Selon , le terroriste de l’Isère “était connu des services de renseignement depuis 2004. Dix ans d’une surveillance en pointillé, finalement abandonnée, qui souligne la difficulté pour l’antiterrorisme de jauger la dangerosité de certains individus fréquentant les milieux salafistes.” Le mot “difficulté” fait presque sourire ; mais il est vrai que les journalistes du Monde, tout comme les gentils animateurs du gouvernement français, croient encore qu’un salafiste peut ne présenter aucun caractère de « dangerosité ».

Tous ces prudents, tous ces habiles tourneurs de phrases “déréalisantes” sont bien plus soucieux d’“éviter tout amalgame” que de prendre la mesure des choses. Parce qu’ils ne veulent rien dire qui pourrait froisser la communauté musulmane – particulièrement irritable en cette période de ramadan – et, surtout, parce qu’ils sont occupés à faire fructifier leur prébende morale, ils persévèrent dans leur stratégie de minimisation et d’occultation permanentes.

De là, cette approche grotesquement candide du problème. Le tueur de l’Isère avait fréquenté un converti “connu des services pour ses prêches virulents et son prosélytisme agressif”. Oui, mais en quoi un homme sous l’influence d’un tel prêcheur d’apocalypse devrait-il être considéré comme dangereux ? Qu’a-t-il donc fait de répréhensible, sinon écouter religieusement son gourou barbu ?

Au contact de cet illuminé, l’homme “s’est radicalisé dans la région de Pontarlier”. Certes, et alors ? Se radicaliser, cela veut-il dire qu’on est tout proche de décapiter un homme au nom d’Allah ? Ne peut-on pas se radicaliser pacifiquement, tranquillement, dans son coin, et vivre en bon père de famille ? Au fond, se radicaliser n’est rien. Moi aussi, je pourrais me radicaliser.

Notre paisible salafiste fait ensuite l’objet d’un signalement pour s’être rapproché du groupe Forsane Alizza, dans la région lyonnaise. Pour mémoire, ce groupe aujourd’hui dissous était soupçonné de préparer des attentats sur le sol français. Bien. Cela ne nous permettait toujours pas de lire en son cœur des aspirations méchantes. Qu’est-ce donc que “se rapprocher” d’un groupuscule terroriste ? Qui nous dit qu’ils n’échangeaient pas des pensées profondes sur le djihad intérieur ?

Un peu plus tard encore, le présumé innocent qui a vaguement songé à faire exploser une toute petite bombe à fréquente une mosquée radicale, cette fois à Besançon. Il porte la djellaba et la barbe. Mais – il faut bien le reconnaître – il n’a rien fait. On ne peut pas nier qu’avant d’assassiner sa victime, une seconde avant, il n’avait encore assassiné personne. Comme beaucoup d’assassins. À la différence de la plupart, toutefois, celui-ci annonçait son programme depuis dix ans : je suis un tueur en puissance. Je suis votre ennemi et je désire votre mort. Il est vrai qu’il en faut plus pour empêcher monsieur Cazeneuve de dormir.

30 juin 2015

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