Laurence Rossignol, vous connaissez ? Non, elle n’est pas ornithologue. Pas plus que fabricante d’outils pour fracturer les portes. Elle est socialiste, ministre des Familles, de l’Enfance et du Droit des femmes. C’est une ex-Ligue communiste révolutionnaire qui a fait toute sa carrière, d’abord comme "journaliste juridique" (sic) à La Vie ouvrière, organe de la CGT, puis au Parti socialiste. Bref, une femme d’engagement, de conviction, de principes.

Oscar Wilde a dit : "Appuyez-vous sur vos principes, ils finiront bien par céder."

Nous en avons eu la démonstration éclatante mardi soir, lorsque le ministre Rossignol a été interrogé sur RTL par Élizabeth Martichoux.

Question : "Vous avez voté, dimanche, à la primaire de la droite ?"
Réponse : "Non, c’est une primaire qui concerne d’abord la droite ; ça n’aurait pas été fair-play de la part d’une socialiste." Superbe principe.
Question : "Vous comprenez les 600.000 socialistes qui, eux, ont voté ?"
Réponse : "Oui. Ils se sont exprimés : ils voulaient éliminer Nicolas Sarkozy."
Et la dame ajoute : "On va voir s’ils vont retourner voter dimanche prochain pour faire barrage à François Fillon."
Reconnaissant le succès de cette primaire, elle émet un vœu : "J’espère pareille réussite pour la primaire de la gauche, en janvier."
Question : "Vous ne seriez pas choquée que des électeurs de la se déplacent massivement pour voter lors de la primaire de la gauche ?"
Réponse : "Si, je serais choquée."

Bingo ! Voici comment elle s’est pris les pieds dans ses convictions, la petite mère des peuples : manœuvrer, en dehors de tout fair-play, pour influencer le vote de droite, c’est permis, et c’est même recommandé puisqu’elle incite les audacieux socialistes à retourner voter dimanche prochain ; faire pareil pour peser sur le vote de gauche, c’est interdit. Quand je pense que ça nous bassine à longueur d’antenne et depuis cinq ans sur l’égalité pour laisser échapper, à la radio, un tel aveu, un tel déni !

Dit comme cela, au lendemain d’une élection, ce n’est pas très grave, on peut mettre ce reniement sur le compte d’une ou deux nuits un peu écourtées. Le malheur veut que, chez les socialistes, ce ne soit pas un hasard mais un mode de gouvernement : "Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais !" Dans la charrette qui a emporté les Cahuzac, Thévenoud, les ennemis de la finance, les inverseurs de courbes et tous les autres, il faut laisser un strapontin pour Laurence Rossignol : elle le mérite et il ne serait pas juste de lui refuser ce plaisir.

Dans sa nouvelle Le Rossignol et la Rose, Oscar Wilde - encore lui - fait ainsi parler son héros, l’Étudiant à la recherche d’une rose rouge (ça ne s’invente pas !). À propos du Rossignol, il dit : "Il possède de très belles notes dans la voix. Quel dommage que celles-ci ne signifient rien et n’aient aucune portée pratique." Sacré Oscar ! Toujours visionnaire, n’est-ce pas ?

23 novembre 2016

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