Entretien réalisé par Henri Saint-Amand.


Xavier Lemoine, maire de Montfermeil depuis 2002, est vice-président du Parti chrétien-démocrate (PCD). Il s’engage pour une intervention armée afin de sauver les chrétiens d’Orient et les autres minorités persécutées par l’État islamique.

Dans un récent communiqué de presse, le PCD appelle ouvertement à « l’emploi de la force ». Qu’entendez-vous par là ? Prendre les armes ? Jusqu’où ?

Il faut bien comprendre que les chrétiens d’Irak qui sont chassés par les barbares de l’État islamique (EI) dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi sont sans défense et que les peshmergas kurdes qui les protègent ne tiendront pas longtemps. Les exactions commises dans cette région constituent de véritables crimes contre l’humanité. De plus, il n’existe aucune discussion possible avec des personnes qui sont hermétiques à tout dialogue. Les États-Unis ont commencé à prendre la mesure du problème en bombardant sporadiquement quelques positions salafistes et en fournissant des armes aux peshmergas. La France entend agir de même. Je m’en réjouis mais il faut aller plus loin. La France doit convaincre les États-Unis et l’Union européenne de réagir plus vite et ne pas permettre que la situation soit irréversible.

C’est-à-dire ? Se passer de l’ONU ?

Il faut saluer les efforts du secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, qui s’implique dans cette lourde tâche et qui doit gérer bien d’autres fronts. Cela étant, l’instance onusienne n’apporte pas une réponse opérationnelle adaptée à la nature du conflit et aux enjeux auxquels les chrétiens d’Orient sont confrontés. Les États-Unis disposent d’importants moyens. L’UE et la France doivent se mettre d’accord pour grossir ces moyens et les coordonner de manière rapide.

Quel serait l’objectif recherché par cette force internationale ?

À court terme, il faut permettre aux populations déportées de revenir là où elles vivaient auparavant. Il faut aussi les protéger, ce qui pourrait être la mission de l’ONU comme force d’interposition.

À plus long terme, il s’agit de repousser et de neutraliser ce “califat” qui s’affirme comme un élément d’instabilité de la région moyen-orientale. Je ne peux pas penser que les grandes puissances démocratiques se désintéressent de la survie ou de la disparition d’une telle entité nuisible et dangereuse à toute une région.

Selon vous, doit-on poursuivre les dirigeants de l’État islamique devant la Cour pénale internationale (CPI) ?

Ban Ki-moon a déclaré, le 20 juillet dernier, que « la persécution des chrétiens de Mossoul par les djihadistes de l’État islamique pouvait être considérée comme un crime contre l’humanité ». Les dirigeants de l’EI, s’ils sont arrêtés, devront par conséquent être traduits devant la CPI. C’est l’urgence de ce crime qui commande une riposte armée.

Au-delà des clivages politiques, je souligne l’action du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui essaie de porter la voix de la France et de la rendre plus crédible. On le sent dans les starting-blocks, prêt à agir. Mais il semble bridé, par une force supérieure, autant dans son expression que dans son action.

Par ailleurs, et compte tenu des liens qui unissent la France avec ce que le général de Gaulle appelait « L’Orient compliqué », il est de notre devoir – j’insiste sur le mot devoir – d’intervenir militairement et de façon franche. Les fins connaisseurs savent que ces pays, compte tenu du nombre important de communautés disparates, se tiennent par un pouvoir fort. Les États-Unis et la France l’ont compris un peu trop tard, que ce soit en Irak ou en Libye. En ce sens, ils ont un devoir de réparation et doivent consentir à un fort et louable examen de conscience. Ce n’est qu’en respectant l’ordre et le respect de ce multiculturalisme et multiconfessionnalisme que l’on stabilisera cette partie du monde.


Sur un plan plus focalisé sur la politique intérieure, ne craignez-vous pas d’être isolé en demandant cette intervention armée ?

Peut-être le PCD est-il isolé sur le plan de l’expression publique, mais je pense qu’au fond d’eux-mêmes, les hommes politiques dans un large spectre de gauche à droite considèrent ce “califat” comme une menace pour la paix mondiale. J’ose espérer qu’ils croient nécessaire de s’unir au plan mondial contre un tel fléau. Les hommes de bonne volonté doivent se retrouver et agir tant qu’il est encore temps.

16 août 2014

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