à des interpellations dans la soirée [de] samedi ». Elle ajoute que la révélation de ces interpellations « ne peut que nuire aux efforts d'investigation de la centaine d'enquêteurs mobilisés, dans la recherche tant des bijoux volés que de l'ensemble des malfaiteurs ».

Selon Le Point, les suspects seraient « originaires » de Seine-Saint-Denis et « connus des services de police », selon la formule consacrée. Rien que de très banal dans la série « Un jour en France ». Cela dit, à mesure que les détails de ce cambriolage spectaculaire sont connus, on s’aperçoit qu’on était loin du « haut du spectre du grand banditisme » dont parlaient les chaînes d’info ou d’un « nouveau type de criminalité », pour reprendre les mots de Rachida Dati, dimanche dernier.

L'un des auteurs présumés connu pour une série de braquages

En effet, les braqueurs ont laissé sur place leur disqueuse, leurs gilets, leurs casques de moto, mais aussi leur monte-charge - un monte-charge qu’ils avaient volé, semble-t-il, à un brave homme du Val-d’Oise qui le mettait en vente sur leboncoin. Ils ont laissé tomber par terre la couronne de l’impératrice Eugénie. La police a retrouvé de nombreuses traces d’ADN sur place et n’a sans doute pas eu grand mal à remonter jusqu’à ces deux individus, d'autant que l’un des deux serait connu de la police pour une série de braquages. Les enquêteurs évoquent, par ailleurs, des complicités internes, l’un des agents du musée du Louvre étant apparemment en relation avec l’équipe de voleurs. Bref, si l’on reste dans le domaine de l’Histoire récente, on est loin du coup de maître d’un Spaggiari raflant, avec ses complices, en un week-end de juillet 76, le contenu de 300 coffres de la Société générale de Nice, en laissant pour seule trace l’inscription « Ni armes, ni violence et sans haine ».

Cette « nouvelle criminalité » dont se gargarisent les journalistes...

On en viendrait presque à regretter l’un de ces braquages cinématographiques à l’ancienne : l’avion, chargé de bijoux, détourné sur une autoroute américaine dans Le Clan des Siciliens, d’Henri Verneuil, par exemple. Vittorio Malanese (Jean Gabin) y monte un coup remarquable avec Roger Sartet (Alain Delon). Le patriarche sicilien avait au passage, dans un souci d’assimilation presque zemmourien, commandé pour sa cavale, à un photographe véreux (André Pousse), de faux passeports avec « des noms qui sonnent bien français » - en l’occurrence ceux de rues parisiennes… On pense aussi au Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville, dans lequel Jansen (Yves Montand), flic alcoolique mais tireur d’élite, neutralise à longue distance les alarmes d’une bijouterie de la place Vendôme. Plus ancien de quelques années (1963), Mélodie en sous-sol montrait, toujours sous la caméra de Verneuil, Gabin (encore) regagnant, à sa sortie de prison, sa ville de Sarcelles en pleine bétonisation, avant de monter un dernier coup avec le jeune Delon (encore, là aussi). Cet enlaidissement de la banlieue était-il la préfiguration de cette « nouvelle criminalité » dont se gargarisent les journalistes ?

Ces quatre auteurs du prétendu « casse du siècle » seraient donc en réalité, si on s'en tient à ce que l'on nous révèle ce dimanche 26 octobre, de petites frappes de fond de RER qui n’ont dû leur succès qu’à la lamentable incurie de tout une chaîne de responsabilité (ou d'irresponsabilité). Il reste un point à éclaircir : qui est le commanditaire ? Car croyez-vous que ces Arsène Lupin en survêtements Adidas avaient fait l’École du Louvre et qu’ils savaient précisément la valeur de ce qu’ils ont volé ? François Hollande, qui n'en rate pas une, évoquait, la semaine dernière, parmi les hypothèses qui s'offraient à son esprit sagace, celle d'une ingérence étrangère pour « déstabiliser notre pays ». Pourquoi pas. Le procureur de Paris, lui-même, n'exclut pas cette hypothèse. Mais alors, qui serait cette ingérence étrangère qui aurait fait appel à de tels « épées » du banditisme ?

En tout cas, bravo à notre police ! Moins bavarde que nos hommes et femmes politiques, mais remarquablement plus efficace...

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV

Vos commentaires

71 commentaires

  1. Série B ou els bijoux ne sont toujours pas retrouvés, la macronie nous ‘la joue magicien, « regardez mon gant blanc » pendant que l’autre main agit

  2. Génial ou non, le larcin a bien été commis. Il est bien probable qu’à défaut de retrouver les bijoux, ou ce qu’il en reste, nos limiers policiers sont très capables de mettre la main sur les gredins. Et nous devrions assister à cette autre récupération qui consistera à louer la police et faire mettre le succès de l’enquête au crédit de toute la chaîne des vrais responsables ministres, anciens ou nouvelle, directeurs et directrices du musée du Louvre et autres responsables municipaux.

  3.  » Un nouveau type de criminalité » en mode Fantômette des années 60 ?
    Où comment prendre les Français pour des imbéciles avec l’art de la sémantique ?
    Après le coup du « mégot de cigarette » pour Notre Dame, on aura tout entendu.

  4. On espère que le commanditaire du cambriolage du Louvre n’habite pas à l’Elysée……L’enquête nous le dira !

  5. La France est une ZAP, zone à piller, le monde entier le sait et personne ne se prive. C’est un état d’esprit qui s’applique aussi bien aux squats, aux aides sociales, aux viols, aux petits commerces … ou aux musées. Venez et servez-vous, il ne vous arrivera rien. Pourquoi se gêner ? Certes la police essaie de faire son boulot ; mais ce qui compte vraiment c’est l’attitude des classes dirigeantes et médiatiques qui détournent le regard, ou même pour certaines encouragent délibérément le délit et la capitulation.

  6. ces personnes arrêtées étaient connues pour violence vols, et braquage,
    que faisaient-elles dehors ?????

  7. Les véritables Pieds Nickelés (surtout ceux de Pellos) valent mieux que de telles comparaisons. Même dans l’échec, ils gardent un certain panache et une philosophie qui ne manque pas de noblesse; et même quelque peu escrocs, ils n’ont rien de commun avec les racailles actuellement évoquées. A aucun point de vue…

  8. on avait pas affaire à des champions puisque l’un d’entre eux avait déjà été arrêté pour braquages, ce qui fait penser que ce gars là n’est pas en hat du bos office des braqueurs. Quand à Hollande, déjà président, mais maintenant ligoté par Faure, il est inexistant.

  9. Zut alors ! Les Pieds Nickelés du 9.3 ont volé les bijoux de la Couronne sous couvert d’un gros poisson !
    On pensait au grand banditisme, mais des petites frappes ont réussi leur coup grâce à l’incurie sécuritaire de l’Etat par ses représentants Sépamoi !
    En tout cas bravo aux enquêteurs, j’espère que les médias vont respecter les secrets de l’enquête.

  10. Des amateurs qui ne rassurent pas sur les amateurs en poste au Louvre, et puis tant qu’on aura pas retrouvé nos bijoux de famille, le succès de l’enquête et des arrestations reste relatif, non?

Commentaires fermés.

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