Economie - Editoriaux - Histoire - International - Table - 23 janvier 2017

Washington doit-il toujours craindre la dette en dollars détenue par la Chine ?

La dette en dollars détenue par la Chine n’est plus une épée de Damoclès sur la tête de Washington.

La scène se passe le 8 août 2008 à Pékin, lors du grand banquet organisé pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Hank Paulson, secrétaire d’État au Trésor, est assis aux cotés du gouverneur de la Banque de Chine, Zhou Xiaochuan. La discussion porte naturellement sur la crise financière et les Chinois ne cachent pas leurs inquiétudes. Le grand argentier chinois confie, alors, à son hôte américain qu’il a été contacté par les Russes quelques jours plus tôt pour le sonder sur une action commune qui aurait consisté à vendre en masse la plus grande partie des réserves en obligations sur le Trésor américain de leurs deux pays respectifs. Voyant Paulson blêmir, Zhou s’empressa de le rassurer en lui rapportant que la Chine avait poliment refusé la proposition de la Russie. De retour à Washington, lors d’un petit déjeuner en tête-à-tête, Paulson rapporta l’anecdote à Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, non sans l’avoir tenu en haleine pendant quelques secondes, le temps que son interlocuteur affolé en renverse sa tasse de café sur la cravate.

Cette histoire authentique illustre parfaitement une idée communément répandue, à savoir que la Chine, principal détenteur de réserves en dollars dans le monde, aurait de ce fait un levier de négociation tellement puissant qu’elle n’aurait rien à craindre d’une partie de bras de fer avec les États-Unis. Manifestement, en 2008, tant Paulson que Bernanke voyaient les choses comme ça et, aujourd’hui encore, à la faveur de l’élection de Donald Trump qui semble vouloir se rabibocher avec Poutine et en découdre avec Pékin, c’est une idée régulièrement mise sur la table. Le problème, c’est que Paulson et Bernanke et les économistes sérieux (pas ceux qui arpentent les studios de télé) ne sont plus du même avis aujourd’hui et ils ont une bonne raison pour ça.

Ce que nos deux compères ne savaient pas, à l’automne 2008, c’est qu’entre septembre 2010 et septembre 2014, la Réserve fédérale s’engagerait dans un programme massif d’achat d’obligations du Trésor, le fameux Quantitative Easing ou planche à billets, et que cela ne provoquerait aucune secousse significative en dehors d’une modeste dévaluation du dollar. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Fin novembre 2016, la Chine détenait 1.000 milliards d’obligations sur le Trésor américain. Or, en quatre ans, la Fed avait réussi à absorber 1.700 milliards d’obligations sur ce même Trésor américain. Si les Chinois devaient mettre leurs menaces à exécution, la Fed n’aurait donc aucun mal à amortir le choc. En revanche, le yuan chinois n’échapperait pas à une réévaluation très importante qui, en période de tassement de la croissance, serait fort malvenue.

Donald Trump doit-il s’en réjouir ? Pas vraiment, et la communauté internationale non plus. Dans l’échelle des représailles, l’arme financière n’était que le premier échelon. Si Pékin se trouvait acculé, c’est alors la question de Taïwan qui viendrait sur le tapis avec, dans l’ordre d’une escalade de démonstration de force, l’interruption des échanges entre l’île nationaliste et le continent, l’occupation de l’île de Quemoy (à quelques encablures de la côte chinoise mais sous contrôle du gouvernement de Taipei), puis le blocus total de Taïwan et enfin l’invasion. En somme, le plus court chemin vers la guerre…

À lire aussi

Que signifie « système » dans l’expression « anti-système » ?

Qu’est-ce donc que le système ? …