Visas turcs : le forcing de Bruxelles

La Commission européenne tente de faire le forcing dans l’affaire des visas avec la Turquie : malgré de très fortes réserves au sein de l’Union, elle a recommandé mercredi dernier aux États membres et au Parlement européen d’exempter de visa les 75 millions de ressortissants turcs souhaitant effectuer des séjours limités à 90 jours dans les pays de l’espace Schengen, soit 22 des 28 pays de l’Union européenne.

C’était l’une des principales concessions faites à Ankara, dans le cadre de l’accord de marchands de tapis conclu en mars dernier sur le renvoi, vers la Turquie, de tous les migrants arrivés en Grèce, y compris les réfugiés syriens. Une série de 72 critères à remplir y avait été assortie pour rendre l’exemption de visa possible. L’adoption du passeport biométrique serait l’une des dernières conditions à satisfaire, pour des raisons de sécurité évidentes, lorsqu’on sait qu’une majorité de djihadistes sont passés par la Turquie pour entrer en Europe. Par ailleurs, la moitié des effectifs du Front al-Nosra en Syrie est composée de combattants turcs qui – si l’exemption de visa se confirme – pourront prendre tranquillement un billet d’avion depuis la Turquie pour rejoindre n’importe quelle ville européenne.

Au-delà des considérations techniques, la Commission semble oublier les règles qu’elle avait elle-même établies : la liberté de parole, le droit à une justice indépendante et impartiale, la révision de la législation afin de mieux protéger les droits des minorités, voilà quelques-uns des critères que l’Union européenne, dans ses principes, cherche à faire respecter aux pays qui souhaitent bénéficier de l’annulation des visas. On ne peut pas dire que la Turquie soit un modèle du genre…

Le Parlement européen et les États membres auront leur mot à dire, dans un contexte qui est loin de faire l’unanimité. Certains pays pourraient consulter leur Parlement national et le clivage ne semble pas se limiter au plan politique. Même à gauche et chez les Verts, on se pince le nez… C’est dire ! « Le contexte de cette recommandation par la Commission laisse un goût amer », désapprouve Bodil Valero, membre des Verts au Parlement européen. La libéralisation des visas ne devrait pas être seulement utilisée comme un élément de marchandage. Elle va maintenant être brandie comme une victoire par le régime d’Erdoğan, et l’Union européenne va être vue comme soutenant l’inquiétante direction politique prise par la Turquie. Bloquée pour l’instant aux portes de l’Europe, avec cette affaires de visas, la Turquie a trouvé son cheval de Troie….

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