L’idéologie sert de pensée à un nombre croissant de nos dirigeants : elle évite de réfléchir et permet de répondre aux problèmes posés en fonction d’une grille de lecture toute faite et immuable. Le problème de l’idéologie, c’est le réel. Elle déteste le réel qui n’entre pas dans ses cases. Alors elle le nie, afin d’y substituer des faits conformes à ce qu’il faut penser. Les exemples sont innombrables. Le plus dramatique est d’actualité : c’est la question de l’, et spécialement l’affaire .

Selon les dominants, la cause de Vincent est entendue : lourdement atteint dans ses fonctions vitales, il ne « vit » que grâce à des traitements qui s’apparentent à de l’acharnement thérapeutique, n’a aucune réaction, vit dans un coma pauci-réactionnel irréversible et, conformément à son souhait, doit être « débranché » pour « finir sa vie dans la dignité ». Une poignée d’irréductibles réactionnaires, au premier rang duquel ses parents et son frère, en ont décidé autrement, contre l’avis unanime du corps médical. Ils veulent que Vincent continue à vivre. Ils ne veulent pas qu’on le laisse mourir. Ils espèrent contre toute espérance, ils maintiennent allumée la toute petite flamme qui luit encore dans ce corps inerte.

Le problème, et on l’a déjà rappelé ici, c’est que Vincent vit sans aucune assistance technique. Il n’y a pas à le « débrancher », car il n’est relié à aucune machine. Les seuls soins qu’on lui donne sont élémentaires : le nourrir et l’hydrater, le laver, lui éviter des escarres, lui assurer un minimum de confort de base.

Or, la loi assimile alimentation et hydratation à des soins médicaux. C’est une absurdité. Cela aboutit à ce qu’arrêter les soins d’un patient consiste à le priver d’eau et de nourriture. En bref, le faire mourir de faim et de soif… On pourra toujours arguer du fait que, dans ce cas, il sera placé dans un état de sédation profonde, cela n’en constitue par une manière épouvantable de mettre à quelqu’un. Quelqu’un dont personne ne peut dire qu’il souhaite cela…

On connaît la suite : la décision d’un médecin, en vertu de la loi Leonetti, de priver Vincent de soins ; la recours au tribunal administratif, puis au Conseil d’État, qui a jugé que cette décision administrative était conforme à la loi. Enfin, la décision de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a décidé que cette mise à mort n’était pas contradictoire avec le respect du droit à la vie. Ubuesque.

C’est là que l’idéologie ressurgit face au réel. Le réel, c’est une vidéo largement diffusée ces derniers jours. On y voit Vincent, filmé en gros plan, qui réagit aux paroles de sa mère, de son frère, qui bouge les yeux, regarde son interlocuteur, cligne des paupières. Une vidéo émouvante qui montre que ce jeune homme n’est pas un légume, mais un être humain comme vous et moi. Cette vidéo a déclenché une vague d’indignation de la part des partisans de la mise à mort. Trucage ! Manipulation ! Montage grossier ! Mensonge ! Tout a été dit, ou presque. Parce que pour les idéologues, la réalité est insupportable. Que Vincent (lourdement handicapé) vive, c’est intolérable.

Il y a 70 ans, le retour au réel a été brutal. Lorsque effaré a appris que l’État nazi mettait à mort les inadaptés, les handicapés, les indésirables, les malades en fin de vie, les difformes, les anormaux et les fous. Une mise à mort propre et douce, dans des lieux adaptés, sans douleur, sans peur ni angoisse. En 1950, la Convention européenne des droits de l’homme a été signée au nom du « plus jamais ça ». C’était sans compter sur les idéologues. Ceux qui, dans quelques années, grabataires mais conscients, verront avec épouvante s’approcher le seul médecin qu’ils ne rencontreront qu’une fois : leur euthanologue. Difficile et définitif retour au réel…

12 juin 2015

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