[MÉDIAS] Dans Libération, une ode au laid et au moche

Dans un texte d’une grande vacuité, un philosophe d’extrême gauche tente en vain de déconstruire l’attrait du beau.
@ Wikimedia Commons
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La trêve hivernale est bel et bien terminée. Alors que la parenthèse enchantée des fêtes de Noël vient tout juste de se refermer, Libération a déjà repris ses vieilles habitudes. Entre deux papiers anti-CNews, le quotidien a publié, ce 30 décembre, une longue interview d’un philosophe nommé Frédéric Spinhirny. Ce dernier y disserte sur le « privilège beau », ces avantages dont bénéficient d’une manière ou d’une autre les personnes dotées d’un physique avantageux. « Cela part d’observations personnelles, d’un étonnement qui remonte à mes études. Dans les grandes écoles, à Sciences Po Paris, je me souviens d’un certain élitisme physique, une façon de se distinguer par l’apparence, de soigner l’esthétique, l’attitude », déclare l’intellectuel, croyant avoir débusqué là un « impensé ». S’ensuit un empilement de lieux communs sur la « préférence sociale massive pour les corps jugés attirants », l’impact sur la carrière professionnelle et la vie de couple, le rôle renforçateur joué par les réseaux sociaux et « notre époque de visibilité permanente », l’injustice d’une inégalité liée à un corps « hérité de naissance », etc.

 

Au milieu de ces lapalissades, le philosophe débite aussi quelques contre-vérités étonnantes. Il explique, par exemple, que le succès d’audience de Miss France illustre notre obsession pour « les corps sveltes, grands, plutôt blancs », alors que trois des cinq finalistes du dernier concours étaient des beautés exotiques et que Miss France 2025 n’était pas exactement « svelte »... Il avance aussi que, sur les écrans, les physiques jugés ingrats sont réservés aux seconds rôles, aux méchants. Ah bon ? Quid de la superbe Angelina Jolie, qui interprète la terrible Maléfique ? Quid de Corinne Masiero, qui campe l’héroïne Capitaine Marleau ?

Une grille de lecture anti-Occident

Libération oblige, la tribune sort rapidement de son angle pseudo-philosophique pour virer à la mise en pièces très partisane de l’identité occidentale. On y apprend ainsi que le « privilège beau » serait avant tout un « privilège blanc », dicté par ailleurs par le « regard masculin ». « La peau blanche a toujours été liée à la pureté », dénonce courageusement Frédéric Spinhirny. D’où viennent ces normes de beauté affreusement oppressives ? De la « philosophie occidentale », pardi. La « pensée religieuse chrétienne » est également à blâmer car son iconographie a « sédimenté » les pires stéréotypes : les proportions, la lumière pour le bien, le sombre pour l’enfer, etc. Enfin, le rôle néfaste de la littérature européenne du XIXe siècle, dont certains héros sont en quête de beauté, est également souligné.

Que propose le philosophe pour mettre fin à ce privilège du beau et, enfin, faire triompher le laid ? En préambule, il rappelle que tout est politique, y compris l’esthétique. Il incite donc les pouvoirs publics à reprendre la main sur nos imaginaires et à voter des lois afin de mieux les façonner. Il loue notamment le travail fait par l’Arcom, qui impose toujours plus de personnes « jugées non blanches » dans les médias, mais en demande encore davantage. « Il faut aller plus loin, lance-t-il. J’ai proposé à l’Arcom, qui ne m’a pas répondu, de faire le même travail pour les personnes perçues comme "non belles" ». D’autres pistes sont évoquées : interdire les concours de beauté télévisés, « repenser » la publicité ou encore imposer des formations sur la discrimination liée à l’apparence, notamment dans le monde professionnel. Et si tout cela ne suffit pas à nous convaincre qu’un moche est beau, une ultime solution reste possible : le bistouri. « Il y a partout un engouement énorme pour la chirurgie, quels que soient l’âge, le lieu et la classe sociale, observe le philosophe. Plutôt que de dire que c’est mal et capitaliste, je me suis dit : "Pourquoi ne pas en faire un bien commun ?" »

Après nous avoir expliqué que le goût du beau est un héritage blanc, nauséabond et qu’il faut urgemment s’en défaire, notre grand penseur propose finalement d’y succomber sans complexe et d’y accéder grâce à la médecine occidentale… Cherchez l’erreur.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Et pourquoi donc, les femmes mais aussi les hommes, passent du temps sur les plages pour arborer un superbe hâle ? Pour faire pâlir d’envie les copains du bureau! Il est vrai, qu’un corps même imparfait, est toujours mis en beauté par un beau bronzage.
    Les femmes (certains hommes de plus en plus également) se maquillent également toute l’année pour avoir un teint moins blafard…
    Alors, la blancheur… On en reparlera!

  2. NB : je rajoute pour ci-dessous. Certain(e)s peuvent vanter tout ce qu’ils veulent, il y a tout de même des canons ( standards ) de beauté, d’attirance, de désir. Relatifs, mais ils existent.

  3. Tout cela est absurde. C’est relatif et subjectif ( beauté / charme ? voir : Gainsbourg ). Certes, il y a des « canons » ( heu… je veux dire des sortes de normes ). Mais… / Il semble, que dans certains pays les femmes considérées comme belles se doivent d’être rondes ( non-maigres… ; alors qu’un homme qui est rond, lui, peut être maigre ou pas…). Malgré ces canons, je trouve_ c’est personnel _ Mme Jolie, pas si belle. D’autres, n’ont pas étés gâtés, je le reconnais et c’est injuste. Pour un homme ( je parle de ce que je connais) il faut bûcher beaucoup plus pour ( … ) Bref, si Libé ne critiquait pas !

  4. Ce « philosophe » semble être un parfait crétin, on peut se demander s’il est vraiment philosophe ou s’il a simplement fait un peu de philo en classe terminale et s’est surtout mis à faire de la pollitique de gauche, ce qui signifie devenir ennemi de la France.

  5. Le beau, le laid, tout est relatif. Mais, pour moi Maziereau avec une peau de bête sur la tête c’est très laid, d’autant plus que ça tourne en dérision la Gendarmerie, mais comme ça fait de l’audience ça doit quelque part être beau, enfin très intérieurement !!!!

  6. Il ont déjà essayé dans le passé avec « Fat is beautiful » (être gros c’est beau) et ça n’à pas du tout marché ! Les gens sont naturellement attirés par la beauté et fuient la laideur ! Depuis la plus haute antiquité il en est ainsi et ça ne changera pas !

  7. Monsieur Kast, la fin de votre billet me laisse penser que vous n’avez pas bien compris le sens de la suggestion de « l’excellent philosophe » Frédéric Spinhirny. Le bistouri est envisagé dans ce shéma pour enlaidir les personnes « belles » qui souhaiteraient parvenir à la perfection de la belle laideur. C’est ça la philo!

  8. Ce « philosophe » manqué est en fait directeur d’hôpital (et il a plutôt belle gueule). « Il est l’auteur de plus de cinquante articles sur l’hôpital, le travail et le management ». Bref, en voilà un qui veut rivaliser avec les cliniques privées, qu’il doit haïr, et sauvegarder voire développer son service Chirurgie esthétique…

  9. Dans les rues, le moche l’emporte haut-la-main sur le beau. C’en est déprimant.
    Nul besoin d’être beau pour être agréable à regarder. Mais il faut pour faire preuve d’un minimum de goût.
    Quant à la chirurgie dite esthétique, DANGER car il faut savoir quand s’arrêter !!!

  10. En mai 68, on nous expliquait déjà que « le beau, c’est bourgeois ». Puisqu’ils vous le disent!
    NB : pauvre Libé!

  11. La question du beau ne peut être circonscrite aux élucubrations élémentaires d’un Libération possédé par une idéologie conquérante et substitutive visant à torpiller notre société. C’est une problématique existentielle, vieille comme Hérode et qui a travaillé la société depuis le jardin des délices et la pomme d’amour. Hugo, dans sa provocation romantique excessive consacrait la beauté du laid, poison secret de la félicité. Balzac, mal servi par la nature, s’insupportait du privilège de la beauté. Talleyrand affirmait que cela vous faisait gagner quinze jours. Baudelaire se repaissait de sa puissance érotique. Le XIXème aimait le gras, gélatine d’amour, Jules Renard convenait qu’on peut tout pardonner à une femme, « sauf d’avoir les cuisses maigres ». Quand Belmondo ambitionnait les premiers rôles, dans une société figée, les choses étaient en train de changer, la glasnost commençait à redistribuer les rôle en enfreigant l’esthétique entendue. Pour les uns, le « petit » était adorable, pas pour Aristote, « peut-être « gracieux mais « pas beau. » Mais la véritable question qui démange Libé est celle du suprémacisme – qui n’a pas dit son dernier mot — de notre société, monopolisant les canons du goût à sa convenance, l’Occident esthétique étant encore en tête de gondole.

  12. Ce bébé philosophe ne fait que reprendre le credo de ces ainés de Sartre à Foucault, le goût de l’uniformisation de la laideur si chère aux Khmers Rouge encensés par libération en 75, tous habillés du même uniforme, plus d’hommes, plus de femmes que des spectres.

      • Hypers et dûment diplômés à mon avis ( ce qui n’empêche pas la sottise ). Bien formés ( formatés ). Perso’, je fonctionne malgré bac -5 ( je me suis rattrapé après l’école ) car à contrario de bien des forts en thèmes, les diplômes ne seront jamais ( pour moi ) des brevets d’arrivée définitive…

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