Les quatre pays du groupe de Visegrád, ou V4 (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie), coordonnent en ce moment même leurs efforts pour bloquer la route des Balkans, appuyant leurs alliés dans la ville stratégique d’Idomeni à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Efforts qui peuvent contraindre le gouvernement grec à infléchir à son tour sa politique migratoire en une partie d’échecs à l’échelle du continent. Avec un objectif à moyen terme : échec et mat à Merkel, alors que le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault vient d’affirmer son soutien à la chancelière.

La constitution d’un axe -Berlin-Moscou défendu par Henri de Grossouvre (2002) pour notre XXIe siècle et faisant pièce au projet esquissé par le génial politologue américain Zbigniew Brzeziński dans son Grand Échiquier (1997), semble donc temporairement illusoire. Son occultation devrait pourtant conduire les tenants français de la souveraineté à proposer une « Europe des cercles » à leurs partenaires, s’enracinant dans un premier temps dans les relations entretenues par notre pays avec le V4, soit 63 millions d’habitants au sein d’ensembles cohérents, nonobstant la persistance de l’irrédentisme. Envisager un champ des possibles, par-delà l’épais rideau du présent et l’aveuglement économiciste de l’Allemagne, dans la perspective imminente de 2017.

Tant qu’elle parviendra à maintenir une relative stabilité intérieure, la France restera capable de peser en Europe et d’y infléchir significativement le cours historique (6e puissance économique mondiale), demeurant à la fois puissance océanique mondiale (près de 12 millions de km2) et puissance méditerranéenne (principe d’une Union pour la Méditerranée centrée sur l’énergie). Alors que sa géographie la prédispose à s’affirmer comme une puissance continentale multipliant les accords bilatéraux, la logique d’alliance et d’accompagnement du développement de pays européens hors des cercles d’influence germanique et russe-eurasiatique.

Concrètement. La France contribue à hauteur de 20 milliards au budget de l’Union, juste après l’Allemagne, tandis que la fuite de capitaux hexagonaux imputable aux diasporas extra-européennes s’élèverait à 17 milliards. Des fonds qui pourraient servir une tout autre politique, au regard de nos relations économiques, avec les 4 de Visegrád. Nous sommes l’un des principaux partenaires de la Pologne (14,6 milliards d’échanges en 2013) et le 3e investisseur en Hongrie (3,1 milliards). La France progresse actuellement en République tchèque, dépassant la Russie en termes de partenariat économique en 2014. Si nos relations économiques avec la Slovaquie sont décevantes (4 % des échanges), l’Allemagne n’est pas seule à y peser (18,6 %), puisque le voisin tchèque (11,7 %), la Pologne (6,5 %) et la Hongrie (5,4 %) y jouent un rôle considérable.

La France peut donc encore peser. À condition d’acter la mutation de l’Union vers une « Europe des cercles ».

À lire aussi

Emmanuel Macron est d’abord le Président d’une France fragmentée

France périphérique contre métropoles, catégories socio-professionnelles (CSP) périphériqu…