[ANIMAUX] Le sanglier, emblème gaulois, reprend ses droits partout en France

Une nouvelle application, Gibier pour tous, met en rapport les chasseurs et les consommateurs.
Photo de Pixabay: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/sanglier-noir-236684/
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Les siècles passent, les millénaires aussi et la Gaule reste une terre de sangliers. Nos ancêtres seraient surpris de voir les compagnons des dieux Lug et Cernunnos proliférer à ce point. D’où des problèmes, et quelques solutions.

On estime à plus d'un million la population de sangliers en France, en se basant sur un abattage de 800.000 à 850.000 bêtes par an — on en abattait 35.000, environ, au début des années 1970. Le sanglier, alors, était rare ; il est devenu banal. Collision avec des trains, des voitures : en Anjou, fin août, une voiture en a tué 19 lors d’un choc mémorable. Il y a quelques jours, à Antibes, une inhumation a dû être reportée, des marcassins s’étant installés dans le caveau familial.

Des dégâts qui ont un coût

Il y a l’exemple de Rillette, témoin d’une belle amitié entre l’homme et l’animal, mais pour les agriculteurs, le sanglier est synonyme de dégâts. Dans l’Hérault, certains viticulteurs estiment perdre 20 % de leur récolte à cause du sanglier. Gourmand de raisins, il dévaste les pieds de vignes. L’animal aime aussi le maïs dit « laiteux » (lorsqu’il arrive à maturité) et saccage allègrement les parcelles.

Ayant la main sur la régulation de la population, les fédérations départementales de chasseurs ont l’obligation d’indemniser les agriculteurs dont les cultures sont dégradées. 85 % du budget des fédérations y passent, les mettant dans de grandes difficultés. Pour améliorer le dispositif, une proposition de loi a été déposée par les députées Hélène Laporte (Lot-et-Garonne, RN) et Stéphanie Galzy (Hérault, RN). Elle propose un financement par une dotation de l’État, par des fonds européens et des contributions des fédérations de chasseurs et des propriétaires ayant formé opposition à la chasse sur leur terrain.

L’initiative Gibier pour tous

Plus de 800.000 sangliers tués par an, cela fait de la viande ! « Le sanglier est consommé par le chasseur et son entourage. L’autoconsommation est une tradition — et une très belle tradition —, mais elle ne suffit plus à écouler les stocks », explique, à BV, Charlotte de Fougères, qui préside C2F Concept, prestataire spécialisé dans la filière gibier. Certains sangliers partent dans la transformation mais, constate-t-elle, « la logistique est lourde pour transporter un sanglier de la forêt à l’atelier de préparation, et ce, en un temps record ! »

C’est là qu’intervient l’application Gibier pour tous, créée par C2F Concept avec la fédération de chasse du Cher. Elle met en lien un chasseur et un consommateur. Du circuit court, local et à prix très bas, de 1 euro à 4 euros le kilo ; ou 20 euros la bête ; ou, tout simplement, le don. Le gibier est livré « entier, sous peau, et éviscéré ». Cela ne demande-t-il pas un peu de savoir-faire ? « Il faut se retrousser les manches, nous répond Charlotte de Fougères. Comme nos anciens faisaient, après tout ! »

Une viande écologique

Elle se souvient de l’une des premières utilisatrices de l'application : une veuve avec trois enfants à charge, en zone rurale, et qui cherchait une viande pas trop coûteuse. Cette femme a reçu deux petits sangliers. Ne sachant qu’en faire, « elle a frappé à la porte de la fédération de chasseurs, raconte Charlotte de Fougères. Le système D s’est mis en place : un voisin l’a aidée à les préparer. "Grâce à vous", a-t-elle témoigné, "j’ai rempli mon congélateur. La préparation a été une vraie activité familiale. Et j’ai pu offrir un vrai repas de Noël à mes enfants…" »

L’application met en avant une viande « responsable » qui constitue « une alternative durable » et préserve « nos ressources énergétiques » : des termes qu’on a l’habitude de trouver chez les écolos plus que chez les chasseurs. Mais Charlotte de Fougères en est persuadée : « Le gibier est une alternative carnée à empreinte carbone faible qui répondra aux enjeux de souveraineté alimentaire. Énormément de gibier commercialisé en France est importé de Nouvelle-Zélande et d’Europe de l’Est… alors qu’on pourrait être auto-suffisant. » Alors, par Toutatis, n’hésitons pas à mettre du sanglier à nos menus ! Certes, nos ancêtres les Gaulois n’en consommaient pas tant que les albums d’Astérix l’ont fait croire. Mais ce gibier abondant, bio et identitaire, a tout d’une viande d’avenir.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Il y en a partout et ce sont les chasseurs qui paient les dégâts. Cependant si j’en vois un, je ne peux le tirer = Battues seulement et je peux vous assurer qu’ils ne sont pas sourds. Ah la France…

  2. En Bretagne, on ne trouve du gibier, dont le sanglier, qu’en fin d’année pour les fêtes, et à des prix!… Il faut réintroduire sa consommation. À moins que l’UE y mette son…grain de sel!

  3. Les deux députées RN devraient déjà regarder de plus prés leurs renseignements car les chasseurs paient les dégâts des sangliers depuis plusieurs années et l’État depuis peu pour l’agrainage il n’est pas necessaire car maintenant ils vont en ville les poubelles sont,dehors alors bonjour les dégats

  4. Éviscérer un sanglier de 40 kg, c’est déjà du boulot que peu de gens de nos jours sauraient faire, surtout chez les Écolos. Comment éliminer ensuite les abats ?

  5. Le problème du sanglier, c’est que ce n’est pas un veau. Faut-il le chatrer pour lui donner du goût ? Il n’a pas envie de suivre l’exemple du cochon quand on voit qu ‘on ne peut plus lui souhaiter sa fête. Sans son cocorico, la France est un chapon en deuil. Un jour nos boulangeries interdiront aux quiches lorraines de chanter Sambre et Meuse. Augias jouait du balai dans ses écuries mais qui mettra nos porcheries à l’heure du jambon-beurre ? Seul Dieu est grand et le marcassin est petit.

  6. Il convient de dé-normer l’accès à la chasse. Devenir chasseur est devenu, depuis quelques années, un vrai parcours du combattant…. et les rares chasseurs qui restent (et qui le sont devenus au temps où il n’y avait pas toutes ces normes) ont maintenant une moyenne d’âge supérieure à 60ans.

    • Oui et je confirme. Ils en ont plus que marre – eux qui ont fait au minimum leur service militaire, d’un empilement de règlements stupides mais visant tous à notre sécurité…Le bon sens et l’expérience sont les seules choses auxquelles on ne fait pas appel.

  7. Pourtant à écouter les chasseurs je n’ai pas l’impression qu’ils en abattent tant que ça et quand à partager leur butin….. et ce dans plusieurs régions

    • On en abat beaucoup, mais quand vous avez un sanglier dans votre congélateur, cela suffit pour l’année. Le problème est la commercialisation en raison des normes sanitaires complexes. Il vient d’avoir des aménagements, mais jusqu’à présent quand on faisait une battue, il fallait prévoir un véhicule pour en charger au moins 5 ou 6 pour l’équarrisseur car tout le monde était saturé.

  8. Les écolos tellement sincères vont applaudir et soutenir ce circuit court ! Et ce,d’autant plus, que cette viande est saine, bio et que les animaux sont abattus pat armes à feu et non pas égorgés bestialement et agonisant durant plusieurs minutes.

    • Pourquoi dites vous que cette viande est bio? Les animaux sauvages savent distinguer et ne mangent pas de maïs et autres cultures traités aux pesticides ?

  9. il ne faut quand même pas oublier la Trischinella, qui infeste le sanglier et qui est transmissible à l’homme, en cas de consommation de viande mal cuite! donc, sanglier = daube cuite longuement….

    • De toute façon, la viande de porc et sanglier se mange bien cuite, mijotée longuement avec si possible après une marinade de 24h. dans du vin rouge et des épices. Mais ça, aujourd’hui, peu de gens savent cuisiner le gibier…

  10. Le croisement de sangliers et de cochons domestiques a fait des portées plus importantes, l’arrêt du tir à la chevrotine au profit de balle a participé au ratage de tir, une chevrotine 9 grains et plus efficace à courte distance vu la gerbe qu’elle fait par rapport à une balle de 7mm

    • D’accord avec vous, mais allez dire aux écolos et bien pensants qui ont interdit le tir de la chevrotine sur le continent français, mais parfaitement autorisé en Corse ?

    • Toutes les études génétique sérieuse de l’ONCFS et de l’OFB démentent cette rumeur de croisement.
      Quant à la chevrotine, c’est une munition dangereuse car elle ricoche beaucoup et elle blesse trop souvent sans tuer. Les carabines modernes avec leurs munitions adaptées sont bien plus efficaces et éthiques que la chevrotine.

    • « Le croisement de sangliers et de cochons domestiques a fait des portées plus importantes » Comment expliquez vous la croissance démographique dans TOUS les pays, y compris le magreb ?
      « l’arrêt du tir à la chevrotine au profit de balle a participé au ratage de tir ». L’efficacité de la chevrotine est limitée à une petite quinzaine de mètres, dans mon département nous utilisons la chevrotine, et il n’y a jamais eu autant de gibief blessé, mais pas beaucoup plus de gibier tué …

    • La chevrotine blesse plus qu’autre chose et je ne me réjouis pas de voir partir un bestiau qui va finir par crever très loin et au bout de je ne sais combien de temps. Un calibre adapté (9.3 x 62 par exemple) est radical et tiré – évidemment en tir fichant la balle s’enfonce dans la terre alors que la chevrotine peut ricocher.

  11. Pour avoir vécu en bordure de forêt domaniale, je peux vous dire qu’un sanglier peut vite « retourner » un champ de patates ! …
    Le sanglier n’a pas de prédateurs « naturels » à part l’homme car les loups préfèrent le mouton ! …
    Les « chasseurs » les engraissent pour les faire se reproduire et les « fixer » sur une zone ! … Et ensuite leurs font des battues de régulation ? ! …
    Un sanglier n’a pas beaucoup de « naissances » lorsqu’il y a moins de nourriture alors il est facile de comprendre que l’agrainage « facilite » la reproduction ! …

    • bien d’accord , en ce moment chez nous en Sarthe ils viennent au ras des maisons et détruisent les terrains herbeux et les abords de la nationale le Mans Paris et ils font des dégâts.

    • Vous confondez agrainage de dissuasion et nourrissage qui est interdit. Mes portées sont toujours aussi nombreuses à cause du réchauffement climatique et des changements de pratique agricole.

    • Même si l’agrainage est interdit…?
      « Un sanglier n’a pas beaucoup de « naissances » lorsqu’il y a moins de nourriture » alors arrêtons de cultiver du maïs…

      • Les sangliers vous retournent pour manger tout aussi bien un champ de pommes de terre, de choux, de betteraves, ou n’importe quelle autre céréale. Le maïs a bon dos.

    • Les loups peuvent attaquer un très jeune marcassin isolé ou un vieux malade, mais fuient devant un sanglier en pleine forme. Mieux vaut attaquer un paisible mouton ou un veau.

    • Oui, car les chasseurs aiment tellement tuer. Je me suis laissé dire qu’il y a quelques années, le nombre de sangliers étant trop bas (pour les chasseurs), « on » en a importé pour remédier au problème (de ces chasseurs). Ces sangliers, qui ont dû s’adapter à un nouveau climat, se sont peut-être trop reproduits et comme, en plus, leur habitat rétrécit sans cesse, ils se retrouvent toujours plus proches des villes et villages. Je suis déç qu’aucun lecteur de BV n’ait pris la défense des sangliers.

  12. Pourquoi ne pas faire participer les mouvements éscrologistes, les antichasse, les parcs naturels et autres réserves ?

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