Annoncer que la durée du service militaire va être portée à trois ans pour se contenter au bout du compte de deux années ; faire planer la menace d’une hausse de quatre points de la TVA et la limiter à deux ; envisager une baisse massive des remboursements de la Sécurité sociale et se borner à une série d’ajustements ; agiter l’épouvantail de la retraite à soixante-cinq ans et la fixer finalement à soixante-deux… Bref, laisser craindre le pire et s’arrêter à mi-chemin de l’abîme, au grand soulagement du vulgum pecus, la méthode est éprouvée ; elle figure de longue date dans la boîte à outils des gouvernements qui ne répugnent pas à utiliser les grosses ficelles et les vieilles recettes du machiavélisme pour les nuls. Nicolas Sarkozy y recourait systématiquement, c’est tout dire.

Nous avons affaire ces derniers temps à un phénomène tout à fait différent. Confronté à des déficits abyssaux, que creusent encore les emplois aidés, et les diverses subventions et compensations qu’il jette aux catégories sociales les plus éprouvées, les plus revendicatives ou les plus intéressantes électoralement, le gouvernement actuel cherche, aussi frénétiquement que les Danaïdes leur tonneau, à remplir ses caisses vides. Aussi ne se passe-t-il guère de semaine qu’il n’invente, n’adopte en Conseil des ministres et ne fasse voter quelque taxe nouvelle, quelque impôt inédit, quelque prélèvement supplémentaire, que ce soit sur les excédents supposés des entrepreneurs, sur les maigres gains des épargnants, sur des agriculteurs au bord de la faillite, sur des transporteurs routiers aux prises avec la concurrence. Et il ne s’agit pas ici de ballons d’essai, de projets, de menaces, mais de décisions, de décrets, voire de lois. Or, annoncées le jeudi comme réfléchies, minutieusement élaborées, financièrement nécessaires et désormais effectives, ces mesures qui déchaînent aussitôt la grogne, la colère, voire la révolte des individus et des groupes concernés, sont remises en question le samedi, amendées le dimanche et retirées le lundi… jusqu’à la prochaine. Spectacle pitoyable, qui révèle semaine après semaine l’impopularité, l’incompétence et la faiblesse d’un pouvoir de plus en plus souvent réduit à pratiquer le rétropédalage.

« Capitaine de pédalo », c’est ainsi que Jean-Luc Mélénchon, il y a déjà plus d’un an, avait qualifié François Hollande. L’image était frappante et meurtrière. Sans voile et sans moteur, le pédalo, qui n’est pas fait pour la haute mer et le gros temps, n’est pas fait pour s’écarter du rivage. Sans voile et sans moteur, tout juste pourvu d’un gouvernail rudimentaire qui lui permet de naviguer à la godille, le pédalo est naturellement le jouet du vent, des vagues et des courants. Mais c’était faire encore trop d’honneur à celui qui a loué le pédalo France pour une durée, bien longue, de cinq ans, que de lui donner du galon. Sur un pédalo, il n’y a pas de capitaine, mais généralement un ou deux passagers dont le frêle engin n’avance qu’autant qu’ils ont assez de muscles et déploient assez d’énergie pour tenir le cap. Nous sommes loin du compte.

29 octobre 2013

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