L’ancien ministre Castaner, « conseil » de Shein, le géant de la mode à jeter
Si l’on en croit la publicité de la marque sur notre sol, il faut désormais ajouter à la longue liste des « droits à » le droit à la mode. Le dernier slogan publicitaire de la marque Shein en France proclame : « La mode est un droit, pas un privilège. » Hélas, dans la mesure où l’on nous explique depuis des décennies que consommer est un devoir citoyen, c’est d’une certaine logique. Encore serait-elle compréhensible s’il s’agissait de soutenir des marques de qualité, si possible françaises, mais on en est bien loin.
Le diable s’habille en Shein
Shein est ce qui se fait de pire, en matière de mode : très éphémère, désastreuse pour l’environnement et confectionnée dans des conditions de travail absolument indignes et illégales au regard du droit international. Pour parodier le titre du film de David Frankel, le diable s’habille en Shein.
Le site slood.com, qui milite pour une consommation responsable, a compilé les données des enquêtes réalisées par divers organismes (l’ADEME, l’ONG Public Eye, Greenpeace, vert.eco et l’Agence européenne des produits chimiques) sur un système de production aberrant et désastreux à maints égards.
Quatre points émergent des études, quatre tendances dont les effets néfastes s’additionnent : la surproduction, la surexploitation des ouvriers, la surconsommation et l'impact sur la santé.
7.200 nouveaux produits sortent, quotidiennement, des usines Shein, confectionnés par des ouvriers qui travaillent 75 heures par semaine avec un jour de congé par mois. Porté en moyenne seulement trois fois avant de partir à la poubelle, chaque vêtement vient alimenter les plus de 92 millions de tonnes de déchets textiles relevés chaque année. À ce rythme, Shein pollue autant que 3,5 millions de voitures par an. 75 % des matières utilisées sont issues du pétrole et non dégradables. Enfin, de nombreux produits contiennent des substances cancérigènes et ne respectent pas les normes imposées aux fabricants de ce côté de la planète.
Un rapport flatteur, les députés sollicités, un ancien ministre embauché
Adoptée par l’Assemblée le 14 mars 2025 et examinée, ce lundi, par le Sénat, la loi vise notamment à « interdire la publicité pour les ventes de vêtements à "prix cassés" » et à créer « un malus environnemental renforcé pour les rendre moins attractifs ». On apprend cependant par France Info que le texte aurait été détricoté lors des travaux en commission au Sénat – avec, notamment, une « définition de la fast-fashion moins étendue et la suppression de l'interdiction totale de la publicité » – suite à une intense campagne de lobbying de la marque… qui s’en défend, bien sûr.
Un rapport a été commandé par Shein à un professeur émérite d’économie de l’ESSEC, Frédéric Jenny, et adressé à tous les parlementaires en même temps qu’une demande de rendez-vous. Allant « jusqu'à comparer cette proposition de loi avec la taxe carburant de 2018 "ayant amené au mouvement des gilets jaunes" », l’auteur y explique que l’entrée en vigueur d’une telle loi pénaliserait les plus modestes. Comme dit plus haut, « la mode est un droit ». C’est pour développer cette idée à travers ses vidéos que l’influenceuse Magali Berdah a été embauchée. Elle dénonce ainsi sur Instagram une loi qui « semble viser en particulier SHEIN et ses clients, avec la mise en place d’une taxe qui pourrait s’élever jusqu’à 10 euros par produit vendu par la marque d’ici à 2030 ». On rappellera, ici, que le prix moyen d’un vêtement Shein est de 5 euros. Elle poursuit : « Selon une étude de l’IFOP, 60 % des Français renoncent à acheter des vêtements pour raisons financières. Cette taxe ne rendra pas la mode plus responsable. Mais simplement moins accessible. »
Quant à Christophe Castaner (ministre de l’Intérieur du gouvernement d’Édouard Philippe, puis président du groupe LREM à l’Assemblée), embauché par la marque via sa société de conseil Villanelle Conseil, il assure que « le contrat entre Villanelle Conseil et la société représentant Shein n'est pas un contrat de lobbying mais d'appui et de conseil ». « L'Observatoire des multinationales » et « Les Amis de la Terre » ont néanmoins saisi l’HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique) après avoir, disent les associations, relevé de « potentielles irrégularités dans les déclarations d'activités de représentation d'intérêts du groupe Shein, des sociétés liées et de ses prestataires ». Dont Castaner.
On savait l’ancien ministre recasé à la tête du Conseil de surveillance du Grand Port maritime de Marseille, on le découvre aussi conseiller de la fast-fashion. C’est le grand art du recyclage en politique.
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20 commentaires
Après avoir commenter sur BV je vais aller sur Shein histoire de me faire un petit plaisir à petit prix.
Les femmes, et j’en connais plusieurs, qui achètent sur Shein le font parce que leurs moyens ne leur permettent pas d’aller le faire aux Galeries Lafayette. Et je ne connais personne qui jette sa robe ou son pantalon après l’avoir porté 3 fois. De plus, Shein ne vend pas que des vêtements, loin de là. On y trouve tout ce qu’on achète en supermarché ou en magasin, en moins cher…..Alors, quand on est député, la critique est aisée. Quand on est pauvre, on est satisfait !!!!
Elles peuvent faire comme moi : Blancheporte ou Bonprix , et pas plus de 4 vêtements remplacés par an..
vous oubliez Lidl, Leclerc, Auchan….on peut changer plus souvent !!