LR : le strabisme politique d’un parti pris entre Macron et l’union des droites

Le parti a perdu environ la moitié de ses militants en une décennie.
Capture écran France Inter
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« Si Gabriel Attal gagne la primaire du socle commun, les LR sont prêts à se mettre derrière lui et faire campagne pour lui. » La phrase, prononcée par Gérard Larcher sur France Inter le 11 mars, résume à elle seule le dilemme stratégique de la droite classique. En ouvrant ainsi la porte à un soutien à l’ancien Premier ministre macroniste pour la présidentielle de 2027, le président du Sénat assume la tentation d’une partie des Républicains de regarder vers le centre.

Dans le même temps, la ligne officielle reste d’une grande fermeté vis-à-vis du Rassemblement national. Gérard Larcher a ainsi réaffirmé qu’il n’y aurait « pas d’alliance avec le Rassemblement national ou ses proxys ».

Même ton du côté de Xavier Bertrand. Invité de RTL, ce jeudi matin, le président de la région Hauts-de-France a appelé à une clarification brutale, estimant qu’« il faut clarifier et être intraitable » et que « ceux qui sont avec le RN, ou avec Mme Knafo ou avec M. Ciotti, n'ont plus rien à faire chez LR, dehors ».

Une position vivement critiquée par Hanane Mansouri, députée et secrétaire générale de l’UDR. « Xavier Bertrand, à titre personnel, je n’ai jamais croisé un de ses électeur à la présidentielle », ironise-t-elle auprès de Boulevard Voltaire, dénonçant des responsables politiques qui chercheraient avant tout à « sauver leurs sièges ».

Ces déclarations illustrent le choix stratégique d’une partie des cadres du parti : refuser toute alliance avec la droite nationale.

Des électeurs qui regardent ailleurs

Le problème est que cette ligne politique semble de plus en plus en décalage avec l’évolution de l’électorat de droite. Selon un sondage Toluna-Harris Interactive pour RTL publié en décembre dernier, près de deux tiers des électeurs de droite se disent favorables à une alliance entre Les Républicains et le Rassemblement national, lors des prochaines élections. Si l’on élargit aux sympathisants de droite, plus de sept sur dix jugent souhaitable une coopération électorale entre les deux camps.

Cette évolution se retrouve aussi dans les effectifs du parti. Au moment de la primaire de la droite en 2016, Les Républicains revendiquaient près de 238.000 adhérents. Dix ans plus tard, ils n’étaient qu’un peu plus de 117.000 à jour de cotisation, en 2025, selon les chiffres communiqués lors de l’élection interne remportée par Bruno Retailleau.

Autrement dit, le parti gaulliste a perdu environ la moitié de ses militants en une décennie, une érosion qui accompagne le déplacement progressif d’une partie de l’électorat vers le Rassemblement national. Pour Hanane Mansouri, cette dynamique ne fait guère de doute. « La majorité des adhérents et des électeurs LR nous rejoignent ou nous le disent clairement », affirme-t-elle à BV, évoquant des adhésions en hausse, du côté de l’UDR.

La crise ouverte lors des législatives de 2024 a encore accentué ce phénomène. À l’époque président des Républicains, Éric Ciotti avait proposé une alliance avec le RN, provoquant une rupture historique au sein du parti. Depuis, l’ancien patron de LR a structuré cette stratégie autour d’une nouvelle formation, l’Union des droites pour la République (UDR), qui apparaît aujourd’hui comme une véritable porte d’entrée pour cette droite de plus en plus attirée par le Rassemblement national.

À la tête du parti depuis 2025, Bruno Retailleau se montre pour sa part particulièrement discret sur ces rapprochements pendant la campagne municipale. Contactés par BV sur ces alliances locales entre élus LR et candidats du RN ou de l’UDR, plusieurs cadres du parti ont refusé de répondre à nos questions.

Municipales : les ralliements qui embarrassent LR

Le phénomène dépasse désormais les cas isolés. Selon une enquête de Mediapart, pas moins de 575 candidats ayant figuré sur des listes de droite, lors des municipales de 2020, figurent aujourd’hui sur des listes du Rassemblement national, dont 45 têtes de liste. Le rapprochement entre la droite traditionnelle et la droite nationale se traduit donc déjà très concrètement dans les campagnes municipales.

À Paris, Aurélie Assouline, adjointe LR du XVIIᵉ arrondissement, a ainsi rejoint la campagne municipale de Sarah Knafo, candidate Reconquête. Dans la capitale, la question de l’union des droites est devenue un sujet central de la campagne. Sarah Knafo a publiquement proposé une alliance à Rachida Dati afin de rassembler les différentes forces de droite face à la gauche. Une main tendue que la candidate LR a fermement refusée, estimant qu’une telle alliance pourrait faire fuir une partie de son électorat de centre droit.

Dans le Sud, d’autres rapprochements illustrent cette évolution. L’eurodéputé LR Christophe Gomart et Charles-Ange Ginésy, président LR du conseil départemental des Alpes-Maritimes, ont notamment affiché leur soutien à Éric Ciotti à Nice. À Versailles, Olivier de La Faire, ancien LR devenu candidat de l’alliance UDR-RN, assume cette filiation politique : « On est sur les mêmes projets que le RPR des années 1980, une droite sociale et conservatrice. »

Ces dynamiques interviennent dans un contexte où le RN et l’UDR espèrent progresser dans plusieurs grandes villes. À Marseille, le Rassemblement national entend capitaliser sur ses scores élevés aux dernières élections nationales pour peser dans la bataille municipale face à une candidate LR en difficulté dans les sondages. À Toulon, ville longtemps dirigée par la droite classique, le RN reste solidement implanté et Laure Lavalette pourrait profiter des divisions de la droite traditionnelle. Et à Nice, la stratégie d’union des droites portée par Éric Ciotti devrait rebattre les cartes dans la campagne.

Pour Hanane Mansouri, ces recompositions locales ne sont que la traduction d’une fracture plus profonde : « Il y a, aujourd’hui, deux clans, chez LR : ceux qui s’allient avec la Macronie et ceux qui nous rejoignent », analyse-t-elle.

Un parti pris en étau

À mesure que la campagne municipale touche à son terme, le malaise stratégique des Républicains apparaît au grand jour. Entre cadres tentés par un rapprochement avec la Macronie et électeurs de plus en plus favorables à l’union des droites, le parti gaulliste se retrouve pris dans un véritable étau politique. Dans cette recomposition de la droite française, la question n’est peut-être plus seulement celle des alliances. Elle pourrait bien devenir celle de la survie même des Républicains.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 14/03/2026 à 9:45.
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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Ces deux lascars ( Larcher & Bertrand ) ont des convictions à géométrie variable , pourvu que la soupe soit bonne . Rien de surprenant à ce que ce parti soit moribond . Rappelons hormis ces deux énergumènes que les LR ont approuvé le plan du PPE3 qui va coûter la peau des fesses aux usagers français , merci pour votre ignoble soumission.

  2. Est ce encore un parti ou un ensemble d’élus sans programme et sans lien qui ne pensent qu’à conserver de bonnes place avec des votes de complaisance qui bloquent tout changement et protègent Macron et la gauche.
    Mais les électeurs ne sont pas dupes ça va faire mal…

    • Ce sont toujours les électeurs qui ont la clé. L’efficacité de l’attelage LR – Attal va dépendre du comportement des électeurs LR. S’ils ont assez des manigances de Gérard Larcher, de Xavier Bertrand et de bien d’autres, ils refuseront de voter Attal…

  3. Les LR se sont fait imposer l’idéologie morbide de la gauche , en particulier dans le domaine électoral : plafond de verre , front républicain , etc . Qu’ils ne s’étonnent pas de voir leur électorat aller voir ailleurs .

  4. Tout faire même le pire de la malhonnêteté intellectuelle pour rester planqué très chèrement et ne rien faire qu’à son seul profit personnel. De plus, le sénat ayant été émasculé par le nouveau « circuit » législatif… Encore plus simple de vociférer dans k la e desert !

  5. Si la droite perd c’est à cause de gens comme Larcher ( d’un autre temps) et Bertrand qui lui ne pense qu’à chasser le RN mais c’est un piètre chasseur ! La base veut une union de toutes les droites avec le RN ils arrivent pas à comprendre cela, et pour Larcher…retraite !

  6. Malheureusement la bonne bourgeoisie de province veille et n’oublie pas son petit confort intellectuel et moralisateur .Aussi longtemps que ses interets et ses sources de revenus ne seront pas mis en danger par les politiques regionales ou nationales , ces gens empecheront par le haut ce rapprochement .
    Le peuple de France est condamne par les compromissions et trafics d’influences de ses notables . Vienne maintenant la grande ordalie …!

  7. Ça alors,comme ça, on préfère s’acoquiner avec atal qui tend la main aux socialistes qui comptent sur lfi pour y arriver mais tout va bien chez les lr. Désolé, Mr Retaillau, votre barque fait eau de partout et elle se trouve au milieu du lac.

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