Brèves - Cinéma - Editoriaux - Presse - 28 février 2017

Pour que vive le journalisme, abolissons la carte de presse !

Avez-vous vu ce journaliste de Taranis News inquiété par la parce qu’il portait un masque à gaz afin de pouvoir filmer une manifestation à Paris ? Son tort ? Ne pas avoir de carte de presse, comme 50 % des journalistes aujourd’hui. Et faire partie d’un média considéré comme militant par les autorités. N’est-ce pas, pourtant, le propre d’un média, d’un journaliste que de ne pas aller dans le sens du système, à main nue, sans arme et sans violence, avec la plume ou la caméra pour seul moyen d’expression ?

Moi, je l’ai vu. Et bien que je ne partage pas forcément la ligne éditoriale de ce média, je me sens solidaire de ce journaliste.

Parce que j’ai pu voir, moi aussi, sur le terrain, le comportement de policiers ou de gendarmes méconnaissant la loi ou, pire encore, d’officiers zélés de la gendarmerie ou de la police, une fois que la phrase « Je n’ai pas de carte de presse » fut un jour prononcée.

Parce que j’ai pu voir ces hommes ou ces femmes se sentir, d’un coup, libérés de tout esprit critique, de toute logique, vouloir nous arrêter, nous mettre à l’écart, nous saisir notre matériel.

Il est temps d’en finir avec cela.

Il est temps d’en finir avec ce privilège dont bénéficient les journalistes d’une presse subventionnée, financée par les grands groupes économiques.

La carte de presse, aujourd’hui, c’est le droit pour ceux qui la possèdent de bénéficier d’avantageuses largesses fiscales. D’entrer gratuitement dans les musées, dans les cinémas, de ne jamais faire la queue comme le citoyen lambda. La carte de presse, c’est l’accès dans des endroits où tout un chacun ne pourrait jamais mettre les pieds.

Pourtant, la carte de presse ne signifie pas forcément être un journaliste de terrain, au cœur des manifestations ou en pleine guerre à l’étranger.

Au nom de quel privilège le chroniqueur de salon, directeur de la rédaction d’un hebdomadaire ou rédacteur de brèves dans son bureau parisien, pourrait-il être traité par les autorités avec de meilleurs égards que le jeune journaliste indépendant, payant son essence pour se rendre aux quatre coins de la France afin de couvrir, en première ligne, à ses risques et périls, une manifestation, un conflit, une réunion ?

Au nom de privilèges acquis, un peu à la manière des « syndicats représentatifs », dans un siècle qui n’est plus le nôtre et qui n’est plus celui de la génération de journalistes – pour beaucoup indépendants – qui montent au front aujourd’hui.

Être journaliste, c’est se mettre à la fois dans et en recul d’un événement. C’est prendre des images, des notes, faire des interviews, filmer, recouper, confronter. Être journaliste, c’est gagner, par son talent de photographe, de cinéaste ou par sa plume, son revenu (salarié ou pas), quoi qu’en dise une convention collective aujourd’hui dépassée.

Pour que la police, la gendarmerie, les autorités cessent de harceler les journalistes indépendants, qui fournissent pourtant aujourd’hui le gros des images dans des manifestations où, bien souvent, la presse subventionnée ne veut plus se rendre, il faut abolir la carte de presse, il faut abolir les règles qui encadrent cette profession.

Le journaliste alternatif, dissident, indépendant, du XXIe siècle prouve sa qualité par son travail, par son action, par son indépendance. Pas par cette sacro-sainte carte de presse qu’on voit brandir trop souvent par certains privilégiés avec une arrogance mal calculée et un mépris qui fait honte à la profession.

Pour que vive le journalisme, abolissons la carte de presse et libérons l’information !

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