Franck Dubosc enfin césarisé : la revanche de la France d’en bas ?

Franck Dubosc vient d’emporter le César™ du meilleur scénario original pour son film « Un ours dans le Jura ».
Photo by ALAIN JOCARD / AFP
Photo by ALAIN JOCARD / AFP

Bien sûr que personne n’est obligé d’apprécier le talent de Franck Dubosc, qui vient d’emporter le César™ du meilleur scénario original pour son film Un ours dans le Jura. Mais peu importe les sentiments de tel ou tel journaliste, le phénomène est là, cet acteur demeurant, envers et contre tout, l’un des acteurs préférés des Français. Sauf, peut-être, de nos confrères de Libération, de Télérama et des Inrockuptibles ; cet infernal trio décidant si un artiste doit avoir la carte ou non au club de ces artistes qui pensent très fort dans leur tête. Lui ne l’a pas. Il est vrai que son parcours ne plaide pas véritablement en sa faveur, vis-à-vis de la haute société. Né en Normandie. Ses parents sont d’humbles fonctionnaires. Il n’a pas usé ses fonds de culotte à l’École alsacienne, pas plus qu’il ne jouait à la balançoire dans les squares avoisinant la place des Vosges. Même si tôt inscrit au conservatoire de Rouen, où il apprend le métier avec les excellentes Valérie Lemercier et Karin Viard, Franck Dubosc peine évidemment à percer. C’est dur pour tout le monde ; mais plus encore pour lui, provincial monté à Paris et ne bénéficiant pas du carnet d’adresses des parents de tant de « fils de ».

Pour la petite histoire, sa première apparition sur écran, le « petit » et non point le « grand », consiste à endosser la combinaison en papier aluminium pour chocolat du pilote de soucoupe volante des frères Bogdanoff, dans leur émission Temps X. Il faut bien commencer par quelque chose. Et puis, la routine de ces artistes, bons à rien, mais prêts à tout. Des panouilles dans des séries télévisées, dont Coronation Street, institution anglaise de la sitcom, des apparitions dans Les Petites Annonces d’Élie Semoun. Là, il peaufine son style. Celui du ringard, du mythomane se prétendant aventurier, du séducteur qui se croit irrésistible. Bref, rire de soi pour faire rire les autres. La recette est connue et a fait ses preuves. Petit à petit, l’oiseau Dubosc fait son nid. Le public suit ; la critique un peu moins. Mais comme les journalistes, généralement invités, ne payent pas leurs tickets, ça lui en touche une sans faire bouger l’autre, tel que jadis prétendu par un certain Jacques Chirac.

La naissance de Patrick Chirac…

Chirac, nous y voilà. Car c’est sous le nom de Patrick Chirac qu’il invente le personnage qui n’en finira plus jamais de lui coller à la peau, celui qu’il incarne dans le Camping (2006) de Fabien Onteniente, le film qui le révèle au grand public. Avec un peu d’avance, le cinéaste précède les travaux du sociologue et géographe Christophe Guilluy sur cette fameuse « France périphérique », cette « France moche », stigmatisée par une célèbre une de Télérama. Là, Gérard Lanvin, chirurgien esthétique qui fait remonter les seins de ses clientes alors que leurs âmes s’affaissent, se retrouve bloqué dans un camping, y croisant une France dont il ignorait – ou méprisait – jusque-là l’existence. Celle de ses compatriotes du bas, qui travaillent dur toute l’année pour retrouver leur petit paradis à eux, à base de pétanque et de pastis, de rigolade et de flots bleus. Claude Brasseur et Mylène Demongeot y sont parfaits en vieux couple persistant à s’aimer comme au premier jour. Et Franck Dubosc en… Patrick Chirac. Tee-shirt moulé, calbut façon moule-burnes à l’avant et string à l’arrière, s’acharnant à jouer au play-boy alors que les filles ricanent sur son passage. Il vient d’être mis au chômage, mais ne le dit pas. Il n’a plus rien, hormis ses trompeuses apparences et une authentique générosité. Le peu qui lui reste, il le partage volontiers, fût-ce avec cet arrogant médecin débarqué en Aston Martin. Au-delà de la comédie populaire qui a cartonné en salles et en DVD, il y a là une magistrale leçon de vie.

De la difficulté de survivre à un tel succès…

Enfin devenu bankable, comme on dit dans le métier, on peut désormais monter un film sur son seul nom. La suite dira que non et Franck Dubosc, déclinant à l’infini ce personnage, ne retrouvera jamais pareil succès. Le cinéma n’est pas une science exacte et la foudre ne retombe pas toujours deux fois au même endroit. Pis, ce métier fonctionnant de la manière qu’on sait, le voilà catalogué : du Patrick Chirac et encore du Patrick Chirac. Mais l’homme est malin, n’hésitant pas à se moquer de sa propre image dans l’excellente série à succès Dix pour cent. En d’autres termes, il connait ses limites, qu’il est le premier à tourner en dérision. Ainsi, lors des César™, millésime 2025, il monte sur scène avec une statuette réduite façon Jivaro, avant de prononcer ces mots : « D’abord, j’ai une pensée pour mes camarades qui étaient eux aussi nommés pour ce César™ de ceux qui n’ont pas eu ce César™ et qui ne l’ont toujours pas ce soir. Je pense forcément à ma femme qui me regarde, et qui aime rappeler que ce n’est pas la taille qui compte. De toute façon, elle est amoureuse… » Belle prestation, ponctuée par les fous rires de Julia Roberts, à la place d’honneur dans la salle. Aujourd’hui, Franck Dubosc tient sa revanche, ayant été distingué par la statuette du meilleur scénario original (avec son co-auteur, Sarah Kaminsky) pour son Ours dans le Jura, également mis en scène par ses soins. Un film drôle et tragique à la fois, surprenant de bout en bout, et ode à cette France trop souvent oubliée, celle de la province ; enfin, des « territoires », comme disent ces technocrates que la planète entière nous envie.

Ironie des emplois du temps, votre serviteur était dans le Jura, quelques jours après la fin du tournage. Le discours des gens du cru était unanime. Franck Dubosc et son équipe avaient laissé un excellent souvenir. « Ils ont fait travailler tout le monde, les commerces et les restaurants. » « On pensait avoir affaire à des Parisiens snobinards, ils étaient gentils comme tout et ce n’était pas du flan. » « Pas mal de monde a été embauché pour faire la figuration, alors qu’on n’en demandait pas tant. » « Nombre de nos bâtiments étaient délabrés, ils ont tout fait rénover afin que ce soit plus joli pour leur film. Mais en attendant, c’est nous qui profitons de ces travaux réalisés à leurs frais. » « Une fois leur Ours achevé, on pensait qu’ils allaient tous partir comme des voleurs. Et là, surprise, ils sont revenus pour leur avant-première qui a eu lieu chez nous, avant celle de Paris ! » La classe.

Ce film a été un succès public autant que critique, et désormais distingué par un César™. La vie est parfois morale. C’est rare, mais quand cela survient, pourquoi bouder son plaisir ?

Et c’est ainsi que Franck Dubosc est devenu grand.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

21 commentaires

  1. Frank Dubosc , s’est créé un personnage profondément touchant et juste en la personne de Patrick Chirac .
    On a tous été des Patricks Chirac à un moment de notre vie . Enfin , moi , oui ! C’est cela aussi qui me faisait marrer chez Dubosc , l’autodérision est parfois jubilatoire .
    Quand ma fille se moquait de moi , avec justesse , cela me faisait autant rire qu’elle .
    En plus je trouve que sa remise des césar a été l’une des meilleures que j’ai pu voir ces temps ci , surement plus que celles poussives et empruntées de certaines comédiennes .
    C’était avec Florence Foresti les deux humoristes qui se partageaient un moment ,les plus grands scènes de France, mais Frank Dubosc est plus complet , il a été aussi bon sur scène qu’à l’écran.

  2. très déçu par ces commentaires haineux,
    Sincère ou pas , qui est autorisé à le dire? Ce qui est certain, c’est que ses films rendent hommage au peuple des « sans dents » et font preuve d’un véritable amour pour eux.

  3. En effet , c’est merite car au milieu des pantalonnades socio-psychologiques qui ne font orgasmer que les esprits de gauche subventionnes , ce scenario est excellent et sait jouer du comique comme du tragique des situations … Et en plus il y a de grands moments de bravoure .

      • Il y a une époque où les critiques de gauche avaient le nez fin que ce soit à LIbération , le nouvel obs , et télérama bien sûr , le figaro , de droite à l’époque , se défendait très bien, aussi dans la critique des évènements culturels .
        Aujourd’hui ils ont perdu de leur crédibilité à force de juger à partir de considérations qui n’ont rien à voir avec la culture mais plutôt avec des croyances ou idéologies , wokes , racialistes ou genrées .
        Il faut qu’il y ait un brin de cela pour faire la différence.
        J’ai suivi un temps les critiques de télérama , avant quand ils n’étaient pas tous atteint par le syndrome , ils encourageaient les jeunes artistes français qui avaient parfois du talent mais n’ont pas réellement émergé . je pense à certaines artistes très connues par un certains milieu , mais peu par la grande majorité des français . Des artistes de l’entre soi qui n’ont pas pris beaucoup de risque et télérama a été obligé un moment de se rabattre sur les valeur sûres pour faire du chiffre et pour que ses articles soient lus ; Tel un Johnny , qui n’était pourtant pas leur tasse de thé auparavant , mais lui , on ne peut dire qu’il n’a pas pris de risques dans sa vie , bien remplie .

  4. C’est un bobo bien pensant adoubé par le système. Il avait été bien macroniste et bien méprisant envers les gilets jaunes il ne faudrait pas l’oublier. S’il était un représentant de la France d’en bas il n’aurait pas de César et ses films ne seraient pas diffusés en salle. Ce serait un horrible complotiste incarnation d’une France rance aigrie i e et fascisante. Si le système le récompense c’est bien qu’il en fait totalement partie.

  5. Il faut bien admettre que Dubosc a été chercher l’idée originale au fin fond de la cinquième dimension.
    Film « à la française », buget moyen…mais qui n’a pas fait réagir que les critiques cinéma: Les assos’ de défense des animaux se sont plongées sur le cas de Valentin le plantigrade, qui ne marche pas à l’ombre mais à l’amble, pour dénoncer la maltraitance dont il était censé être victime.
    Certes, on pourrait, comme dans « l »appel de la forêt » multiplier les animaux totalement virtuels, mais ça serait dommage, non ?

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