Mayotte interdite de drapeau français lors d’une compétition sportive
Couvrez ce drapeau que je ne saurais voir ! À la demande des Comores, la délégation de Mayotte a dû défiler sans drapeau français, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux des jeunes de l'océan Indien. Les logos tricolores des tenues officielles des sportifs mahorais devront être par ailleurs masqués. Une décision révélatrice de l’ambition de Moroni : revendiquer en continu la souveraineté de l’île de Mayotte, souveraineté disputée par la France.
Mayotte sans drapeau français aux Jeux des jeunes de l'océan Indien
La scène se déroule ce samedi 1er août, à la cérémonie d’ouverture des Jeux de la Commission de la jeunesse et des sports de l'océan Indien (CJSOI). Au stade Victoria (Mahé, Seychelles), les délégations des Comores, de Djibouti, de Madagascar ou encore de Maurice défilent enhardies par des porte-drapeau placés en tête. C’est au tour de Mayotte de rentrer en piste. Un commentateur décrit les images de la Seychelles Broadcasting Company, chaîne qui diffuse l’événement en direct dans tout l’océan Indien : « Particularité pour les amateurs de géopolitique, vous pouvez observer que les Mahorais défilent sans drapeau. »
⚠️ « Vous pouvez remarquer que les Mahorais défilent sans drapeau ». La délégation mahoraise privée de drapeau français lors de la cérémonie des jeux des jeunes de l'océan Indien. Conflit de souveraineté entre les Comores et la France au sujet de Mayotte. @jean_bexon pic.twitter.com/I4DPtYPziP
— Jean Bexon (@jean_bexon) August 4, 2025
Étonnante particularité ! Même si Mayotte est un département français, impossible d’apercevoir un drapeau bleu blanc rouge annonçant l’arrivée des athlètes de l’île aux senteurs. En cause, la charte de cette compétition régionale qui dispose clairement que « lors de toute occasion ou cérémonie nécessitant l’utilisation d’un drapeau, Mayotte utilisera le drapeau des Jeux et s’abstiendra d’arborer tout symbole de l’État, tels que l’hymne et le drapeau nationaux ».
L’organisation des Jeux des îles de l’océan Indien avec la participation d’une Mayotte française est ainsi une affaire complexe. Pour mieux la comprendre, il faut revenir à 1982, année où les Jeux ont été créés en excluant Mayotte en raison de son statut international et du conflit qui oppose la France aux Comores. Pour se faire une image de cette souveraineté disputée, il suffit de considérer ce grand panneau dressé sur une berge de Mamoudzou « Mayotte est française et le restera à jamais ! » qui s’oppose directement à celui planté sur les rivages de Moroni : « Mayotte est comorienne et le restera à jamais ».
La charte des Jeux de l'océan Indien exclue symboliquement la France
Il aura fallu attendre 2005 pour que les Comores, pressées par la France, acceptent la modification de la charte des Jeux des îles pour intégrer Mayotte et sa jeunesse. Une condition est imposée : interdiction pour les athlètes mahorais d’exhiber aucun signe d’appartenance à la France. Ni drapeau, ni Marseillaise. Selon Comores.info, c’est le gouvernement Azali qui s’est assuré que cette disposition soit respectée, pour l’édition 2025. « Pour les autorités comoriennes, il s’agit d’une provocation politique, un rappel visuel de la souveraineté revendiquée par la France sur Mayotte », précise le site d’information basé à Grande Comore, la plus grande île de l'archipel, avant d’affirmer : « Les Comores continuent de défendre une position conforme au droit international et à la mémoire collective des peuples de l'archipel : Mayotte est et restera une île comorienne. »
C’est loin d’être la seule compétition sportive où les Comores n’ont pas voulu voir le drapeau français représenter Mayotte. En 2015, la délégation comorienne s’est retirée dès le début de la compétition pour protester contre la revendication des symboles français par l’équipe mahoraise de lanceurs de javelot.
Une posture qui frise parfois la contradiction. Le ministre des Sports comorien, Djaanfar Salim, a déclaré que pour les prochains Jeux des îles dont son pays sera hôte, « le président de la République des Comores n’aurait aucun problème à délocaliser certaines épreuves sur l’île comorienne de Mayotte ». Entend-il bénéficier d’infrastructures entièrement construites, financées et gérées par la France ?
Toujours est-il que c’est une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 12 novembre 1975 qui fonde tout discours hostile à l’ancrage français à Mayotte. Mayotte fait partie du nouvel État comorien, selon cette résolution largement citée par Moroni ou encore Bakou et Moscou.
Le plaidoyer de Mansour Kamardine pour l'ancrage de Mayotte à la France
Pour Mansour Kamardine, ancien député Les Républicains, il s’agit d’une résolution illégale intervenue en violation de l’article 4 de la Charte de l’ONU. Contacté par BV, celui-ci répond : « Cette résolution n’a pas d’effets contraignants, il s’agit en fait d’une simple pétition politique de principe d’un certain tiers-monde qui ne supporte pas le choix des Mahorais qui vient signer l’échec des indépendances de drapeau. » Né à Sada, au sud de Mayotte, cet ancien élu, fin connaisseur du dossier, poursuit : « La résolution peut être reprise et adoptée plus de mille fois, elle ne fera jamais une règle de droit international opposable erga omnes et, en tous les cas, opposable au peuple mahorais. »

Panneau à la barge de Mamoudzou (Mayotte) - Photo Jean Bexon
L’avocat d’affirmer : « Mayotte est bel et bien française par le libre choix de ses populations. C’est cela aussi le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui s’applique à tous les peuples, y compris les plus petits en nombre. » C'est aussi le fait que l’île de Mayotte soit située dans l’archipel qui justifierait son rattachement aux Comores. Cet argument géographique souvent utilisé est contredit, là aussi, par Mansour Kamardine. « Soulignons que, comme La Réunion est située dans l’archipel des Mascareignes ou la Guadeloupe et la Martinique dans celui des Antilles, cette appartenance à ces espaces océaniques ne saurait faire de ces îles des parties des État les environnant », réfute notre interlocuteur, depuis l’île hippocampe. Celui-ci conclut en convoquant l'Histoire : « Mayotte n’a jamais appartenu à un État comorien, ce dernier n’existant pas avant le 12 novembre 1975. Au contraire, elle fait partie de l’archipel des Sultans batailleurs, c’est-à-dire de cet archipel de plusieurs sultans qui se battaient les uns contre les autres pour s’approprier le sultanat du voisin. »
Cinquante ans après l’indépendance de Grande Comore, Mohéli et Anjouan, et l’ancrage de Mayotte à la France, les accrocs diplomatiques restent vifs, au sujet des îles de la Lune.
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89 commentaires
Preuve que c’est très mal parti pour Mayotte et la France ça devient un boulet pour le pays avec les Comores qui poussent derrière ça va mal finir
Ce sont les Comores qui décident maintenant ? Aux Jeux des Jeunes de l’Océan Indien, les drapeaux palestiniens étaient-ils désirés ?
Surement ils sont partout de toute façon
Mayotte est un nid d’embrouilles pour la France, à tous points de vue. Rendons le territoire aux Comores, comme l’ONU l’a voté. Cette idée de posséder un morceau de terre un peu partout dans le monde est romantique et impérialiste, mais le bon sens n’est pas d’accord.
Je suis de plein accord avec vous. Cette acquisition nous coûte du reste un pognon fou. Le jour où du pétrole ou nodules polymétalliques seront exploitables cette île cessera d’être Française.
Il faudrait quand même rappeler que, depuis 1976,14 résolutions de l’ONU, votées a une très large majorité, enjoignent à la France de rendre l’île à la République des Comores dont elle est partie intégrante… Ce dont la France s’est toujours moqué… le justification est un référendum de 1974, dont étaient exclues les 3 autres îles qui composent la République des Comores, par lequel les Mahorais demandaient à rester dans le giron de la France. Le côté amusant de la choses est que c’est exactement de la même maniere que Poutine s’est approprié la Crimée : un référendum autorisé aux seuls habitants de la péninsule, approuvé a presque 90%. Pour la France, ça a passé crème, pour Poutine c’est un tyran… Va comprendre, Charles …
Je suis très loin d’approuver Poutine, mais la Crimée a toujours été russe. C’est Kroutchev qui en a fait cadeau à l’Ukraine en 54 pour faire un peu oublier que Staline l’avait affamée au point que la Wehrmacht a été accueillie à bras ouverts!