Audio - Editoriaux - Médias - Politique - Table - 6 août 2014

Y a-t-il un pilote à bord du CSA ?

Les récentes décisions contestables et largement contestées du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qu’on se propose ici de renommer le Conseil de sabordage de l’audiovisuel, ont braqué les projecteurs sur cette Autorité aux motivations étranges, entretenant des liens troubles avec le pouvoir. Pourtant, si le CSA est régulièrement accusé de fricoter avec les majorités successives, ses derniers arbitrages ont été décriés à droite comme à gauche, et donnent le sentiment d’un organisme irrationnel et hors de contrôle, un brin “zinzin”.

Les salariés de LCI l’ont en travers de la gorge. Mardi 29 juillet, le CSA rendait son verdict, engageant de facto l’avenir de la chaîne : la filiale consacrée à l’info du groupe TF1 ne fera pas son retour à la gratuité (sur la TNT) en compagnie de Paris Première (M6) et Planète+ (Canal+), dont les demandes ont, elles aussi, été déboutées par les huiles du Conseil.

« Décision politique scandaleuse » pour Sébastien Huygue, porte-parole de l’UMP, « motivations politiciennes » pour Éric Ciotti, ce choix n’en a pas moins été jugé « injuste » par Christophe Girard, maire PS du IVe arrondissement parisien, quand Bruno Le Roux, patron des députés PS, a estimé « dommage », au nom du « pluralisme », de ne pouvoir regarder LCI en clair.

Bref, voici une décision qui ne satisfait aucun des deux bords, et pour cause. Elle flingue littéralement LCI, pionnière des chaînes d’information en France avec 20 printemps au compteur. Et apparaît d’autant plus scandaleuse que le CSA adoubait, il y a quelques années, la création de BMF TV, dans un marché déjà saturé de chaînes d’info.

Quant à Paris Première, chacun pense bien ce qu’il veut de cette chaîne boboïsante. Lui refuser l’accès à la TNT alors que NRJ 12 – fabrique à écervelés – y prospère, c’est un peu fort de café.

Mais le CSA s’est aussi distingué dernièrement en rappelant à l’ordre un certain nombre de chaînes ayant diffusé un spot montrant des enfants atteints de trisomie 21 s’adressant aux futures mamans pour les rassurer. Motif : ce spot de deux minutes trente ne susciterait pas « l’adhésion spontanée ». Argument massue, on en conviendra. Personnellement, la diffusion de la saison 6 des “Anges de la télé-réalité” ne remporte pas mon suffrage ; dois-je en faire part au CSA ?

Surtout, cette décision est d’une violence inouïe pour les enfants concernés et leurs parents, auxquels on refuse tout bonnement le droit d’apparaître à la télé. À l’origine de ce spot, entre autres, la fondation Jérôme-Lejeune, à l’œuvre depuis 20 ans pour tenter de soigner et défendre les personnes atteintes d’une maladie génétique de l’intelligence, reprend sur son site la lettre de la mère d’un enfant trisomique, affirmant avoir vécu cette intervention comme « un énorme coup de poing dans le ventre ».

Mises bout à bout, les décisions invraisemblables du CSA ces derniers temps, en plus d’apparaître bêtes et méchantes, pour ne pas dire cruelles, interrogent. Le Conseil a-t-il perdu la boule ? Y a-t-il un pilote à bord ? Le PAF n’en dort plus la nuit.

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