Editoriaux - International - Politique - Santé - Table - 29 mars 2014

Visite d’Obama au Vatican : le jésuite et le politique

Barack Obama, en tournée diplomatique en Europe et au Moyen-Orient, a voulu rencontrer le pape François, dont la cote de popularité ne cesse de grimper alors que la sienne est en chute libre, tandis que s’annoncent les élections américaines de mi-mandat. François Hollande fit le même calcul, lui qui espérait, à l’approche d’échéances électorales, faire rejaillir sur sa pâle figure un peu du charisme du souverain pontife.

On a vu Obama, impressionné par le cérémonial pontifical, la marche lente du chef de l’État américain entouré des gentilshommes de Sa Sainteté à travers le palais apostolique, on l’a vu admiratif dans les loges de Raphaël, on le savait impatient de rencontrer l’homme de l’année, celui à côté de qui il faut absolument être vu, et surtout être photographié. On l’a découvert… impressionné comme un enfant qui découvre l’Ancien Monde, abreuvant le pape de compliments qui n’étaient que de maladroites tentatives de le « mettre dans sa poche », à l’américaine. Le pape François a vaillamment supporté l’inévitable séance de photos, avec un air légèrement ennuyé. Bref, il n’est pas dupe, mais il a su se montrer autrement plus cordial qu’avec notre François.

Le think tank qui entoure Obama avait pourtant dûment coaché le président : il faut éviter les sujets qui fâchent, parler de la pauvreté, des inégalités sociales, de l’horreur économique, bref, parler avec ce pape que l’on dit « de gauche » de thèmes communs. Et ils en ont parlé, appelant de leurs vœux dans toutes les zones de conflit internationaux – Centrafrique, Syrie, Moyen-Orient, Ukraine – « le respect du droit humanitaire et du droit international » et une sortie de crise par des négociations entre les pays impliqués. Ils ont évoqué les droits des migrants, sujet sensible aux États-Unis, et cher au cœur du pape. Mais – et le Saint Siège et Barack Obama divergent sur ce point – ils ont abordé aussi les sujets qui fâchent : « l’exercice des droits à la liberté religieuse, à la vie et à l’objection de conscience », c’est-à-dire les principes non négociables.

À ce sujet, le cardinal américain Raymond Burke a fustigé de nouveau cette semaine la « politique anti-vie et anti-famille » du président américain. En effet, le président Obama s’est plusieurs fois déclaré favorable aux unions homosexuelles, et la réforme du système de santé rend obligatoire le remboursement des moyens abortifs et contraceptifs. Mais l’une des conséquences majeures de l’Obamacare est de limiter l’objection de conscience, de cantonner la liberté religieuse… aux lieux de culte uniquement, et d’exclure ainsi ce droit fondamental américain de l’espace public et du domaine social.

Un quart de la population américaine est catholique, et sur ces soixante-dix millions, un tiers est d’origine latino-américaine, proportion en constante augmentation à cause de l’immigration. Cela fait des États-Unis le quatrième pays au monde à la plus forte concentration de catholiques. En s’adressant à lui exclusivement en espagnol lors de leur rencontre, c’est bien à cette réalité que le pape jésuite voulait ramener Obama.

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