[LIVRES DE NOS MAISONS] Paul Guth, écrivain trop populaire ? Et trop oublié !
Dans les bibliothèques de nos maisons de famille traînent des livres délaissés. Leurs auteurs furent célèbres, peut-être… Leur gloire a passé. Cet été, BV vous propose de découvrir quelques-uns de ces écrivains ou de ces livres.
Disons-le d'emblée : l'homme était exquis, quand il revenait tous les étés dans sa ville de Villeneuve-sur-Lot dédicacer ses ouvrages aux jeunes provinciaux que nous étions comme lui. Il ne se prenait pas pour LE grand écrivain qu'il savait n'être pas : après tout, pour le fils du mécanicien de Villeneuve-sur-Lot et de la bigourdane d'Ossun, avoir fréquenté la khâgne de Pompidou et de Senghor et avoir été battu à l'Académie par Jean d'Ormesson sans sombrer dans l'aigreur, la dépression ou l'alcool, c'était déjà pas mal. Et c'était aussi une leçon de vie !
La saga du Naïf : à prescrire à tous les enseignants !
À relire les volumes du Naïf, cette série que les rectorats devraient offrir à tous les futurs enseignants pour les aider à acquérir la sagesse indispensable à leur métier, on est frappé par la justesse des observations et la permanence des situations (ne parlons pas de la baisse du niveau : voir paragraphe suivant). Ainsi, les rencontres avec les parents : « Ce n'est pas parce que c'est mon fils, mais Louis est très intelligent. À la maison, il fait des réflexions qui vous surprendraient. Hier encore, à table, quand on a servi la mousse au chocolat… Mais il est extrêmement sensible. Quand on le décourage, on n'en tire plus rien. »
Un observateur perspicace des errances post-68
Ses origines modestes, son expérience réelle de l'enseignement et sa liberté de ton le conduisirent à dénoncer très tôt, et avec humour, les délires d'après 68. Deux pamphlets témoignent encore de sa perspicacité à contre-courant sur les dérives de l'éducation et de l'Éducation nationale : Lettres à votre fils qui en a ras le bol et Lettre ouverte aux futurs illettrés. En 1978 et 1980...
Paul Guth, plus grand qu'il n'y paraît
Il est bien connu que certains écrivains réputés grands nous apparaissent comme passablement surcotés et que l'Académie est et fut peuplée d'écrivains qui ne le valent pas (voir son Discours de déception à l'Académie française). Inversement, Paul Guth dépasse la catégorie des écrivains de second rang dans laquelle un parisianisme de gauche comme de droite a voulu l'enfermer. Tout en participant aux Grosses Têtes (celles de Philippe Bouvard), il est l'auteur de trois chefs-d'œuvre méconnus et qu'il est urgent de relire. Son Saint Louis, bien sûr, qui commence par ces mots, encore plus actuels aujourd'hui qu'en 1980 : « Saint Louis, un des piliers de notre civilisation, plus fort aujourd'hui que jamais. Tout autour, la maison s'écroule. Nous éprouvons un besoin plus viscéral de nous accrocher au solide. Et Saint Louis a du passé, mais encore plus d'avenir. Son auréole nous a caché son génie. » Un an plus tard, il publiait son Histoire de la littérature française, solide, personnelle, écrite à la diable et qui a la sagesse de ne pas traiter le XXe siècle. Enfin, pour retrouver l'homme Paul Guth, son humour, son intelligence et sa tendresse, son autobiographie, Une enfance pour la vie, est un vrai bonheur de lecture. Populaire au meilleur sens du terme, l'œuvre de Paul Guth mérite plus qu'un détour.
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12 commentaires
à Lélue58 je dirais simplement que la notion de « style vieillot » ou « auteur dépassé » n’a de valeur que si l’on croit à un Sens de l’Histoire (en particulier dans la littérature ou toute autre forme de pensée), qui irait toujours vers le progrès, le bonheur, la qualité, etc. Mais c’est une posture mentale qui relève de l’idéologie et qui nous pousse alors à refuser tous les auteurs de l’Antiquité ou du Moyen Âge.
» Lettre ouverte aux futurs illétrés » … et quel avenir de cette jeunesse qui dance trop …
Je recommande la lecture d’ Une Enfance pour la Vie »
C’est magnifique.
J’ai conservé les deux tomes de son histoire de la littérature française et je recommande à tous les parents de l’offrir à leurs ados . C’est drôle, intelligent et constitue la préparation idéale au bacho de français. !
Je trouve que c’était un bon écrivain,agréable à lire .
Paul Guth ? Un style vieillot. Désolée de ne pas être en accord avec cet article. Pierre Benoit n’est pas un auteur dépassé. Je n’en dirais pas autant de Guth. Mais bon, c’est juste l’opinion d’une lectrice assidue et dont le choix est diversifié sans vouloir mettre en cause ceux qui l’ont apprécié.
Lectrice assidue de quoi???
Pierrereee??? Assidue à la lecture. Qui a-t-il de difficile à comprendre? Autrement dit qui lit, voilà tout, comme d’autres qui ne lisent jamais ou si peu.
Pierrereee
On se le demande ?
J’ai lu Paul Guth dans ma jeunesse, le mariage du naïf, etc. ; pinte de rire assurée. Du style, de l’humour et une vision affutée des défauts et des dérives humaines. Il aurait mérité en effet de rentrer à l’Académie française. Je me lance ! Je signale un auteur assez méconnu, mais qui vaut le détour, humour noir, acide et peintre cruel de la société du début du 20ᵉ siècle, Octave Mirbeau. « Les vingt-et-un jours d’un neurasthénique », par exemple.
Oui Octave Mirabeau valeur trop oubliée
Je ne le connaissais pas mais l’article me donne envie de le lire
Merci à Mr Sirgant