Profitez de la guerre des mots, la paix de l’expression sera terrible. Les élites politiques et les grands médias préparent des lendemains où les voix discordantes ne seront plus autorisées à chanter. Il y a quelques semaines, l’entraîneur d’une équipe de football a fait une analyse sur les joueurs d’origine africaine. Le propos, qui se voulait sportif, a été perçu comme une critique des « bienfaits » de la diversité. Les journalistes de tous horizons ont immédiatement foncé sur l’infortuné pour le noyer dans une tempête médiatique qui a bien failli l’envoyer par le fond. Pour éviter d’entrer dans l’Histoire comme le pire entraîneur raciste de tous les temps, le maladroit s’est prêté au très stalinien exercice de la confession publique. Tout penaud derrière un micro, il a reconnu ses fautes et a présenté ses plus plates excuses à la France entière. Soit, lui ont dit les corps constitués de la censure, mais qu’on ne vous reprenne pas à vous exprimer de la sorte.

On aurait pu penser que les tragiques événements de janvier dessilleraient les yeux des laudateurs du désordre établi et permettraient à chacun de dire – enfin – la vérité sur l’état de notre société. Pour beaucoup, la négation des évidences n’est plus démocratiquement supportable, voire dangereuse pour la République. Le politiquement correct et la traque des paroles interdites doivent disparaître. Hélas, le boa de la pensée unique, sous le violent coup de bâton des attentats, bien loin de libérer sa proie, a resserré un peu plus son étreinte strangulatoire. Et il n’a fallu que très peu de temps pour le constater.

Il y a quelques jours, un journaliste d’expérience a émis un avis sur une communauté religieuse. L’avis était négatif et la formulation peut-être un peu maladroite. En tout cas, l’intervention à la radio de ce dissident politique a été jugée assez grave pour que son exécution soit décidée. Il a été traîné en justice par plusieurs associations sous le stupéfiant – et si dégoulinant de bien-pensance – chef d’inculpation d’incitation à la haine raciale. Pour quelques mots, il risque potentiellement la prison. Ce fait est-il une anecdote historique du XXe siècle survenue dans une obscure dictature ? Non, c’est ici et maintenant, dans la France de 2015.

Malgré ce besoin devenu obsédant de regarder la réalité en face, les Français doivent encore et toujours s’amputer de leur esprit critique. Au nom de la défense des « valeurs », que toute la classe politique avait d’ailleurs largement oubliées depuis bien longtemps, il ne sera bientôt plus possible de dénoncer les mensonges officiels. Vous voudrez contester le bien-fondé du vivre ensemble ? Vous serez accusé de favoriser l’exclusion ethnique et donc de faire le lit du terrorisme. Pour des mots, juste pour des mots, vous serez traduits en justice. Rafraîchissez-moi donc la mémoire : c’était au nom de quoi, l’immense rassemblement populaire du 11 janvier ?

À lire aussi

Le programme de Macron, ou la novation éculée

Sans surprise, on retrouve les annonces à l’emporte-pièce du bonimenteur politique de base…