Editoriaux - Histoire - Société - 19 avril 2016

Voile : on ne lève pas le petit droit !

Dans l’émission “Dialogues citoyens” du 14 avril dernier, le chef de l’État s’est opposé à celui du gouvernement sur la question du voile à l’université. En dernier ressort et comme toujours en cas d’urgence, nos amis socialistes ont décidé de ne surtout rien faire. Depuis, certains semblent ramener le phénomène à sa dimension vestimentaire, alléguant la liberté de chacun, de chacune, de se vêtir à sa guise… Comme si le problème posé à notre société était de cet ordre et non d’un autre, tout autre, infiniment plus prégnant, infiniment plus grave, infiniment plus essentiel.

Bandeaux, foulards, voiles, niqabs, burqas, etc., ne sont que gradations sur l’échelle de l’exclusion de la femme de la sphère publique, un pis-aller quand l’ordre qui la maintient en sa condition d’isolée, de cloîtrée, de recluse, confrontée à un cas de force majeure ou à une triviale commodité, ne peut décemment l’empêcher de sortir, de “se montrer” pour un temps, le plus court possible, de respirer quelque bouffée de liberté, d’égalité, de fraternité…

« Mais ces étudiantes sont des adultes, elles ont bien le droit de s’habiller comme elles veulent ! » protestent les lâches et les imbéciles… Car il est bien entendu, de tout temps dûment constaté : une loi de nature à contraindre des adultes ne saurait être votée !

Oh ! qu’il devient difficile de plaisanter ! Et comme l’auteur de ces lignes, plutôt que de s’exposer à passer pour un monomaniaque, aimerait évoquer d’autres sujets ! Mais comment certains de mes contemporains, de mes “semblables”, normalement dotés intellectuellement, peuvent-ils sérieusement réduire la question posée à notre société par le port du voile à sa dimension vestimentaire ? Plaisantent-ils, eux aussi ? Ou sont-ils dupes à un tel point ?

Quelle énormité ! Quel manque de lucidité ! En aucun cas, en aucune manière, le problème soulevé par le port du voile n’est d’ordre vestimentaire ! Comment de prétendus “serviteurs de l’État”, leurs “valeurs” plein la bouche, peuvent-ils tourner le dos en les piétinant si aveuglément, si opiniâtrement, si inconséquemment, à celles qui fondent l’histoire, la substance même, et jusqu’à l’honneur de la collectivité à laquelle ils appartiennent et à laquelle ils se prétendent attachés ? Comment des enfants de Rabelais, de Molière, de Voltaire, de Diderot, de Beaumarchais, de Hugo, de tant d’autres peuvent-ils être à ce point enivrés d’idéologie, de bêtise ou de lâcheté, jusqu’à sauter pieds joints, foncer tête baissée dans le piège qui leur est – qui nous est – dressé ?

« Il n’y aura pas de loi contre le voile » : après son “collaborateur” ministre de l’Enseignement supérieur, François Hollande, lors de sa récente prestation télévisuelle, en remet une couche. On ripoline la réalité ; tant pis si l’édifice, dessous, commence à s’écrouler. Chaque renoncement face à l’obscurantisme, si minime soit-il – et Dieu sait que celui-là ne l’est pas ! – serre d’un cran le carcan qui étrangle notre avenir. Aussi incroyable que cela paraisse, ce que les anciens se sont battus pour conquérir, leurs propres enfants, vraisemblablement trop gâtés, vraisemblablement dégénérés, refusent de le défendre. On ne lève pas le petit doigt, on ne lève pas le petit droit.

À moins que… gouverner étant prévoir, nos gouvernants aient prévu, à leur manière, cyniques ou crétins, dans les deux cas à très courte vue – et tant pis pour les générations futures : leur tranquillité d’aujourd’hui contre le chaos qui vient.

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