Coup de théâtre : le Sénat enterre l’euthanasie

Chacun s'attendait à ce que la légalisation de l'euthanasie passe comme une lettre à la poste : l'édifice s'est effondré
@kommumikation-Unsplash
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« Merci aux sénateurs qui ont refusé de légaliser toute forme d’aide à mourir. Merci pour votre courage et votre sagesse. Parce que nos vies comptent, jusqu’au bout », réagit Louis Bouffard, bien connu des lecteurs de BV et membre du collectif Les Éligibles et leurs Aidants, après ce revirement pour le moins inattendu du Sénat sur la question de l'euthanasie. Il ajoute : « Votre vote envoie un signal fort. Il rassure celles et ceux qui vivent le lourd handicap, la maladie, le grand âge, celles et ceux qui, comme moi, savent combien la vie peut être fragile et pourtant infiniment précieuse. »

La scène qui s'est déroulée dans l'hémicycle, ce mercredi 21 janvier, en a surpris plus d'un : chacun s'attendait à ce que la légalisation de l'aide à mourir par les sénateurs passe comme une lettre à la poste. C'était sans compter les réactions des élus de gauche et la résistance de certains de leurs collègues LR dont les voix, mises bout à bout, ont abouti au rejet de la pièce maîtresse du texte (à 144 voix contre 123), l'article 4, provoquant ce que le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier décrit comme « l'effondrement de tout l'édifice de l'euthanasie ». Explications.

« Ce chaos » qui fait honte au Sénat

Le texte examiné au Sénat, qualifié « d'hypocrisie sans nom » par la présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), Ségolène Perruchio, conçu pour être un « garde-fou contre le permis de tuer », ne satisfaisait pas du tout les opposants à l'euthanasie. De là à imaginer la gauche voter contre ...

Au moment du vote, rapporte Stéphane Ravier à BV, « tout se passait "normalement" jusqu'à ce que les sénateurs passent au vote de l'article 4 : la gauche, pensant que le texte n'allait pas assez loin et parce qu'il avait été élaboré par une commission de droite, a voté contre ». Des voix qui, s'additionnant avec celles des sénateurs LR opposés par conviction à l'euthanasie, ont fini par remporter une majorité de rejet de tout l'article 4 définissant les conditions d'accès à l'aide à mourir. Un véritable coup de tonnerre dans ce cénacle du débat démocratique. « En réalité, personne ne s'attendait à ce que les sénateurs LR ne suivent pas la ligne de la commission », explique notre sénateur, qui raconte avoir assisté à une scène peu habituelle dans ce monde sénatorial ordinairement si feutré : sidération des élus qui ont provoqué la suspension immédiate de séance, rappels au règlement, conciliabules par petits groupes et reproches, à la droite, de « porter la responsabilité de ce chaos qui fait honte au Sénat ». « J'ai vu un sénateur LR déclarer au président du groupe socialiste "Mais monsieur le président Kanner, je ne comprends pas, moi, j'ai voté comme vous !", un tableau assez exceptionnel », rapporte malicieusement Stéphane Ravier qui, manifestement, s'est régalé.

Pour ajouter du chaos au chaos, et selon le sénateur du Parti radical Bernard Fialaire, certains rapporteurs de la commission « se seraient même exprimés en leur nom propre contre l’avis de la commission ». Mais le clou final au cercueil euthanasique a été rivé par l'adoption de l'amendement de la sénatrice LR Anne Chain-Larché prévoyant le remplacement de la solution létale par la sédation profonde (article 2). Cet amendement « a ainsi vidé totalement le texte de sa cible, la légalisation de l'assistance au suicide assisté », précise Stéphane Ravier.

Charge du sénateur communiste contre le christianisme, il a raison !

Tout cela dans une ambiance électrique qu'on imagine marquée par une charge notable du vice-président du Sénat, Pierre Ouzoulias (étiquette communiste), lorsqu'il déclare : « La rupture philosophique, s'il y en a une, c'est le christianisme et l'interdiction religieuse du suicide ; la mort volontaire, c'était l'expression du libre-arbitre absolu avec une phrase : "Dieu ne prévaudra !" »

« Il a raison », rétorque, dans un tweet, l'ECLJ (Centre européen pour le droit et la justice), association en première ligne pour dénoncer, en cas de légalisation de l'euthanasie, les fermetures prévisibles d'établissements et maisons de retraite gérés par des institutions catholiques qui refuseraient d'abréger la vie de leurs patients (passibles de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende). L'occasion de rappeler que ces structures existent et qu'elles œuvrent au quotidien. Grâce aux vocations suscitées par cette Église même qui, en interdisant de tuer, a en effet joué un rôle civilisationnel fondamental — qu'on l'apprécie ou pas. À l'instar d'un saint Camille de Lellis (1550-1614) ou d'une Jeanne Garnier (XIXe siècle), figures oubliées qui ont été des pionniers en matière de soins palliatifs (lire, à ce sujet, l'excellent ouvrage Soins palliatifs. La vraie alternative à l'euthanasie, de Jean-Frédéric Poisson, aux Éditions Mame).

« Ce Pierre Ouzoulias s'est exprimé à plusieurs reprises pour dénoncer et diaboliser ceux qui étaient contre l'euthanasie, en essayant de démontrer que leur opposition était motivée par des considérations religieuses ; il aurait tant aimé que nous nous exprimions, la Bible à la main, ce qui n'a pas été le cas. C'est une perpétuelle christianophobie qu'il a exprimée », conclut Stéphane Ravier qui, pour autant, ne renie pas ses convictions religieuses : « Elles nourrissent ma réflexion. »

Pour l'heure, dans un communiqué, la fondation Jérôme-Lejeune ne boude pas, elle non plus, sa satisfaction et « salue les sénateurs qui ont fait hier ce qui était en leur pouvoir : défendre l’interdit fondamental de tuer ». Mais rappelle que « rien n’est acquis. La vigilance et la mobilisation doivent se poursuivre : lors du vote solennel, le 28 janvier, où les équilibres politiques pourraient être différents. » Viendra, ensuite, « la deuxième lecture à l'Assemblée nationale programmée à partir de la deuxième quinzaine de février. Avec la possible réécriture d'un texte aussi mortifère que la version qui avait été votée en mai dernier. » Le plus dur reste, sans nul doute, à venir.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

97 commentaires

  1. Je salue l’intervention judicieuse comme d’habitude de S Ravier qui ne se laisse pas faire et il a raison
    C’est une boite de pandore qui serai ouverte, au début oui ce serait pour les gens très malades mais qui voudraient finir paisiblement leur vie, soins palliatifs pas à la hauteur, mais après ? Des dépressifs, des handicapés, des personnes âgées qui gêneraient ?

  2. L’incohérence de la gauche dans toute sa splendeur!, Ils ont voté contre car ils trouvent que ce texte ne va pas assez loin. Mais pourquoi sont ils contre l’euthanasie des criminels aux USA, et en France pour l’a peine de mort pour les anciens dont le seul tort et que leurs héritiers ont besoin des sous du grand père?? (et dons en bon gauchiste que je suis, je fait comme eux: L’inversion du vocabulaire et du sens de mots!)

    • Double erreur. Ce texte va trop loin et il n’est pas interdit à des gens de gauche d’être raisonnables.

  3. Eh bien c’est pas grave, le « commerce » de la mort continuera de se faire dans les pays étrangers comme la Suisse ou la Belgique. Ils croient quoi? D’avoir gagné quelque chose? D’avoir endigué la volonté des gens de vouloir partir comme ils veulent?

    Lettre 70 de Sénèque à Lucilius : « On doit compte de sa vie aux autres, de sa mort à soi seul. La meilleure est celle qu’on choisit. »

    Juste une question pour ceux qui défendent la vie. C’est quoi pour vous « vivre » ? Est-ce que rester alité 24/24, intubé, à se faire laver et torcher, c’est vivre? Est-ce que ce n’est pas égoïste pour la famille?

    • Pour le second paragraphe de votre remarque, vous devriez nuancer. Je ne suis pas sûr que vous avez lu en entier leur argumentaire. Et que faites vous des soins paillatifs ?

  4. C’est pénible de vivre une fin de civilisation. Car c’est la fin … ce texte sera voté, le Mercosur sera appliqué. La France est open bar pour le Wokisme, l’Islamisme, un mélange détonant. Plus de création littéraire ou artistique, plus de réflexion, plus de culture, plus de transcendance, un no man’sland.

  5. Qui peut m’expliquer le paradoxe d’une société qui approuverait l’aide à mourir de personnes sans histoire qui ne demande qu’à vivre et la jugerait incompatible avec la dignité humaine pour des grands malades qui tuent à tout va sous prétexte de maladie mentale irréversible .

    • Je pense aussi que ce n’est qu’un répit, les promoteurs de l’euthanasie sont puissants et déterminés. Trop d’intérêts en jeux.

  6. Je ne sais pas si c’est par éthique que les sénateurs ont voté contre, ou parce qu’ils ont tous un certain âge … Toujours est il que la raison a triomphé. Il y a des alternatives au suicide assisté, notamment les soins palliatifs. Tant qu’on n’aura pas essayé toutes ces alternatives il est criminel de recourir au suicide.

    • Les soins palliatifs n’ont rien à voir avec le droit au suicide assisté. Je me demande parfois si ceux qui mélangent les deux sujets le font exprès. Il existe des situations qui ne relèvent pas des soins palliatifs. Nous parlons de liberté et c’est une nouvelle forme de stalinisme qui nous répond. Et par pitié, n’invoquez pas Jésus qui n’en a jamais parlé si l’on s’en tient à ceux de ses propos qui ont été rapportés par les évangélistes. Il a fallu le concile d’Orléans de 535 pour que les évêques décident de refuser des obsèques catholiques aux suicidés.

      • Et vous qui êtes sans doute de la France profonde (expression méprisante, au passage) comme moi, qu’avez-vous fait pour qu’il y en ait dans la ville le plus proche ?
        On peut tout de même éviter le mélo.

    • c’est une évidence, pour moi qui y ai travaillé (c’était une partie de mon métier à l’hôpital).

      Mais l’époque actuelle ne voit pas ce qu’est l’Amour de l’Autre et préfère se débarrasser de ceux qui « coûtent plus qu’ils ne rapportent ».

  7. Alléluia! Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Comme disait quelqu’un dont j’ai oublié le nom: « Pour que le mal triomphe, il suffit que les gens de bien ne fassent rien. » (Bernanos?) La lutte n’est pas finie.

    • Je ne sais si cette citation est de G Bernanos. Mais elle résume bien la situation !
      Et, oui, nous ne sommes pas au bout de nos peines : pas sûr que le « vote solennel » en assemblée produise le même résultat, moins encore le passage devant les députés !

  8. On peut remercier M. Puppinck qui a été tenace pour servir de « lanceur d’alerte » sur ce sujet, ainsi que M. Poisson qui est le seul parti politique français à s’être engagé contre cette proposition de loi.
    Espérons que BV les invitera plus souvent. Jusqu’à présent, on les a considérés comme des abonnés absents.

  9. L’euthanasie a été euthanasiée dans l’œuf une bonne nouvelle.
    Au lieu de chercher à achever les gens, on ferait mieux de chercher à les garder en vie cela ferait avancer la science.
    Entre avortement et euthanasie, la mort est présente aux deux bouts de la vie.

    • si on oberve bien notre société, on se rend compte que l’on maltraite nos enfants et nos vieux, ce qui écourte le laps de temps ou la vie peut être belle!

  10. Observez bien une chose: les opposants à l’euthanasie ont accès illimité à l’information, leur veto est ressassé dans tous les médias jusqu’à l’indigestion. En revanche, on n’entend jamais les promoteurs de l’euthanasie. À cela, il y a une raison: les parlementaires intervenant dans l’hémicycle sont des franc-maçons des grades subalternes, recevant leurs ordres des ordres supérieurs, dans un total secret. C’est notamment le cas du Grand Orient, mon principal adversaire pendant un demi-siècle. Moralité: mettez le projecteur sur Belzébuth.

    • Tout à fait d’accord. Cette proposition de loi a été écrite par un député qui ne s’est jamais caché d’appartenir au Grand-Orient. Certains pensent que l’on phantasme sur le rôle de la Franc-Maçonnerie, mais pour avoir lu le texte, on a vite compris que ce sont les représentants de cette secte qui l’ont écrit.

    • Oui = j’ai eu une connaissance (que j’ai perdu de vue depuis fort longtemps, elle m’agaçait) qui faisait partie des FM (pas le GO, car c’est masculin) = elle prêchait l’euthanasie, lorsque je passais mon diplôme de Soins Palliatifs.
      C’est pourquoi cela me surprend que les promoteurs de l’euthanasie ne soient jamais entendus.

    • MERCI de souligner l’origine maçonnique de ce projet de loi. La franc-maçonnerie est le laboratoire de nos lois sociétales, qu’il s’agisse de la légalisation de l’avortement, du mariage pour tous et de l’euthanasie. Elle prépare secrètement et obstinément cette dernière légalisation à conquérir, dans les loges et par diverses intrigues au sein des Assemblées depuis 1978! Elle ne lâchera jamais, elle est en passe de réussir. La Fraternelle Parlementaire est puissante : + de 35% des députés et un certain nombre de sénateurs, sans compter les députés francs-maçons n’appartenant pas à la Fraternelle… pour 0,34% des électeurs français ! Les dés du débat parlementaire sont pipés. Peu de gens le savent. Le projet de loi Euthanasie finira par passer, un jour ou l’autre.

  11. Ouf ! Je l’ai échappé belle à 70 balais et pas en bonne santé on m’aurait euthanasie pour économiser une pension de retraite

      • C’est pourtant plausible, voir ce qui se passe en Suisse, au Canada ou en Belgique… ils en sont là, hélas, euthanasier pour économiser : sordide je le concède…

      • Peut être, mais réelle, dans les pays ou cela se passe (mal) on n’en arrive à tuer des enfants, des handicapés, des vieux. Alors je vous recommande de lire la loi du DR.LEONETTI ou tout est dit sur la fin de vie.

      • @Bernard47, ce que vous énoncez sur la pratique en Suisse et en Belgique est totalement faux, de la désinformation relayée en boucle par des médias partiaux ! essayez donc de remplir un dossier pour cet acte dans ces pays et vous allez voir que ça ressemble au parcours du combattant !Honteux, personne ne vous obligera alors ayez au moins la décence de ne pas imposer à ceux qui veulent le choix !

      • C’est une remarque qui met le doigt sur une réalité. Si la loi est inscrite, une personne âgée, en mauvaise santé, se percevant comme une charge pour ses proches, ou pour la société, peut parvenir à considérer sa propre disparition comme une solution.

      • MAIS déjà TELLEMENT VRAIE dans des pays où cette euthanasie est devenue « une solution finale » ! …

      • mais réveillez vous, regardez ce qui se passe ailleurs au canada notamment ! çà devient pénible cet angélisme !

      • Peut être mais elle est juste! car BBR, comme moi d’ailleurs, coûte plus cher qu’il rapporte, ayant plus de 65 ans! Et c’est le but.

    • @Bernard47
      C’est n’importe quoi, renseignez-vous avant.
      Pour info, c’est vous qui choisissez de boire la potion, personne ne vous y oblige.

    • Bah ! À 70 balais, vous êtes un petit jeunot pour moi. Cramponnez-vous. Personnellement, bien qu’âgé, j’espère assister à la résurrection de la France. Mais il va falloir faire vite.

      • à condition que vous y participiez personnellement et volontairement. Un geste citoyen, en quelque sorte. On semble l’avoir oublié depuis le référendum de 2005.

    • Je Suis Belge dans notre pays c’est permis et c’est l’horreur normalement un système de sécurité est mis en place 3 docteurs doivent parler avec la personne qui souhaite en finir mais dans les faits ils conseils la personne et lui demande d’accepté le suicide, j’ai un ami de 80 ans qui a été assassiné de cette façon, il était en mauvaise santé mais rien qui ne puisse êtres réparer les médecins lui ont fait comprendre que c’était mieux pour tout le monde de partir alors il a accepté il y avait un délai de 3 mois mais juste le jour de la fin du délai il a été injecté, pendant c’est 3 mois j’ai essayé de le faire revenir sur sa décision je lui ai proposé d’aller voir dans une autre clinique pour recevoir les soins nécessaires, mais je n’ai pas réussi parce que les médecins criminel ne lâche pas leurs proies facilement et une personne en détresse est facile à manipuler

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