Discours - Editoriaux - Médias - Table - 10 octobre 2016

Viry-Châtillon, ou comment se payer de mots au pays d’Ubu…

Encore une fois, déplorons ces discours avec les adjectifs qualificatifs de circonstance, l’emphase voulue par l’intensité du drame et l’éminente componction due aux fonctions du Président, de son Premier ministre et de celui de l’Intérieur. Ces déclarations fleurant bon la testostérone ont une mélodie de rengaine déjà trop entendue. Les quatre policiers blessés de La Grande Borne et leurs collègues ont sans doute besoin d’autre chose que des paroles. Peut-être que le début d’une perceptible et factuelle tentative de restauration de l’autorité de l’État dans ses devoirs régaliens les plus élémentaires sur tout le territoire national serait la solution, mais quel naïf veut y croire ?

Sauf inattention de ma part, il est une question que semblent ne pas se poser les médias de la rue principale : pourquoi des policiers ont-ils été affectés à la surveillance d’une caméra elle-même de surveillance ? Ce paradoxe ne les gêne pas.

L’investissement dans de tels équipements de vidéosurveillance est en général justifié par un incrément d’efficacité (atteindre les missions) et d’efficience (atteindre les missions sous contrainte de ressources) : un seul policier peut, derrière un écran, connaître en temps réel la situation à plusieurs endroits ; il peut, grâce à un maillage bien conçu, guider à distance l’intervention éventuelle des équipes de terrain en leur fournissant des renseignements, et des preuves matérielles beaucoup plus difficilement contestables peuvent être stockées. À La Grande Borne, le gain d’efficience semble bien compromis : deux policiers affectés à la surveillance d’un équipement qui devrait en bonne logique leur permettre de protéger des populations ailleurs. Pour ce qui est de l’efficacité, espérons que la caméra n’a pas été détruite comme auparavant, mais à quel prix ! Le moindre mal eût été la perte d’une caméra (quel qu’en soit le coût) plutôt que quatre policiers blessés.

Un responsable qui confie une mission suppute les risques encourus et les confronte à l’intérêt escompté de l’objectif une fois atteint, et il allouera à chaque instant ses ressources en fonction des urgences et des criticités de chacune de ses multiples missions à accomplir. Je suis dans l’incapacité de juger du bien-fondé et de l’opportunité contextuelle de la mission des policiers blessés à La Grande Borne, ou des réactions syndicales subséquentes réclamant plus de moyens. L’objectif assigné aux policiers demeure surprenant. Quand les ressources policières permettent de surveiller physiquement des caméras qui surveillent la population, les effectifs sont-ils insuffisants ou est-ce leur allocation qui semble critiquable ? Dans notre pays, nous ne savons plus terroriser les terroristes (à supposer que nous l’ayons jamais fait), mais nous devons surveiller les équipements de surveillance qui ne peuvent se surveiller seuls. Ubu n’est pas mort et il postule pour une restauration.

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