Dans quelques jours se déroulera la primaire des Verts. Elle sera suivie, les 20 et 27 novembre, par celle de la et du centre dont on dit qu’elle désignera le futur président de la République française. Bien plus tard, début 2017, la gauche désignera également son candidat. Au total, cela représentera pas moins d’une vingtaine de postulants aux convictions, compétences et qualités fort diverses. Ces primaires sont donc de la plus haute importance.

Profitons, alors, de ces quelques lignes pour dénoncer un comportement dommageable communément dénommé « vote utile ». Il consiste à voter non pas pour la personnalité la plus proche de notre propre sensibilité mais pour celle qui présente le plus de chance d’être élue dans le camp choisi.

En effet, nous ne comptons plus le nombre de fois où nous entendons un discours qu’on pourrait résumer de la façon qui suit :

« J’apprécie ce candidat plus que tout autre mais la raison m’invite, hélas, à ne pas voter pour lui sachant que la probabilité qu’il soit élu est quasi nulle… » Ce raisonnement est à la fois regrettable et irrationnel. Les économistes et spécialistes des sciences comportementales le nomment « phénomène des anticipations auto-réalisatrices ». C’est-à-dire que les prévisions faites par les agents les conduisent à agir d’une manière qui valide a posteriori leurs prédictions. Les marchés financiers nous en livrent quotidiennement une parfaite illustration : l'anticipation de la hausse du cours d’une action, par exemple, pousse les investisseurs à acheter cette action. Mais en prenant une telle position, ceux-là provoquent inévitablement une élévation du cours, confortant ainsi leur décision d’achat.

En d’autres termes, l’individu provoque, à son corps défendant, le résultat qu’il anticipe et redoute : puisque je suis convaincu que tel candidat ne sera pas élu, alors je déplace, bon gré mal gré, mon vote au profit de celui dont on me dit qu’il a le plus de chance de l’être. Après coup, le résultat de l’élection valide ma décision puisque mon candidat de cœur fut gratifié d’un score très faible. Ma décision de « voter utile » était donc la bonne…

Pour quelle raison l’être humain réagit-il de cette façon ?

L’explication est assez simple : isolés, nous oublions qu’un résultat collectif n’est autre que l’agrégation d’une multitude de décisions individuelles, dont la nôtre. Or, quoi qu’on puisse en penser, nous ne sommes pas uniques et notre raisonnement est donc dupliqué à l’infini.

Avec le recul, on comprend l’absurdité d’une telle attitude, elle-même renforcée par notre inclination lâche à préférer une solution mauvaise mais connue à une proposition novatrice mais inexplorée. C’est ainsi que nous produisons, par nos micro-décisions, un appareil occupé par les mêmes dirigeants que nous réélisons, parfois durant plusieurs décennies, alors que nous connaissons parfaitement leur incompétence ou fourberie.

Alors, de grâce, gageons que ces primaires permettront aux électeurs d’exprimer leur rejet d’un système qui a trop longtemps duré en choisissant celui des candidats qui défend au mieux nos propres convictions. À défaut, nous en serons, une nouvelle fois, réduits à choisir entre la peste et le choléra.

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17 octobre 2016

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