Artistes français : les six meilleurs biopics jamais réalisés (selon nous !)

Marion Cotillard ne joue pas Piaf ; elle est Piaf.
Capture d'écran BA
Capture d'écran BA

À l’occasion de la sortie de Moi qui t’aimais, biopic consacré au couple formé par Yves Montand et Simone Signoret, tout en attendant ceux qui devraient bientôt retracer les vies du général de Gaulle et de Johnny Hallyday – lesquels ne vivaient pas en couple, précisons-le –, pourquoi ne pas revenir sur six réussites du genre ? En effet ces biographies filmées sont-elles depuis longtemps un genre cinématographique à part entière. En privilégiant chanteuses et chanteurs, bien sûr, et franco-français ou francophones, il va de soi.

Aline, de Valérie Lemercier (2020)

Comme son nom ne l’indique pas tout à fait, Aline est dédié à Céline Dion qui, certes, n'est pas française mais québécoise tout de même. Une fantaisie due à celle de Valérie Lemercier, qui ne fait jamais rien comme personne. Par exemple, elle refuse que l’on filme ses « seule en scène » au motif que chaque représentation est, par nature, unique. Pourquoi pas. C’est bien son droit. D’ailleurs, elle ne fait pas ici œuvre d’historienne, précisant qu’il s’agit « d’une fiction librement inspirée de la vie de Céline Dion ». Pourtant, pas la peine d’être fanatique de la chanteuse québécoise, dont la voix peut parfois évoquer une otarie à laquelle on tenterait d’arracher ses petits, pour apprécier l’exercice de style, tant il est empreint de sincérité. La famille de la principale intéressée n’a pas apprécié et l’a fait savoir à grand bruit, dans la presse locale. En revanche, un admirateur inattendu a estimé que « le film est vraiment réussi et qu’on y retrouve la belle histoire d’une diva, d’une famille, et peut-être même d’un peu du peuple québécois ». Il s’agissait du journaliste Mathieu Bock-Coté, qui écrivait alors au Journal de Montréal, avant de devenir la vedette de CNews qu’on sait.

Cloclo, de Florent-Emilio Ciri (2012)

Florent-Emilio Siri est un touche-à-tout brillant. En 2001, il signe Nid de guêpes, film d’action qui pourrait en remontrer au Piège de cristal (1988), de John McTiernan. Avec Claude François, nous sommes ainsi bien loin de Bruce Willis, sachant que c’est le frêle Jérémie Renier qui s’y colle dans le rôle de l’idole des filles – et de leurs mères, aussi. Le résultat est époustouflant ; la mise en scène également, avec cette plongée au cœur des années 60 et 70 : pas un seul bouton de bottine à talon compensé ne manque à l’appel, mais là n’est pas l’essentiel. En effet, à rebours des conventions du genre, Siri ne verse pas dans l’hagiographie, n’épargnant en rien le chanteur, maniaque, psychorigide, tyrannique, dragueur compulsif et pas tout à fait né le jour de la Saint-Modeste. Mais en le dépeignant tel qu’il fut, les lauriers qu’il lui tresse n’en brillent que davantage. Le résultat est tout bonnement électrisant.

Gainsbourg (vie héroïque), de Joann Sfar (2010)

Joann Sfar, n’est pas cinéaste, puisque auteur de bande dessinée réputé, notamment grâce à sa série du Chat du rabbin. Mais, en passant du pinceau à la caméra, il ne démérite pas ; loin de là. Plus qu’un simple biopic, son Gainsbourg est une rêverie, où l’on voit l’artiste en proie aux tourments : son physique, qu’il n’aime pas, son talent, dont il doute, et sa judéité, dans laquelle il voit parfois un fardeau. D’où des scènes parfaitement oniriques dans lesquelles un Gainsbourg, en dessin animé, dialogue avec un Serge pas plus étonné que ça de dialoguer avec son double, façon Walt Disney. On y voit évidemment passer les femmes de sa vie, Brigitte Bardot surtout. Puis Jane Birkin, évidemment. Le fil conducteur de ce film pas tout à fait comme les autres ? L’angoisse existentielle qui étreignait ce créateur hors du commun qui fut aussi peintre insatisfait. Un soir de déprime, il brûla ainsi toutes ses toiles dans son atelier. Pour aller, ensuite, faire la tournée des bars, ses nuits durant. C’est d’ailleurs chez Castel qu’il se lia d’amitié avec une certaine Yann Le Pen qui, elle aussi à l’époque, trainait un fardeau guère plus léger que le sien.

Guy Jamet, d’Alex Lutz (2018)

Et si le meilleur biopic du genre était consacré à un musicien imaginaire ? Probablement, tant le Guy Jamet – aucun rapport avec notre cher éditorialiste de BV – d’Alex Lutz est un authentique joyau. Guy Jamet, c’est un chanteur populaire, mais dont la popularité appartient désormais au passé et qui vit quasiment sur un unique tube, Dadidou. Certes, il n’est pas ruiné, mais pour continuer de maintenir un certain confort, sa vie n’est plus qu’incessantes tournées se résumant à un bus à bord duquel, en compagnie de ses musiciens, il arpente la France des oubliés, là où les stars ne vont jamais. Ces galas de province, c’est un peu le cimetière des éléphants, et d’autres que Guy pourraient en concevoir de la rancœur ; pas lui. Notons qu’Alex Lutz, non content d’officier comme metteur en scène, incarne de plus cette vedette fatiguée. Il y est poignant de vérité, quand évoquant ses heures de gloire, mais aussi touchant, dès lors qu’il s’agit de faire de même d’une fin de carrière difficile, mais non sans dignité. Gageons que nombre de chanteurs ont dû se reconnaître dans ce film en forme d’hommage à ces artistes qui, vaille que vaille, persistent à durer.

Jean-Philippe, de Laurent Tuel (2006)

À quoi pourrait ressembler un monde sans Johnny Hallyday ? Et sans Fabrice Luchini, aussi ? C’est l’étrange postulat posé par Laurent Tuel. Pourtant, dans son film, on voit Jean-Philippe Smet, mais qui, ayant manqué une audition cruciale, n’est jamais devenu Johnny, tandis qu’un certain Chris Summer – épatant Antoine Duléry – devient star à sa place. Quand à Fabrice, il n’a encore rien du Luchini qu’on connaît. Bref, il s’agit d’une sorte d’uchronie. Pourtant, Luchini sait que Johnny existe, même si, après un choc violent à la tête, il se réveille sans Johnny. Mais comment obliger le pauvre Jean-Philippe Smet, simple gérant de bowling, d’enfin accomplir son destin d’idole des jeunes ? Pas simple. De la sorte expliqué, tout cela semble hautement foutraque, mais le résultat est au rendez-vous. C’est à la fois tendre et drôle, ironique et respectueux. Et magnifiquement interprété, grâce à la merveilleuse Caroline Cellier et à un Johnny qui, même acteur limité, n’a pas trop à se forcer pour jouer Hallyday. On dit que les fans ont adoré, surtout pour le final tourné au Stade de France. Ils ne s’y sont pas trompés.

La Môme, d’Olivier Dahan (2007)

Il y a, décidément, un mystère Marion Cotillard. À l’entendre, quand interrogée par les journalistes, on voit bien que nous n’avons pas là affaire au couteau le plus affûté du tiroir. Mais quand elle se donne à fond dans un rôle, pardon ! Ici, elle ne joue pas Piaf ; elle est Piaf. D’ailleurs, pour ce rôle, le metteur en scène Olivier Dahan ne voulait qu’elle. Pari gagnant, Marion Cotillard ayant été récompensée du César™ de la meilleure actrice, accompagné de cinq autres statuettes ; et, surtout, d’un Oscar™ dans la même catégorie, doublé d’un autre dans celle du meilleur maquillage, l’année de sortie de ce film ayant connu un véritable triomphe à l’international. Il est vrai que tout cela est amplement mérité, vu la qualité du résultat. Du point de vue véracité, rien n’est passé sous silence du parcours tumultueux de la môme Piaf : sa vie sentimentale plus qu’agitée, l’amour fou qu’elle portait à Marcel Cerdan, passion d’autant plus douloureuse que le boxeur était déjà marié et qu’elle se sentait coupable de briser un ménage, ses addictions diverses (alcool et drogues), mais aussi la foi catholique tenace qui lui permit de tenir debout, malgré une sensibilité exacerbée et un indubitable mal de vivre. Bref, un classique. Peut-être un brin académique – ce qui fait un peu désordre, dans cette sélection –, mais un classique tout de même.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

9 commentaires

  1. « Marion Cotillard ne joue pas Piaf ; elle est Piaf ». Euh on parle bien de Marion Coquillard ? Non elle piaffe. :)

  2. Je suis étonnée que vous n’ayez pas mentionné le film sur  » DALIDA » de Liza AZUELOS. Pour moi, l’un des meilleurs. Je suis d’accord pour le choix d’ALINE de Valérie LEMERCIER. Il ne faut pas que les déclarations hors sol de Marina FOÏS empêchent d’aller voir le film. Elle joue très bien et est très crédible en Simone SIGNORET. J’apprécie bcp Roschdy ZEM mais là, il y a une erreur de casting.

  3. Je n’aime pas les biopics. Ils ne reflètent même pas la vérité, qui est « arrangée » dans le sens désiré.

  4. Mon préféré, le dernier biopic consacré à Charles Aznavour … avec une actrice jouant Piaf exceptionnelle !

  5. Presque uniquement de la variété médiocre… Comme si les seuls biopics intéressant devait parler de ces chanteurs et chanteuses pour midinettes…

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