Meurtre de Lola : le tribunal explore la piste satanique

Le témoignage attendu de Moustafa M., l'ex-compagnon de Dahbia Benkired, a dominé la troisième journée du procès.
© BVOLTAIRE
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Elle a troqué son habituel tee-shirt et son gilet noir contre un sweat-shirt blanc. Au matin de ce troisième jour de procès, auquel BV est présent, les yeux de Dahbia Benkired sont encore plus cernés que d’habitude. Sa coiffure, elle, ne change pas : raie droite au milieu du crâne, cheveux de jais plaqués derrière les oreilles dans un chignon bas. Le regard, à la fois vide et dur, reste aussi le même, scrutant impassiblement, un à un, les témoins qui défilent ce mardi 21 octobre.

L’ex-petit ami attendu à la barre

Jusqu’à ce qu’apparaisse le tant attendu ex-petit ami : Moustafa M., de nombreuses fois cité depuis le début du procès. L’homme, qualifié par l’accusée « d’amour de [s]a vie, encore aujourd’hui », laissait imaginer une figure charismatique, presque envoûtante, tant Dahbia Benkired et son entourage ont décrit l’emprise qu’il exerçait sur elle. Mais c’est un homme d’envergure moyenne, d’une trentaine d’années, qui se présente, la voix hésitante. Lorsqu’il gagne en assurance, on comprend que c'est son côté « baratineur », enjoliveur, qui a pu séduire la jeune et naïve Dahbia, dès son arrivée en France, en 2016.

Une relation d’amour devenue toxique

D’emblée, il manie les mots, plutôt « bien », relève le président du tribunal. Interrogé sur la nature de leur relation, Moustafa M. décrit un début d’histoire d’amour banale entre deux jeunes gens amoureux. Comme la plupart de l’entourage de Dahbia, il raconte ensuite comment, après la mort de sa mère Nabilla, fin 2020, la jeune femme se transforme du tout au tout. Leur relation, restée en suspens pendant deux ans, reprend plus tard sous une forme « extrêmement toxique », confirmera, dans l’après-midi, une amie du trentenaire. Les échanges de SMS entre les deux confirment ce que le tribunal a déjà perçu : Moustafa traite Dahbia comme une prostituée, une « pute » : il a renommé ainsi sa fiche contact dans son téléphone. Entre une pluie d’injures des deux côtés, il lui propose des relations implicitement tarifées et fait référence à la prostitution dans laquelle Dahbia dit avoir sombré depuis quelque temps.

Le tribunal l’interroge sur les photos de jeunes femmes nues, masquées, dans des positions suggestives et prises par son téléphone, des clichés pouvant évoquer des annonces à caractère sexuel, comme l’a affirmé l’accusée. « Tout était consenti » et relevait de soirées « entre trentenaires » qui « aiment faire la fête », se défend-il.

Le séjour à Pornic et les accusations de rites

Mais l’homme préfère éluder ces questions. Il s’empresse de détourner l’attention vers ce qu’il considère être la véritable explication du passage à l’acte de Dahbia : la sorcellerie et l’envoûtement qu’elle aurait subi. « Personnellement, je pense qu’il y a beaucoup de zones d’ombre », affirme-t-il, ajoutant qu’il regrette que certaines personnes ne soient pas dans le box, « comme ceux chez qui elle est allée en vacances ».

Il évoque, ainsi, le séjour de Dahbia à Pornic, à l’été 2022, chez un ami de son compagnon de l’époque, Fatah A., qu’elle accusait de l’avoir initiée à des pratiques ésotériques dans des cimetières et des églises. Entendu depuis sa cellule où il est incarcéré pour violences conjugales envers une ancienne compagne, Fatah A. admet avoir emmené Dahbia visiter des églises, notamment à Montmartre, « parce qu’il est un adepte de la rue des Abbesses » et qu’il voulait lui faire découvrir l’architecture de ces monuments qu’il affectionne. « En fait, il vous a fait visiter des églises », résume l’avocat de la famille Daviet. « Oui », admet l’accusée.

Quant aux cimetières qu’elle avait mentionnés dans ses dépositions, Dahbia ne s’en souvient plus, aujourd’hui, et explique avoir confondu avec le domicile de l’homme, qui lui faisait penser à un cimetière, car « il y avait de la terre ». Concernant « l’eau de mort » qu’il lui aurait fait boire et qui lui aurait fait « voir le monde à l’envers », rapprochant cette boisson de la cause de son passage à l’acte, c’était « dans une boutique – non, dans un hôtel ! », se reprend-elle, incapable de donner plus d’informations sur cet épisode qui ne semble pas convaincre le tribunal.

À ce stade, Dahbia change d’ailleurs légèrement de version. Ce n’est plus tout à fait la faute de cet ensorcellement – mais quand même un peu. Elle commence à affirmer avoir voulu s’en prendre à « Mous' » pour se venger de sa méchanceté mais avoir finalement tué la petite Lola, proie plus accessible car plus faible.

Moustafa M. insiste pourtant sur la piste mystique. Il raconte avoir « recoupé toutes les informations » avec les deux sœurs de Dahbia. Ensemble, ils ont même pris contact avec le journaliste Karl Zéro, qui se servira de leurs témoignages pour alimenter la thèse d’un sacrifice humain commandité par une secte zouhri ou des adeptes du satanisme. Des informations que Moustafa reconnaît avoir obtenues… de Dahbia elle-même, lors d’appels téléphoniques pourtant interdits depuis sa cellule.

« Mais de quoi vous parlez, quand vous évoquez une secte pédo-satanique ? », s’agace le président du tribunal, avant de conclure : « J’espère que les gens qui croient connaître ce dossier vont se l’enlever de la tête. »

Une piste désormais refermée

Un quasi-point final à la théorie d’une « secte maghrébine » organisée pour tuer des enfants blonds aux yeux bleus.

Si les motifs de Dahbia Benkired ne sont pas encore clairement établis, il faut rappeler qu’elle avait recherché des informations sur Internet, quelque temps avant les faits, en écrivant « sacrifice humain pour devenir riche », et qu’étaient inscrits sous les pieds de la petite victime les chiffres 0 et 1, peints au vernis rouge. Ces éléments seront probablement évoqués lors de son audition prévue ce mercredi 22 octobre, mais la dimension sectaire et commanditée semble désormais écartée par les faits et les déclarations entendus ce jour au tribunal.

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Désordres psychiatriques, envoûtement satanique, de belles excuses pour dédouaner cette meurtrière foncière habitée par la haine de toute responsabilité. Et donc à la fin, une peine raccourcie…

  2. La meurtrière semble aimer les églises. Plutôt que la prison, il faudrait imaginer une incarcération dans un couvent de religieuses reclues genre carmélites.

  3. La justice de la Macronie doit se montrer très prudente qu’en au verdict final de ce procès . Cet abominable drame est devenu une arme de destruction massive , pouvant abattre toutes les barrières sociétales et culturelles voire politiques de la France . Ce qui n’est vu , que comme un simple fait divers par la Gauche pourrait engendrer un immense déferlement de colère à travers la France , qui n’en peut plus de compter ses innocentes victmes .

    • Ce ne sont pas les armes de destruction massive qui manquent en ce moment ….la France , qui n’en peut plus de compter ses innocentes victimes . De voir l’argent du travail des Français jeté par les fenêtres De voir son président ridiculisé dans le monde entier De voir ses ressortissants jetés arbitrairement en prison par des Tebboune et autres ayatollah De voir des étudiants faire l’apologie du terrorisme dans les universités De voir que des « français » sont impunément des agents de l’étranger qui entretiennent des intelligence avec les ennemis de la France etc. etc. etc.

  4. Pauvre petite Lola, pauvre martyre de cette société laxiste et indifférente à la souffrance humaine. Je pense à ta famille, ta maman, ton frère…Ils ont pris perpétuité eux ! Ils ne te verront jamais grandir, devenir une adulte sans doute belle et athlétique car tu étais très sportive. Cet abominable crime comporte bien trop de zones d’ombres qui ne seront jamais élucidées. Tout au début de la découverte de ton pauvre petit corps supplicié on avait parlé de 2 hommes…Où sont-ils passés. J’ai du mal à croire que Dabiah B. a agit seule, et je pense qu’il y a trop d’incohérences dans ce crime odieux, tellement odieux qu’on nous cachera la vérité tout comme dans bien d’autres affaires.

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