Le sondage hebdomadaire IFOP, attendu par les uns, redouté par les autres, est tombé vendredi soir et enregistre un croisement des courbes entre Zemmour et Le Pen, ce qui ouvre au candidat de Reconquête la porte du second tour. Aucun sondage depuis l'automne n'avait placé Éric Zemmour au second tour. Les mouvements entre les trois candidats sont certes minimes et dans la marge d'erreur (+0,5 pour Zemmour, -0,5 pour Le Pen) mais semblent enregistrer des dynamiques. Toute la question est de savoir si elles vont se prolonger ou pas.

Les événements de la semaine écoulée expliquent sans doute le passage en tête d'Éric Zemmour. Ce ne fut, en effet, que déconvenues pour Marine Le Pen et Valérie Pécresse. Le départ de nombreux cadres du RN - Nicolas Bay après Stéphane Ravier, Gilbert Collard et Jérôme Rivière - pour l'une, son discours raté du Zénith pour l'autre les ont, tout au moins pour un temps, affaiblies.

D'où ces transferts de voix à l'intérieur de l'électorat de droite. Ils ne sont probablement pas terminés. D'après un autre sondage de la semaine (Odoxa pour L'Obs et Mascaret), la candidate LR perdait 7 points depuis décembre, à 12 %, permettant à Éric Zemmour de la devancer pour la première fois depuis sa désignation à la primaire. Mais cet effondrement de Valérie Pécresse ouvre une marge de progression supplémentaire à Éric Zemmour. D'après Guillaume Tabard, du Figaro, c'est même le prochain épisode qu'il aurait théorisé en décrivant la candidate LR « se hamoniser ». En effet, « pour Éric Zemmour, il ne s’agit pas d’une question conjoncturelle, mais structurelle. D’espace politique. Il reste convaincu de l’incapacité de Valérie Pécresse à incarner une alternative clairement de droite et suffisamment opposée à la ligne incarnée par Emmanuel Macron. Et que, dès lors, elle subira le même sort que Benoît Hamon. En 2017, bien qu’investi par une primaire et parti haut dans les sondages (jusqu’à 18 %), le candidat socialiste, faute d’élan et prisonnier d’une logique partisane moribonde, avait été dépouillé de son électorat social-démocrate par un Emmanuel Macron menant une campagne joyeuse et de son électorat radical par un Jean-Luc Mélenchon menant une campagne offensive et disruptive. » On peut donc s'attendre à un double siphonnage des voix Pécresse, par Macron et par Zemmour.

Et du côté de Marine Le Pen ? La marge de progression est moins évidente pour Éric Zemmour. Il devrait donc continuer à cibler l'électorat LR pour l'attirer et Emmanuel Macron pour crédibiliser sa position de leader de la droite.

En tout cas, l'hypothèse d'un second tour Macron-Zemmour réjouissait les partisans des deux camps. Et, selon RTL, l'entourage du Président sortant l'a désormais intégrée : « Le chef de l’État pense depuis quelques jours qu’Éric Zemmour est un possible adversaire de second tour. À 50 jours du scrutin, une même intuition est partagée autour de ces deux candidats : celle que Valérie Pécresse va décrocher. »

Cette qualification éventuelle d'Éric Zemmour pour le second tour exprimerait le désir des Français d'avoir le débat le plus tranché. Le camp Macron y voit même un avantage. Toujours selon RTL, « un conseiller d’Emmanuel Macron estime que Macron/Zemmour, c’est ce que veulent les Français et un second tour Macron/Zemmour peut amener plus d’électeurs aux urnes qu’un match retour Macron/Le Pen. »

Et RTL croit encore savoir que la perspective d'affronter Éric Zemmour pousserait le Président sortant à vouloir « cogner fort » contre la vision de la France du candidat Reconquête. Tout en réactivant la stratégie de « front républicain ».

Est-ce vraiment le bon angle d'attaque ? Le lexique guerrier et excessif n'a pas réussi à Emmanuel Macron. Et réduire la vision de la France d'Éric Zemmour à un pétainisme apparaîtra tout aussi grossier. Il lui faudra trouver autre chose pour être à la hauteur et ne pas stigmatiser, à nouveau, des millions de Français.

En tout cas, si l'équipe Macron retient sérieusement l'hypothèse d'un second tour face à Éric Zemmour, avant même la publication de ce sondage, c'est qu'elle constitue bien un tournant dans la campagne. Et, du côté des partisans de Reconquête où l'on soulignait que ces croisements de courbe arrivent au bon moment, celui de la cristallisation de février, l'ambiance était euphorique, à la veille du nouveau meeting programmé au Mont-Saint-Michel.

19 février 2022

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