À Notre-Dame de la Treille, on ne lancera pas d’appel à la prière islamique !

Régulièrement, « la messe pour la paix » fait polémique : d'aucuns tiennent absolument à invoquer Allah dans une église.
Capture d'écran Église catholique en France
Capture d'écran Église catholique en France

Une fois encore, L’Homme armé : une messe pour la paix fait polémique. Cette fois-ci, c’est à Lille, dans la cathédrale Notre-Dame de la Treille, que devait être chantée, le 13 mars, par L’Orchestre universitaire de Lille, l’œuvre composée par Karl Jenkins, en 1999, en mémoire des victimes du Kosovo. Dans un communiqué, la cathédrale a expliqué avoir demandé le retrait de deux passages de la composition musicale « pour des raisons cultuelles : un appel à la prière musulmane et un appel à la croisade chrétienne », expliquant que « cette demande s'inscrit dans l'attention portée au respect de la nature religieuse du lieu ». Mais, l’orchestre ayant refusé, le concert a tout simplement était annulé.

Messe pour la paix ou pomme de la discorde ?

Messe pour la paix, dit le titre de l’œuvre. Pourtant, chaque année, il semble qu’elle relance la polémique et la discorde. Il faut dire que l’œuvre est une drôle de soupe, une sorte d’ode au patchwork du vivre ensemble, une tentative d’harmonie entre opinions, croyances et cultures discordantes. C’est encore Radio France qui, tentant d’en vanter les mérites, définit le mieux cette sorte d'assemblage hétéroclite : « Chez Karl Jenkins, en revanche, le thème est clairement identifiable. Il ouvre et ferme sa Messe pour la paix dans une harmonie contemporaine et épique. Il se mêle un appel à la prière islamique, des psaumes bibliques, mais aussi des textes profanes de Rudyard Kipling ou d’un survivant anonyme d’Hiroshima. Une messe universelle, en somme, une prière pour la paix… » Un joyeux mélange d’angélisme et de naïveté, d’œcuménisme et d’irénisme, d’idéologie mondialiste et de pacifisme niais. Aussi, loin d’être l’hymne à la paix qu’il avait l’ambition d’être, le morceau est surtout la pomme de la discorde.

Parce que ce n’est pas la première fois que l’appel à la prière islamique lancé dans une église révolte et indigne les catholiques. Ainsi, en mai 2019, le morceau avait été chanté aux Invalides pour les vingt ans de la « paix » au Kosovo : dans une tribune, des militaires s’étaient offusqués, auprès de BV, de cette « profanation, infiniment scandaleuse autant que douloureuse à [leurs] cœurs d’officiers et sous-officiers français et chrétiens », dénonçant « un événement d’une gravité exceptionnelle : le Coran psalmodié (en chaire !) dans une église catholique, et quelle église ! La cathédrale des Soldats ! » De la même façon, notre éditorialiste Georges Michel, particulièrement bien placé pour parler de la guerre au Kosovo, n’avait pu ressentir qu’« incrédulité, honte et colère » en apprenant la tenue de ce concert. Étrangement - et ce n'est pas faute d'avoir cherché -, difficile de trouver un concert de cette Messe pour la paix dans une mosquée.

Messe pour la paix ou provocation obstinée ?

C’est bien un marronnier, à tel point qu'on en viendrait même à se demander dans quelle mesure l’acharnement à vouloir absolument chanter cet appel à la prière islamique dans une église ne tient pas de la provocation. Ainsi, « deux interprétations de L’Homme armé : une messe pour la paix, du compositeur britannique Karl Jenkins, ont été annulées à Nantes et à Saint-Nazaire, à la suite des intimidations venues des sphères catholiques intégristes, a appris Le Figaro, confirmant une information de Ouest-France. Une volte-face qui intervient quelques mois après un concert polémique de la même œuvre, donné en novembre en l’église de la Trinité, à Paris », pouvait-on lire dans Le Figaro, en février 2024. Le média, d’ailleurs, qui n’a vraiment pas peur du ridicule, explique que « l’œuvre était peut-être trop contemporaine, trop universelle ». Manifestement difficile, pour le quotidien, de comprendre que pour les catholiques, entendre chanter notamment « Je témoigne qu'il n'y a pas de Dieu, excepté Allah. Je témoigne que Mohamed est le messager d'Allah » dans une église, à défaut d'être universel ou contemporain, est surtout choquant et provocant.

Cette année, c’est donc à Notre-Dame de la Treille qu’a lieu la redondante polémique. Le recteur de la cathédrale de Lille, le père Bruno Mary, explique Damien Fabre, à l’origine du compte Instagram Religare, a décidé d’annuler le concert prévu ce 13 mars devant le refus de l’Orchestre universitaire de retirer les passages incriminés. Cela avait été pourtant le cas en 2014, rappelle Notre-Dame de la Treille, dans son communiqué, lorsque ce morceau y a été chanté. Peut-on faire un appel à la prière islamique dans une cathédrale ? Celle de Lille a tranché : c’est non ! Le même communiqué évoque aussi « un appel à la croisade chrétienne » qu'il aurait fallu retirer. Pourtant, sur Instagram, l'orchestre, lui, affirme que « contrairement à ce qui a pu être indiqué par la cathédrale dans son communiqué, aucune demande de suppression concernant "l'appel à la croisade" n'a été évoquée avec les organisateurs. L'association ignore d'ailleurs à quel mouvement précis cet "appel à la croisade" fait référence, aucun mouvement ne portant ce titre dans l'œuvre de Karl Jenkins. » Effectivement, difficile d'identifier quel passage pourrait être considéré comme un appel à la croisade. Était-ce un moyen de se dédouaner, d'éviter une éventuelle accusation d'islamophobie ? Contacté par BV, le responsable de la communication de la cathédrale n'a pas répondu.

Messe pour la paix ou prétexte idéologique à la fronde anticatholique ?

Si ne pas prier Allah dans une cathédrale vous semble élémentaire, sachez que ce n’est pas le cas de tout le monde, et chaque année renaît la polémique : l'obstination confine à la provocation. Avec deux communiqués publiés sur Instagram, l’Orchestre universitaire de Lille explique que pour se produire à Notre-Dame de la Treille, « une modification substantielle de l'œuvre [leur] a été demandée, avec la suppression du 2e mouvement : Call to Prayers, qui reprend le thème de l'appel à la prière musulmane ». Or, « selon [eux], le retirer contredirait le message de paix que porte l'œuvre » et ils « [ont] donc fait le choix d'annuler ce concert afin de ne pas présenter une version tronquée de l'œuvre de Karl Jenkins ». Soit… pourtant, justifiant une solidarité financière entre associations, le 7 mars dernier, ledit orchestre a joué le même morceau dans l’église Notre-Dame-des-Fièvres à Halluin en remplaçant l’appel à la prière par une minute de silence. C'est donc que cela ne devait pas être si dénaturant que cela pour l'œuvre de Jenkins...

On se demande alors si La Messe pour la paix ne sert pas plutôt de prétexte à une bataille rangée idéologique où l’obstination de certains à chanter la prière islamique dans une église catholique tient plus de la provocation que du pacifisme.

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Vous parlez d’oecuménisme (Un joyeux mélange d’angélisme et de naïveté, d’œcuménisme et d’irénisme, d’idéologie mondialiste et de pacifisme niais. ) Non il ne s’agit pas d’oecumènisme mais de syncrétisme carl’islam n’est pas chrétien (le syncrétisme étant prière commune de deux religions dont une n’est pas chrétienne, l’eocuménisme étant la prière commune entre deux ou plusieurs religions chrétiennes!) ce qui ne peut être admis par l’église catholique.

  2. L’eau et l’huile ne se mélangent, le palmier vit dans le sable ,le chêne ,lui vit dans l’argile.
    Il ne faut pas comparer Religions et secte belliqueuse.
    Dieu protège le monde , oui, mais celui dans lequel ,il faut aimer l’autre sans mauvais desseins.!

  3. Ces épisodes du vivre ensemble ne sont possible par la complaisance d’évêchés qui se sont depuis longtemps éloignés de la pastorale chrétienne. Un exemple qui m’a consterné, lors de l’inauguration de Notre Dame ou les officiants étaient déguisés aux couleurs de Disney land, quelle honte, quelle médiocrité de la part de ces gens, mais, ils ont surement une haute opinion d’eux mêmes.

  4. Qu’on vienne m’expliquer que la guerre du kosovo n’est pas un conflit inter religieux entre les orthodoxes serbes et les musulmans albanais…
    L’islam avance masqué, parle de paix et d’amour pour mieux s’installer pour ensuite s’imposer dans les espaces publics, usant de provocations, victimisations et violences…
    L’islam est incompatible en occident.

  5. Allah reste dans les mosquées, le Christ dans les églises et les moutons seront bien gardés. Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes. Une, lutte pour le bien contre le mal et l autre ….
    C est encore des théories d athées. Tout le monde est beau et gentil !

  6. J’ai longtemps vécu en Afrique dans une zone où la population était partagée entre chrétiens et musulmans. L’évêque et le sultan du lieu étaient les meilleurs amis du monde et s’honoraient de leur présence lors de certaines fêtes religieuses. Mais jamais ‘i l’un ni l’autre n’a entamé de chant religieux inadapté, qui dans la mosquée, qui dans la cathédrale.

  7. Insidieusement, entre les lignes, une nouvelle tentative de « diabolisation » des croisades, sachant que nous autres « souchiens » descendons le plus souvent de croisés, croisades, qui, l’histoire le sait pourtant, ne furent que défense de Jérusalem…

  8. Avec notre chorale, nous avons chanté le « Stabat Mater » du dit Karl Jenkin.
    Certains morceaux me donnaient l’idée que nous étions en enfer.
    Ceci peut effectivement être le cas vu la souffrance de Marie, mais le dernier morceau « Paradisi gloria » m’a vraiment donné la sensation d’y être!
    Au point que je ne sais pas où j’ai rangé la partition (peut être l’ai-je jetée)

  9. Comment expliquer que dans un pays où la laïcité a fait l’objet d’une loi invoquée par certains pour interdire l’élévation de tout nouveau monument rappelant notre héritage chrétien, des mosquées aient pu voir le jour. La lâcheté des politiques a servi de terreau à une guerre civilisationnelle. Qu’elle est loin la sagesse d’un serviteur de la nation qui avait bien compris que l’unité de son peuple reposait sur une religion commune.

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