Culture - Editoriaux - Politique - 3 janvier 2017

Vœux de Najat Vallaud-Belkacem aux enseignants : la vérité si je mens !

Dans ses confidences, François Hollande dit de son ministre de l’Éducation nationale : « Elle est bonne, Najat, très forte en langue de bois […]. C’est quelqu’un d’extrêmement déterminé. Ce n’est pas une intellectuelle, elle n’a pas fait l’ENA. » Un Président ne devrait pas dire ça mais, en l’occurrence, il dresse, avec la délicatesse qu’on lui connaît à l’égard des femmes, un portrait assez juste de Najat Vallaud-Belkacem, bien qu’il minore ses capacités intellectuelles.

Certes, un ministre n’est pas destiné à réfléchir : les experts le font pour lui. Il faut pourtant reconnaître, contrairement à l’avis de son Président, que notre ministre de l’Éducation n’est pas dénuée de cervelle. Si elle n’a pas réussi l’ENA, elle est apte, comme le plus habile des sophistes, à défendre l’indéfendable avec tous les accents de la conviction.

On vient d’en avoir encore l’illustration dans les vœux qu’elle a adressés par vidéo aux personnels, aux élèves et aux étudiants. Avec un sens aigu de la synthèse, en 5 minutes et 19 secondes, elle se félicite des réformes menées, même si « cela n’a pas été sans mal ». Elle voulait « donner plus à ceux qui ont moins », et « ne laisser personne sur le bord de la route » – objectif louable, même si c’est un cliché commun à tous les ministres.

Une grande partie de ses vœux concernait directement les enseignants. Jouant à merveille de la captatio benevolentiae, chère aux rhéteurs pour se concilier l’auditoire, elle les a remerciés pour leur travail, leur investissement, leur témoignant même une « admiration sincère ». Ils avaient bien gagné le « dégel du point d’indice », la « revalorisation de chaque échelon », une « modernisation sans précédent des modes d’évaluation » !

N’en déplaise à François Hollande, qui l’aurait surnommée Pimprenelle, elle ne se contente pas de pratiquer la « langue de bois ». Elle paraît plus convaincue que le pape des vérités qu’elle proclame. Malheureusement, c’est la seule. Un esprit faux peut être brillant dans le maniement de la parole. Le plus difficile est de reconnaître ses erreurs : voyez le chef de l’État, persuadé d’avoir fait les bons choix, regrettant seulement d’être incompris !

Car, enfin, les faits parlent d’eux-mêmes. La politique éducative de ce gouvernement est un fiasco. Loin d’offrir à chacun la possibilité de tendre vers l’excellence, quel que soit son milieu socio-culturel, elle réduit les moyens d’y accéder. Procuste doit se réjouir d’avoir des émules : au nom de l’égalité, on nivelle pour le plus grand mal de ceux qu’on prétend sauver. On veut abolir des privilèges alors qu’on les renforce.

Car c’est bien sous ce quinquennat qu’on a supprimé les internats d’excellence, les sections européennes, les classes bilangues, qu’on a détruit l’enseignement des langues anciennes, qu’on a, sous prétexte de « refonder » l’école », continué d’en saper les fondements. Quant à la prétendue revalorisation des carrières et au nouveau mode d’évaluation des enseignants, on s’aperçoit, à y regarder de près, qu’elle vise à les rendre plus serviles et à les transformer en exécutants dociles de réformes destructrices.

Et les 60.000 postes créés dans l’Éducation nationale ? Ça, c’est du concret ! « On n’en voit pas les résultats sur le terrain », reconnaît le ministre. Et pour cause : Le Monde rapporte le propos d’un connaisseur de Bercy : « Bien sûr qu’on peut créer des postes budgétaires sans créer de postes de titulaires. Ce sont des jeux d’écriture que tous les budgétaires maîtrisent. » Mais qu’importe ! Oyez, braves gens : « La rentrée 2017 […] clarifiera les choses ! »

Demain, on rasera gratis : la vérité si je mens !

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