Nuit Debout a désormais un site officiel. La page d’accueil est ornée d’une belle photo en noir et blanc, nostalgique des clichés de Mai 68 version Paris Match : nous voilà immergés en pleine assemblée générale. Sous l’égide bienveillante de la monumentale Marianne (qui aura quand même coûté la vie à quelques escaladeurs enthousiastes depuis la Techno Parade), la plèbe rebelle fait son sit-in debout. En sous-titre, plusieurs commandements tournent en boucle. “Que nul n’entre ici s’il n’est révolté.”

Sommé d’évaluer son degré de subversion, l’internaute inquiet se demande s’il mérite vraiment de pousser le portail sévère et impérieux du libertarisme de . “Nous ne rentrerons pas chez nous” – histoire de s’accaparer l’espace public, comme un défi lancé à l’état d’urgence. “Je reviendrai et serai des millions” : le Je charliesque démultiplié à l’infini, ou lorsque les mythes de Narcisse et de l’hydre de Lerne s’accouplent monstrueusement. “Ne plus perdre sa vie à la gagner” – alors que le travail reste encore le plus efficace mécanisme de solidarité. “Ils pourront couper les fleurs, ils n’arrêteront pas le printemps.” Qui ? Les employés municipaux ? “Nos rêves ne rentrent pas dans vos urnes.” Mais peut-être tiendront-ils dans le petit rectangle magique de cette plage potagère improvisée sous les pavés. “Le jour à bout, la nuit debout !” À bout de souffle à force de tirer sur un joint, en attendant la rave party quotidienne ? Des débats aux ébats, la nuit sera longue !

Après ces quelques devises d’une transgression éculée, on trouve un manifeste de six lignes sur la réappropriation de la parole et de l’espace publics. Une carte recensant les manifestations de France et de Navarre, une pétition en ligne, puis un programme à faire battre le cœur du promeneur pourtant le plus aguerri de la Fête de l’Huma – traduit en dix langues, dont le roumain et l’albanais.

Ainsi, entre le 25 avril et le 1er mai (pour Nuit debout, tout s’arrête pour la ), le badaud qui aura fait vœu de sédition pourra, à sa guise, flâner de commissions publiques en réunions de libre parole.

Pour la seule place de la République, à Paris, vous aurez le choix entre ces différents stands, du début d’après-midi jusqu’à la tombée du jour, entre (punks à) chien et loup :
– la réunion commission action – où on parlera beaucoup et on agira peu, tout comme nos hommes politiques de l’ère que Nuit debout voue pourtant aux gémonies ;
– la bibliodebout parce que lire assis et en silence, c’est bourgeois ;
– la commission démocratie, surtout si vous êtes d’accord ;
– la grosse commission générale, pour tous les inactifs qui en ont assez d’être exploités par des patrons ;
– la commission Francafrique (la cédille est toujours capitaliste) où quelques essaieront probablement de courtiser des étudiantes en sociologie sensibles à l’allégresse sans-frontiériste ;
– la commission juridique, si vous ne pouvez vous offrir les services d’un avocat lorsque votre logeur a l’outrecuidance de vous demander de vous acquitter de votre loyer ;
– une commission féministe non mixte où seulement “femmes et trans” sont convié(e)s, histoire de stigmatiser un peu plus l’homme dominateur blanc. À quelques pas, une commission LGBT – pardon, l’homme dominateur blanc hétéronormé ;
– une commission , composée de militants refusant d’attribuer à l’espèce humaine une quelconque supériorité sur nos amis les bêtes. Celles-ci s’inviteront-elles au groupe de parole ? Rien n’est moins sûr : les jusqu’aux insectes ne se réunissent toujours qu’en vue d’une fin commune et d’un dessein constructif ;
– enfin, une assemblée constituante, dont l’impossible défi sera d’assembler et de constituer ce pandémonium informe et rétif à toute forme de société. Ça ne sert à rien, mais qu’importe : le printemps français s’annonce festif, pansexuel et antiraciste !

26 avril 2016

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