Un doux parfum délicieusement anachronique et suranné flotte depuis dimanche dans les rues et ruelles de Leicester en Angleterre. Ce jeudi, sur les lieux de la bataille de Bosworth où il trouva la mort le 22 août 1485, à 32 ans, Richard III sera réinhumé. Dernier roi d’Angleterre de la dynastie des Plantagenêt, ce monarque auquel Shakespeare prêta une réputation peu flatteuse sera remplacé par son rival Henri Tudor, qui deviendra Henri VII.

Été 2012, le squelette de ce roi controversé, contemporain de Louis XI et de Charles le Téméraire, est retrouvé sous le parking d’un centre de la ville de Leicester, à quelques encablures de la cathédrale. Par la grâce opiniâtre de passionnés du monarque (la Richard III Society, en l’occurrence), il fut permis, tout à la fois, de certifier son origine (des ADN pratiqués sur des descendants d’une de ses sœurs, Anne d’York, établirent indubitablement la généalogie) comme de financer des funérailles, en présence de quelques membres de la famille royale britannique, dont la duchesse de Gloucester (titre porté par Richard III avant son accession au trône). La reine Élisabeth, étant une Tudor, sera indirectement représentée par l’épouse de son fils Édouard, la comtesse Sophie de Wessex.

Un tel événement témoigne de ce que la perfide Albion, au contraire de sa rivale éternelle, outre-Manche, n’a aucun complexe avec son histoire. Sans doute doit-on attribuer cela à la solidité d’un régime monarchique qui sait, précisément, tout ce qu’il doit à l’Histoire, laquelle a prouvé, en retour, que la Couronne avait parfaitement su s’adapter aux vicissitudes du temps et des tempéraments humains. De la Charte de 1215 où Jean dit « sans Terre » dut affronter la fronde fiscale de ses barons (la première du en Europe) aux Cromwell, sans oublier la guerre de Cent Ans, l’Angleterre a forgé son si singulière qu’une géographie, non moins particulière, a renforcée.

Impensable sous nos propres cieux. La France, sommée de se retrancher derrière une République éthérée (adossée à des valeurs qui ne le sont pas moins), n’a plus qu’une discrète vocation muséale. Notre pays où, il y a encore moins d’un siècle, nos hussards noirs célébraient sans fard, entre les quatre murs de la communale, la geste de Du Guesclin, contaient devant nos yeux juvéniles, ébahis et rêveurs, les aventures de Savorgnan de Brazza, nous faisaient vibrer au souvenir de Bouvines.

Temps à jamais révolu, à l’heure où l’on refuse de commémorer Austerlitz et où l’on se complaît dans le défaitisme mémoriel avec Waterloo. Pourquoi pas. Mais, si l’on doit égrener nos pages sombres, c’est à la condition de ne pas arracher rageusement ou honteusement celles qui sont parmi les plus glorieuses. Aussi, à quand un transfert des cendres du maréchal Pétain auprès de ses compagnons d’armes, à l’ossuaire de Douaumont ? Horresco referens !

Mais God Save the King! quand même et, une fois n’étant pas coutume, vive l’Angleterre !

26 mars 2015

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