[ÉDITO] De Choose France à Lose France, itinéraire d’un mandat gâté
Sur son site, le gouvernement pousse des cocoricos à s’en rompre la voix. « Le 17 novembre 2025, près de 200 entreprises françaises sont réunies pour la première édition du sommet "Choose France - Édition France", à la Maison de la Chimie, à Paris. » Bon, la Maison de la Chimie n’est pas Versailles, siège de la première édition - signe que les ambitions ont changé… Mais le coq macroniste chante toujours. « Extensions de sites industriels, nouvelles usines, partenariats stratégiques : les annonces portées à cette occasion illustrent une dynamique de réindustrialisation active et une confiance renouvelée dans l’avenir économique de la France », proclame le pouvoir. « Ce sommet incarne des entreprises qui ont 151 annonces d’investissement en France, représentant un total de 30,4 milliards d'euros. » Combien reste-t-il, une fois dissipés les effets d’annonce et défalquées les fermetures et les réductions d'effectifs ?
Sébastien Lecornu se dissout en reconnaissance éternelle vis-à-vis des entreprises : « Vous faites ce choix : celui de la France. Ce geste, il est profondément structurant pour notre économie, pour nos territoires, pour nos salariés, et je veux vous dire merci. »
L'art du cirque
Le coq macroniste tente encore d’intéresser la basse-cour, mais le cœur n’y est plus. Trop de flonflons depuis dix ans, trop de mots, trop d’occasions gâchées et d’illusions vendues vingt fois le prix à l’opinion, pour raisons électorales. Même chez les macronistes, le ressort est brisé. Le pipeau ne séduit plus, le mensonge éclate quand le même gouvernement proclame, la main sur le cœur, dans le même texte, que « la France poursuit une politique économique ambitieuse fondée sur la simplification et la compétitivité (ben voyons !), le soutien au fabriqué en France (ne pas regarder la balance du commerce extérieur), la réindustrialisation des territoires (quel culot !) et le redressement des finances publiques (le pompon !) ». Nier à ce point l’évidence des chiffres dépasse la vieille récupération politique à l’ancienne : on touche à l’art du cirque.
Choose France, c’était la manifestation du pouvoir de séduction du macronisme, d’une France ouverte sur une Europe ouverte, les deux s’épaulant pour voguer vers tous les succès dans un monde ouvert. En 2017, les électeurs de Macron avaient voté pour le paradis européen, ce jardin d’Eden des affaires où couleraient le lait et le miel, le nirvana du business, l’Europe de la prospérité sans frontières. En France, il y avait l’élite qui y croyait et les pauvres d’esprit qui n’avaient rien compris. Il était de bon ton et utile à l’avenir de l’humanité qu’on portât les premiers aux nues et qu’on piétinât allègrement les seconds, ces boulets du progrès. Le gouvernement renvoie dûment vers une étude de Ernst & Young datant de mai dernier. Il faut la lire.
À ce sujet — Quel avenir, pour les produits français ?
L’Europe s’effondre : « Les investissements étrangers en Europe ont diminué pour la deuxième année consécutive et sont désormais à leur niveau le plus bas depuis neuf ans : 5.383 projets ont été annoncés en Europe en 2024, soit une baisse de 5 % par rapport à 2023 », explique cette étude mise en référence par le gouvernement. Vous pensez qu’aux États-Unis, ce n’est pas mieux ? Que l’effroyable Trump fait peur aux investisseurs ? Pas vraiment : « Dans le même temps, [les investissements] ont progressé d’environ 20 % aux États-Unis. »
La France de Macron, parce qu’elle veut être la valeureuse locomotive de l’Europe, part logiquement avec un handicap très lourd. Certes, « la France reste, pour la sixième année consécutive, le pays où se sont réalisés le plus grand nombre d’investissements internationaux en 2024, performance atténuée par son troisième rang en nombre d’emplois », poursuit Ernst & Young. Mais ce premier rang cache un dramatique… effondrement. « Le nombre de projets d’implantation et d’extension étrangers en France a reculé de 14 % en 2024 », écrit l’étude de référence du gouvernement ! Que nos « deux principaux concurrents, le Royaume-Uni et l’Allemagne, s’inscrivent dans la même tendance » ne rassurera personne.
Le roi Macron est nu
Après dix ans de macronisme qui aura vendu l’invasion migratoire de la France pour améliorer son économie, le pays devient peu à peu la lanterne rouge d’une Europe de l’Ouest blessée à mort par sa doxa et ses terribles choix stratégiques : « Dans le reste de l’Europe, l’augmentation très forte des projets dans les pays du Sud (notamment en Espagne) et la stabilité des investissements en Europe centrale contrastent avec le ralentissement général des pays d’Europe de l’Ouest », écrit toujours Ernst & Young. La France de Macron continue à donner des leçons, à faire des cadeaux au monde entier, à verser des milliards à perte à l'UE, à accueillir 500.000 immigrés par an et à parader dans les salons de Choose France.
Mais son agriculture meurt, ses groupes délocalisent, ses cadres partent à l’étranger et son industrie s’éteint. Vous vous souvenez du Brexit qui allait engloutir l’économie anglaise et faire affluer sur nos côtes les talents de la City ? « Hors industrie, la France peine encore à rivaliser avec le Royaume-Uni dans la compétition pour les centres de décision et, dans les activités financières, Paris reste distancée par son homologue britannique. » Fermez le ban ! Dans un communiqué, Sophie de Menthon, présidente du mouvement patronal ETHIC, précise qu'au-delà des « 200 invités d’aujourd’hui, il reste quelque 4 millions d'entrepreneurs dont on ne s’occupe pas et avec lesquels on ne parle pas : vive l’État profond ! », lance-t-elle. Le roi Macron est nu, seul, ruiné par sa propre politique mais il fait semblant d’y croire encore. Il ne touchera pas à l’Europe et à la mondialisation, préférant entraîner tout un pays dans la ruine. Obstiné, aveugle aux faits et suicidaire, jusqu’au bout.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts





































66 commentaires
Tout ce cirque serait risible si les conséquences n’étaient pas si dramatiques.