Yves Bonnefoy s’est éteint ce 1er juillet à Paris. Yves Bonnefoy, pour tous ceux qui l’avaient rencontré, se manifestait d’abord par une présence, une écoute, une voix. Présence dans un amphithéâtre d’ de province, où il venait lire ses poèmes de cette voix grave, rauque ou nouée. Écoute et simplicité lors des échanges informels avec ses lecteurs. C’était aussi une écriture manuscrite sur les enveloppes, les lettres, les mots qu’il échangeait généreusement avec des amis lointains.

Non pas seulement un nom, une bibliographie donc, mais un homme profondément ancré dans le réel et le concret de l’existence. Brosser ce rapide portrait, c’est entrer de plain-pied dans une œuvre et une esthétique poétiques inlassablement portées par ce désir d’un accès plus plein et plus vrai au réel et à la “vérité de parole”.

Né en 1923 à Tours d’un père ouvrier, tôt disparu, et d’une mère institutrice, il sera marqué par cette enfance « d’autrefois » partagée entre grisâtre de la ville de “l’exil” et la lumière des causses du Quercy et du Rouergue, berceau de la maternelle retrouvé à chaque vacance. Déchirement évoqué dans L’Arrière-Pays, en 1972. Mais l’enfance, c’est aussi l’école, et Yves Bonnefoy redira souvent son émerveillement à la découverte du latin : un autre monde lui était soudain révélé. Puis ce furent des études de mathématiques, à Paris, mais surtout d’immenses lectures, et une vocation poétique.

Très tôt marqué par le surréalisme et ses impasses, conscient des limites de l’abstraction conceptuelle dès l’Anti-Platon (1947), il est unanimement salué comme un poète majeur en 1952, avec la publication du recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve. D’autres recueils suivront, jusqu’à l’émouvant Les planches courbes, où proses et poèmes, au soir de l’existence, donneront une évocation simple et forte des figures de l’enfance.

Mais cette quête de la présence, par-delà les abstractions et les idéologies, pousse aussi le poète à interroger passionnément les mythes, les peintres (Piero della Francesca, Giacometti, Goya), à lire et traduire les grandes œuvres européennes (Shakespeare, Yeats, Leopardi).

Pas d’anti-intellectualisme facile, donc, mais un recours incessant et profond à ces phares pour ce poète soucieux de soi mais aussi de la culturelle et existentielle que nous vivons, persuadé qu’il était que les poètes et les artistes en ont une perception plus aiguë, et prophétique. Poète, traducteur, historien d’art et, plus que cela, penseur discret de notre époque de crise. D’où son intérêt pour certaines époques charnières (Rome, 1630), mais aussi le XIXe siècle et la de la conscience vécue par Baudelaire et Rimbaud.

Ainsi s’est construite, depuis 70 ans, une œuvre imposante, majeure, alternant recueils de poèmes, proses poétiques, études et monographies.

Yves Bonnefoy représente le meilleur de la culture française et européenne quand elles savent se souvenir d’où elles viennent. Il est désormais devenu un phare pour nos temps oublieux et troublés.

2 juillet 2016

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